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Martin Luther King : Yes he did !

Barack Obama ne serait sans doute pas président des Etats-Unis sans l'activisme et l'influence de Martin Luther King. Comment un jeune pasteur baptiste a-t-il impulsé et inspiré en une douzaine d'années un changement durable dans le quotidien de millions d'Américains? De la suppression de réglementations discriminantes dans les Etats du Sud au Civil Rights Act voté en 1964, son héritage est marqué à la fois par l'idéalisme le plus audacieux et le réalisme le plus efficace.<:chapo>

En 1929, Martin Luther King vient au monde dans une Amérique ségréguée, au cœur d'une région gangrenée par la haine envers les noirs : le Sud. Moins de quatre décennies plus tard, le pasteur d'Atlanta le quitte brutalement, mais après avoir inspiré et mené un mouvement social unique en faveur des droits civiques et de la liberté des êtres humains. Son combat pour l'égalité raciale contribua tout simplement à contrecarrer plus de trois siècles d'oppression et de ségrégation contre les afro-américains.

Martin Luther King subit cette oppression dès le plus jeune âge. Dans sa Géorgie natale, comme dans de nombreux Etats du Sud, l'abolition de l'esclavage issue de la guerre de Sécession n'a eu que des effets limités sur la situation économique, sociale et politique des noirs. Le jeune Martin ne peut jouer avec les petits blancs avec qui il s'entend pourtant. Il se voit interdire l'accès aux cinémas, à certains restaurants et subit les insultes racistes. S'il a grandi dans un milieu relativement privilégié, ces injustices amènent Martin Luther King à s'interroger avec précocité sur la société dans laquelle il vit.

De la vocation à la mise en situation

Fils, petit-fils et arrière-petit-fils de pasteur : la vocation de Martin Luther King sera le fruit d'un fort héritage familial. Alors que la seconde guerre mondiale s'achève, il finit ses études au séminaire de Crozer en Pennsylvanie. L'étude de la théologie l'amène à parfaire sa connaissance du christianisme et de l'Eglise. Le brillant étudiant entame également une réflexion sur les questions philosophiques et sociales : son action contre les injustices dont il est le témoin se fondera sur une profonde réflexion théorique et théologique.

A l'âge de 27 ans, le jeune pasteur se voit propulsé sans vraiment le vouloir à la tête d'une vaste action de boycott à Montgomery dans l'Alabama. En refusant de céder sa place à un blanc dans un autobus, Rosa Parks amorce un mouvement qui fera école. Cela révélera également la ténacité de Martin Luther King et l'efficacité de la méthode non violente : ni la prison, ni l'attentat à la bombe contre sa maison ne l'empêcheront de mener à bien la déségrégation des transports publics.

“Etre libre, c'est participer au pouvoir” [1]

Cette mobilisation sera la première d'une longue série. Martin Luther King prendra la tête d'une multitude de mouvements non violents à travers le Sud. Avec la Southern Christian Leadership Conference (SCLC) qu'il dirige, Martin Luther King mobilise les églises, les citoyens, les étudiants et les organisations en faveur des droits civiques à Birmingham, Albany ou encore Selma.

L'apogée de cette dynamique est la marche sur Washington de 1963 en faveur des droits civiques des Afro-Américains. Devant près de 300 000 personnes, au pied du Lincoln Memorial, le révérend King prononce le discours de clôture de ce rassemblement. La dernière partie, improvisée, de son allocution pénétrera la conscience collective de l'Amérique : « Je rêve qu'un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo. Nous tenons ces vérités comme allant de soi : que tous les hommes sont créés égaux. (...) Je rêve que mes quatre petits-enfants vivront un jour dans un pays où l'on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère ! »

L'année suivante, Martin Luther King devient, à 35 ans, le plus jeune Prix Nobel de la paix de l'histoire. Ce prix récompense le leadership, l'énergie et le charisme unique d'un homme. Il célèbre aussi son combat non violent contre la ségrégation raciale et la discrimination, et change la stature du pasteur : il devient plus que jamais une figure nationale et même internationale. Martin Luther King s'investit en faveur des Afro-Américains dans les ghettos du Nord et de tous les pauvres des Etats-Unis. Il exerce une pression sur le gouvernement démocrate de Lyndon B. Johnson, y compris sur des sujets de relations internationales. Martin Luther King sera ainsi la première personnalité de poids à s'exprimer avec force contre la guerre du Vietnam.

Cette position alimente les critiques et même la haine que lui voue déjà une partie de la population américaine. L'adversité croît avec sa notoriété et son influence. Pouvoirs publics et suprématistes blancs des Etats du Sud, élus des grandes villes du Nord, FBI d'Edgar Hoover : la volonté de changement du leader noir se heurte à une opposition virulente et croissante.

“Il ne nous appartient plus, il appartient au monde”

L'infatigable promoteur de la non violence et de la réconciliation est brutalement assassiné le 4 avril 1968 : présent à Memphis dans le cadre d'un soutien à une grève locale, il est abattu par balle alors qu'il prend l'air au balcon de son motel.

“Il ne nous appartient plus, il appartient au monde.” Cette déclaration de son père à ses funérailles illustre la dimension de l'héritage de Martin Luther King. Le message de paix et de tolérance et l'éloquence avec laquelle il l'a porté ont autant nourri cet héritage que les résultats concrets de son action en faveur des droits civiques et la manière dont il a poursuivi ses objectifs.

Marqué par le christianisme, inspiré par Gandhi, ce message universel de Martin Luther King repose sur l'amour et la fraternité entre les êtres humains. A Birmingham, lors du boycott, alors que les manifestants noirs faisaient face aux chiens et aux lances à incendie des policiers lors des manifestations, Martin Luther King proclame : « Menacez nos enfants, nous n'en continuerons pas moins de vous aimer... Dynamitez nos maisons, nous continuerons à vous aimer... Nous en appellerons à votre cœur et à votre conscience, de façon à vous gagner aussi. »

Obsédé par la volonté de changer la situation intolérable de ses concitoyens de couleur, Martin Luther King a su utiliser tout au long de sa vie son charisme et son énergie au profit d'objectifs ambitieux mais concrets. Nul doute que sa détermination et son action ont également eu un effet secondaire notoire : l'accession aux plus hautes fonctions de l'Etat d'un Afro-Américain.

David Blough

[1] Citation attribuée à Cicéron, souvent reprise par Martin Luther King.

Martin Luther King... sur l'interdépendance des hommes et des sociétés :

« Au fond, tout le problème

se résume à ceci : toute vie est intimement liée. Nous sommes pris dans un inéluctable réseau de réciprocités : dans un monde interdépendant, aucune nation, aucune race, aucun individu ne saurait survivre seul. »

...sur le modèle économique capitaliste :

« Une compétition impitoyable et une ambition égoïste qui poussent les hommes à se préoccuper davantage de gagner leur vie que de la réussir ». Il critiqua également le communisme dont il était accusé par le FBI de servir les intérêts.

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Cet article est paru dans Interdépendances n°74 - Juillet-Août-Septembre 2009.

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