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Mundoloco, un festival comme un autre ? Pas tout à fait. « Pour attirer les foules, je pourrais inviter de grosses pointures comme Shakira, mais ce n'est pas le genre de la maison, explique son fondateur et directeur, Bernal Monestel. Cet événement est une vitrine pour des projets alternatifs, des artistes locaux et internationaux qui proposent des choses différentes mais ne passent pas sur les ondes squattées par le reggaeton et la cumbia. Ils manquent de lieux pour jouer et élargir leur audience. »
Musicien lui-même, animateur d'une émission de radio depuis trente ans, le gaillard est devenu producteur pour soutenir l'émergence d'une nouvelle scène. « Depuis dix ans, ça bouge, les jeunes se professionnalisent, certains se projettent au niveau international. Par rapport à ses voisins, le Costa Rica a la chance de ne pas avoir connu la guerre, la misère et les tremblements de terre. Même si elle manque encore de visibilité et de structures, la culture ici fait partie de la vie. Dans les pays alentour, des musiciens font aussi des choses, mais on est peu en contact, du fait du coût des transports. Mon rêve serait de centre-américaniser toutes ces énergies, de créer une caravane culturelle. »
Autre fer de lance de Bernal : promouvoir un esprit solidaire et responsable. « Chaque édition de Mundoloco est thématique. L'an dernier, nous avons valorisé la diversité culturelle, en mettant notamment à l'honneur les minorités autochtones du Costa Rica. Cette année, on attire l'attention sur la question de l'eau, sa raréfaction et la nécessité de la sauvegarder. » Avec quel succès ? « Nous ne recevons aucune aide financière ni structurelle, tout dépend de la billetterie. Il faut donc réussir à trouver un équilibre entre qualité de la programmation et attraction du public. » Après un gros succès en 2008, le bilan de l'édition 2009 s'avère mitigé : « Délocaliser sur la plage une date du festival était une bonne idée sur le papier... » Mais dans un pays qui n'attire pas encore des hordes de teufeurs, difficile de demander aux jeunes de San José de faire la route, se loger et payer, juste pour une soirée, 20 dollars l'entrée (10 s'ils sont étudiants).
Quoi qu'il en soit, les gars de Moonlight sont contents d'être là. « Nous faisons du dub, un style encore confidentiel au Costa Rica, explique Nava, saxophoniste de la bande. Toutes les occasions sont bonnes pour faire connaître notre musique. » Surtout au public de Mundoloco, qui partage leur volonté de participer à un mouvement de société : « Dans le coffret de notre album “Bio-dub”, il y a des graines, symboles de notre engagement pour la reforestation et l'écologie, commente Moonra, le percussionniste. Nous voulons être les porte-voix d'une prise de conscience. Il est temps, chacun à son niveau, d'être acteur du monde de demain. Pour notre terre. Pour nos enfants. »
Malgré les difficultés, « continuer, continuer, continuer ! s'enthousiasme Bernal. Ne pas cesser de nous inventer. Nous réinventer. » Le directeur pense déjà au thème de l'édition 2010. « J'ai envie de faire un focus sur la crise. Pas celle dont on nous bassine dans les médias, mais celle qui, selon moi, est la plus importante : notre crise intérieure, celle des principes, des valeurs... »
Et parce qu'un festival ne suffit pas à changer le monde, l'activiste costaricien multiplie les idées. « J'ai un projet fou, confie-t-il, lancer une fondation Mundoloco, destinée à lever des fonds pour créer des ateliers d'apprentissage de la musique dans les quartiers défavorisés, pour les gamins des rues, animés par des artistes professionnels. Pas dans une visée romantique, mais pour initier un changement concret, à long terme, systémique. Je crois sincèrement qu'apprendre la musique favorise la citoyenneté. Elle façonne des gens porteurs d'une sensibilité, d'une ouverture, d'une énergie créatrice. »
Plus de 4 millions d'habitants, 51 100 km2, la République du Costa Rica est d'abord connue pour sa stabilité.
Première nation à supprimer constitutionnellement son armée, elle est la seule à accueillir une Université de la Paix, créée en 1980 par l'ONU. A l'heure du développement durable, le pays est de plus en plus réputé pour son écosystème : son territoire – dont le quart est classé “parc national” ou “réserve écologique” – accueille près de 5 % de la biodiversité mondiale.
Moins connue : la diversité de sa population. Si 85 % des habitants sont d'origine espagnole, 3 % descendent de Jamaïcains arrivés au XIXe siècle et constituent une communauté noire anglophone ; 1 % de la population est indienne autochtone et vit dans des réserves. Le Costa Rica accueille aussi beaucoup de Nicaraguayens et de Colombiens, fuyant la dureté de leur pays, ainsi que de plus en plus d'Asiatiques. La place des minorités est en train d'y devenir un sujet de société.
Première revue en ligne consacrée à l'actualité artistique du Costa Rica, Red Cultura (réseau culture) propose aussi des services d'accompagnement, de production et de promotion aux acteurs culturels. Elle contribue au dynamisme et à la structuration d'une industrie artistique au Costa Rica, dans tous les domaines (danse, théâtre, musique, cinéma, littérature, arts plastiques).
Le site du festival
Cet article est paru dans Interdépendances n°74 - Juillet-Août-Septembre 2009.
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