Tous droits réservés
L'aspect foncier va vite apparaître crucial. Il est difficile pour les jeunes de s'installer, l'achat de terres étant hors de leur portée, et la location fragilisant leur situation. De plus, les banques rechignent à financer certains projets qu'elles jugent peu viables, comme les petites fermes biologiques. Le besoin se fera alors sentir d'acquérir des terres de manière collective, qui seront ensuite louées à des créateurs de manière pérenne. L'association Relier démarche alors les investisseurs et épuise les statuts juridiques les plus adaptés (SCI, GFA [1]) qui présentent le défaut d'une responsabilité illimitée, peu rassurante pour les propriétaires.
En parallèle, il constate l'importance du lien de solidarité créé par la mise en relation des divers interlocuteurs à chaque lancement de projet. Soucieux de concilier cette activité avec la préservation de l'environnement, il rejoint un « vieux paysan qui a le sens du commerce », Sjoerd Wartena. Ils s'entourent d'une brochette de représentants du monde rural et des finances solidaires (confédération paysanne, La Nef, membres de groupements fonciers agricoles [1], Fédération Nationale d'Agriculture Biologique), pour fonder une structure dédiée spécifiquement à l'acquisition et à la gestion collectives de terres : l'association Terre de Liens. Armés d'une charte et de partenaires financiers solides, ils souhaitent « changer le rapport à la terre », non seulement dans les esprits, mais en exploitant les solutions très concrètes de financement solidaire proposées par La Nef, Habitat et Humanisme, Agrisud et la SCI Terres Fertiles.
Deux ans plus tard, en décembre 2006, la création de la Foncière [2] Terre de Liens en partenariat avec la Nef consacre cette évolution logique : elle achète directement des terres qu'elle finance via les placements de ses actionnaires, personnes morales (associations) ou physiques (particuliers). Sur le papier, ce placement a peu d'atouts face aux produits bancaires : peu rentable (seule l'inflation est compensée), il n'accorde aucun pouvoir décisionnel à l'actionnaire (outre celui de se retirer).
Pourtant, dix fermes ainsi qu'une boulangerie bio ont été financées depuis 2007. Mieux, l'appel à l'épargne lancé fin 2008 a dépassé les attentes, avec une souscription de trois millions d'euros en seulement trois mois. La crise économique, avec les incertitudes pesant sur les marchés financiers et bancaires, a entraîné « une prise de conscience », estime Jérôme Deconinck. La terre est un placement sur le long terme, porteur de valeurs. Début 2009, la foncière comptait donc 1 800 actionnaires particuliers, pour un placement allant de 100 euros à 250 000 euros. Elle essaime en régions, avec une douzaine d'antennes et une explosion du nombre de bénévoles.
Le combat est pourtant loin d'être terminé. Car si les esprits changent, parfois les mauvaises habitudes restent. Ainsi, si les consommateurs réclament du bio, la moitié du bio acheté en France est importé de l'étranger, avec un impact environnemental inacceptable. Mais entre une « profession agricole sourde à cette demande » et des politiques qui « ne soutiennent pas le bio, ou alors n'importe comment » [3], la France paraît hostile au secteur [4]. Pour cela, Terre de liens impose le bail environnemental [cf. encadré à droite]. Et rêve d'un développement exponentiel : « un producteur, c'est en moyenne 50 consommateurs réguliers et 140 actionnaires mobilisés ». Chaque projet mené a donc un impact sérieux sur la société. C'est en agissant « par le bas » sur les citoyens et les consommateurs qu'il espère faire bouger les élus et les agriculteurs.
Les projets ne manquent pas pour Jérôme Deconinck. D'un côté, il travaille à pérenniser et développer Terre de liens. Une fondation est en projet, visant à faciliter l'appel à la générosité du public. « Les associations ne doivent pas avoir peur de l'argent, dit Jérôme Deconinck, c'est le nerf de la guerre ». De l'autre, il explore les multiples voies visant à recréer du lien social. Ainsi, il vient d'ouvrir dans sa ville de Crest, dans la Drôme, un « bar à jeux », lieu festif où jeunes et vieux viennent s'amuser ensemble et découvrir des jeux originaux. Une manière d'éviter que « chacun reste dans son coin », de relier les uns aux autres. Une vocation, en quelque sorte.
2009 : Projet de fondation Terres de liens et ouverture d'un bar à jeux à Crest (Drôme)
2008 : 10 fermes financées
2006 : Création de la Foncière Terre de liens. En janvier, premier achat de terres pour un paysan-boulanger bio à Upie, Drôme: 6 ha de terres agricoles pour un montant de 32000 euros
2003 : Fonde l'association Terre de Liens avec Sjoerd Wartena
1999 : Obtient un poste de chargé de projets au sein de Relier
1998 : Obtient son diplôme d'ingénieur agronome à l'ISARA Lyon. Stage de fin d'études au sein de l'association Relier
L'outil de la Foncière Terre de Liens pour favoriser le bio, c'est le bail environnemental. Un engagement écologique, mais aussi social que prend l'acquéreur auprès de la foncière. Il s'engage à exploiter les terres, non seulement en observant les critères du label Agriculture Biologique, mais à limiter son impact sur la qualité des eaux, préserver et entretenir les haies [5] ou encore ne pas recourir à une main-d'œuvre clandestine.
Le respect de ces règles fait l'objet d'un «audit pique-nique» annuel: l'équipe de Terre de Liens se déplace dans un esprit convivial et visite les terres. Des recommandations sont émises et, en cas de non-respect des engagements, le bail peut être rompu.
Cet article est paru dans Interdépendances n°73 - 2ème trimestre 2009.
économie sociale et solidaire
développement durable
commerce équitable
politique
insertion
toxicomanie
associations
entrepreneur social
ess
VIH-sida
coopérative
emploi
solidarité
exclusion
SCOP
entreprise
mineurs
ONG
écologie
prévention

Retrouvez les annonces de notre partenaire Ressources solidaires