Une militante de l'économie sociale et solidaire
Pendant plusieurs années, la jeune femme occupe des postes à dominante commerciale pour Accor, puis pour VVF (Village vacances familles) et la Générale des eaux. Evénementiel, restauration, hôtellerie, le rythme est toujours soutenu. La gestion d'équipes commerciales, souvent essentiellement masculines, lui permet de se forger un caractère déjà bien trempé. « Il fallait toujours batailler et m'imposer face à des personnes qui me testaient sans cesse », raconte-t-elle. Alors qu'elle occupe un poste difficile, où elle doit diriger une équipe de 15 personnes, Muriel Guénoux adopte une démarche qui laisse transparaître son humilité et sa capacité à se remettre en question : afin d'améliorer sa pratique professionnelle, elle s'inscrit aux cours de sociologie et d'organisation du travail du CNAM. « Je souhaitais me donner les moyens techniques et intellectuels de mieux comprendre et appréhender ce poste d'encadrement », explique-t-elle.
Parallèlement à son activité professionnelle, Muriel Guénoux s'investit dans une association de parents d'élèves, pour mieux accompagner son enfant dans sa scolarité. Attentive à la vie locale, elle y cherche aussi l'occasion de s'ouvrir aux autres. Peu à peu, ces engagements associatifs et locaux prennent pour elle plus de sens que sa vie professionnelle. Dans une volonté de mettre en cohérence les différents aspects de son existence, elle décide de changer de voie et de prospecter auprès de structures de l'économie sociale et solidaire.
Sa rencontre avec Patrick Blamoutier, directeur délégué de France Active, est alors décisive. Il l'embauche comme chargée de la promotion du premier fond commun de placement solidaire. « Je n'y connaissais rien en finances ! J'ai été engagée sur ma motivation », raconte Muriel Guénoux. Une preuve de confiance qui la conforte dans son choix. « France Active finance des projets pour lutter contre l'exclusion (voir encadré ci-dessous). Mettre des compétences et du professionnalisme au service de personnes en difficulté et de l'insertion par l'économique, voilà ce qui, pour moi, a du sens », affirme-t-elle. La jeune femme apprécie particulièrement la cohabitation de pratiques très professionnelles – avec une méthodologie, un réseau organisé, etc. – avec le respect des personnes, bénéficiaires comme actionnaires. « Il faut à la fois gérer au mieux les fonds qui nous sont confiés et apporter la meilleure aide possible aux personnes. »
Sa mission à France Active lui ouvre de nouveaux horizons professionnels, mais aussi humains : « Des financiers qui cultivent une dimension sociale, ça existe ! », s'enthousiasme la jeune femme. Le bilan, après deux ans à ce poste, est sans ambiguïté : ce métier s'impose comme une évidence.
Agir sur le local
Actrice de l'économie sociale et solidaire, Muriel Guénoux l'est presque à chaque instant. Infatigable, elle affirme tirer son énergie des autres, des rencontres et des confrontations.
Il lui est dès lors naturel de s'impliquer dans la vie du 17e arrondissement de Paris où elle habite. « Ce qui m'intéresse, c'est le local et l'individu dans son environnement. » Fin 2002, elle crée l'association Quartier de Soleil, qui rassemble des mères de famille actives sur leur territoire. Cette association a pour but de favoriser toute initiative qui crée du lien et de la solidarité, plus particulièrement entre les habitants de l'arrondissement. Elle offre des temps de parole, de convivialité et de fête, ainsi que des activités qui permettent aux femmes de mieux vivre leur rôle de mère, d'appréhender plus sereinement la relation avec leurs enfants. Ainsi, un « atelier des écrits de la vie quotidienne », animé en partenariat avec un centre de formation professionnel, vise à lutter contre l'illettrisme. Il se déroule dans une école partenaire. Et pour dédramatiser un système scolaire qui souvent effraie, le directeur de cet établissement en a présenté l'organisation. Des sorties culturelles et de plein air avec les enfants sont aussi organisées. Les fonds nécessaires sont, soit issus de financements publics, soit obtenus en contrepartie d'actions menées par les femmes de l'association elles-mêmes (vente de gâteaux, etc.), ou ils proviennent de partenariats avec d'autres associations, où la réciprocité est la règle d'or. « Nous revendiquons un statut d'acteur, il est donc important pour nous de ne rien obtenir gratuitement », affirme-t-elle.
Enfin, Muriel Guénoux complète sa panoplie de militante de l'économie sociale et solidaire en participant au Centre des jeunes dirigeants et des acteurs de l'économie sociale (CJDES) (voir encadré ci-dessous), où sa mission consiste à promouvoir cette forme d'économie au sein de la région Ile-de-France. Encore des rencontres et des échanges, bref: une autre source d'énergie...
Cet article est paru dans Interdépendances n°52 - 1er trimestre 2004.
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