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Vous êtes un consommateur responsable, conscient de votre impact néfaste sur la planète et de votre bilan carbone désastreux ? Vous avez décidé de prendre votre destin en main en vous jetant en douceur dans la décroissance ! C'est courageux. Car de Noël aux soldes, en passant par le marketing omniprésent, la tentation est partout : un iPhone, ce serait pas mal pour remplacer votre vieux portable qui ne fait que téléphone ; les reflex numériques dernier cri sont beaucoup plus efficaces que votre vieux modèle de cinq ans ; Nespresso fait des offres exceptionnelles juste quand votre cafetière vient de tomber en panne, et il est quand même super bon, ce café...
Dire non, c'est héroïque. La société de croissance nous a conditionnés pour éprouver du bonheur à consommer. Résister est doublement difficile : en plus de nager à contre-courant, vous devez tenter d'oublier tous vos réflexes de consommateur pour voir le monde dans l'autre sens. Voici quelques embûches qui vous guettent dans ce parcours du combattant.
Je participe à une Amap. Ainsi, moins d'engrais et de pesticides, moins de transport, et je découvre des saveurs inédites.
- Ça coûte un peu cher (15 € le panier hebdomadaire en moyenne), ça prend beaucoup de temps (laver la salade, éplucher les légumes, faire une soupe...).Et je n'aime pas les rutabagas !
+ C'est de l'argent et du temps que je n'irai pas gâcher dans les grandes surfaces le week-end. Et la cuisine, ça se fait à plusieurs (en famille notamment), c'est convivial. Il paraît même que tous les légumes sont bons, à condition d'avoir la bonne recette.
J'ai fini par convaincre ma moitié d'avoir un bac en bois où l'on ferait décomposer les épluchures de légumes et autres restes, avec des vers de terre et tout le tralala. Pour l'instant ça ne sent pas mauvais.
- Je suis un citadin et je n'ai pas de petit bout de jardin.
+ En appartement, il est possible d'installer un lombricompost dans un tiroir de cuisine... Mais cela demande une certaine solidité du couple.
Ma cafetière étant tombée en panne, j'ai d'abord tenté de la réparer, sans succès. Prodige scandaleux de la croissance : une cafetière neuve du bout du monde coûte moins cher que quelques minutes de manipulation par le réparateur du bout de la rue – encore une espèce en voie de disparition. Les bons plans : la cave des grands-parents, où ils stockent un tas de trucs encore utilisables ; le vide grenier du dimanche ; les sites de petites annonces.
- La cafetière de récup est un modèle un peu ancien, avec encore des traces de marc dans les coins.
+ Une éponge et un peu de nettoyant font des miracles. Avant de renoncer, je me donne quelques semaines d'essai pour voir si je peux supporter son design (vintage!) et vivre sans le chauffe-tasse.
Je consacre du temps à des habitants de mon quartier, j'échange des connaissances, je donne du temps et des objets dont je n'ai plus besoin. En retour, je peux aussi obtenir des services ou des biens.
- Depuis deux semaines que je suis inscrit, ils ne m'ont pas rappelé. La gazette qu'ils éditent fait plutôt amateur.
+ Je les rappelle, ce n'est pas une agence de commerciaux ! Je les aide à concevoir un support d'échange plus dynamique et mieux fichu. Bref, je n'attends pas que tout soit déjà fait pour m'impliquer.
Je suis allé à la bibliothèque plutôt qu'à la Fnac. En piochant mes trois BD et mes deux bouquins, j'ai éprouvé la même excitation enfantine que si je les avais achetés.
- Les livres sont un peu cornés et il faut
les rapporter vite. En plus, je ne peux pas remplir ma bibliothèque pour
les montrer à mes amis.
+ Les idées dedans sont intactes. Et comme c'est gratuit, je pourrai en lire encore plus. Pour épater mes amis, je parlerai plutôt du contenu des bouquins!
Les ressources nécessaires et les méthodes pour produire la viande sont culpabilisantes. Sans devenir végétarien, je n'ai pas forcément besoin de viande (ou de poisson) tous les jours et à tous les repas. Alors j'essaie de diminuer ma ration petit à petit.
- Une fois sur deux, mon sandwich crudités-chèvre n'est plus disponible à la boulangerie, j'ai donc le choix entre jambon, poulet, saucisson et thon. Les options disponibles pour les végétariens sont cachées sous l'exubérance protéinique de la chair.
+ Je demande à ma boulangère si elle envisage de diversifier ses formules avec fromage ou de faire des salades.
J'appose un autocollant “pas de pub” sur ma boîte aux lettres, et si quelques prospectus passent au travers, je les mets au recyclage sans même les ouvrir. Je vais dans les petites boutiques ou je commande par Internet, surtout en période de fêtes : fini les parkings bondés, les bousculades au rayon jouets et les files d'attente aux caisses.
- Mais je vais manquer les grosses promos ! Et j'aurai beaucoup moins de choix!
+ J'économiserai tout simplement parce que je n'achèterai pas tous ces produits inutiles qui me tentent en tête de gondole. Et je gagnerai du temps en ayant une offre plus limitée.
J'offre provisoirement un peu de mon excédent de pouvoir d'achat à un entrepreneur du bout du monde : 50 euros, c'est peut-être un gadget numérique superflu pour moi, mais pour un paysan du Bangladesh, c'est l'opportunité de mener un projet économique viable et de s'assurer une subsistance. Des sites Web comme babyloan.org rendent ça aussi facile qu'une commande sur Amazon.
- Ça ne rapporte pas d'intérêts, et je ne suis pas sûr de revoir mon argent, alors qu'avec mon livret A, si !
+ J'y vais doucement. Je ne mets pas toutes mes économies dans le microcrédit – justement parce qu'il est micro — mais je commence avec de petites sommes. Je vois ça comme un don ; sauf qu'il reviendra dans un an et que je pourrai donner à nouveau.
Ceci n'est qu'une petite sélection des moyens de réduire vos besoins à votre échelle, et de ce qui s'y oppose. Une fois que vous serez un micro-décroissant du quotidien, vous pourrez vous attaquer à des sujets plus ambitieux : habitat et transport par exemple. Convainquez votre famille et vos amis, et si ça vous réussit, influez sur la politique de développement local ou d'urbanisme. D'autres types de résistance sont à prévoir !
Si tout cela est difficile, c'est que l'enjeu de ces petits actes du quotidien va bien au-delà de la préservation de l'environnement. Dans un monde industriel qui exige de chacun une soumission à la consommation des biens et des services marchands, une telle démarche est un acte de résistance. Vous devez vaincre tous ceux qui ont intérêt à ce que vous ne
soyez, et ne restiez, qu'un consommateur. En tant que citoyen, en tant qu'être humain, c'est votre plus grand défi. Bon courage!
L'économiste William Stanley Jevons avait identifié au XIXe siècle un paradoxe : dès que l'ingénieur James Watt eut amélioré les rendements de la machine à vapeur – et donc diminué sa consommation d'énergie pour un travail donné – la quantité de charbon consommée dans l'ensemble de la société anglaise fut démultipliée. La raison est que, le coût d'usage de cette machine ayant baissé, on profita du gain d'efficacité pour accroître son usage. Le même phénomène a été identifié dans l'amélioration technique visible depuis trente ans, et théorisé sous le nom d'« effet rebond » : après une baisse initiale de consommation de ressources, celle-ci repart à la hausse jusqu'à dépasser la consommation initiale.
Cela vaut pour les voitures : l'efficacité croissante des moteurs de voitures depuis cinquante ans n'a pas diminué la consommation, mais au contraire facilité l'usage et augmenté les parcours moyens de chaque automobiliste [1].
Cela vaut pour les nouvelles technologies : la baisse de la taille des circuits intégrés a diminué leur prix et leur encombrement et permis à tout le monde de s'équiper d'un ordinateur, ou aux géants comme Google de mettre en place des « fermes de serveurs » à bas coûts. Au point que les nouvelles technologies consommeraient 13,5 % de l'énergie en France [2].
Cela vaut pour l'économie des ménages : les économies financières réalisées sur le chauffage ou la consommation électrique, ou encore les allégements d'impôts pour travaux d'isolation, augmentent le revenu disponible à la consommation. Ils risquent d'être réinvestis dans des voyages en avion à l'autre bout du monde ou l'achat de biens ayant un impact négatif sur l'environnement, ce qui annulerait le gain obtenu.
En réaction à l'effet rebond, les partisans de la décroissance prônent un mode de vie plus frugal sur le thème de la simplicité volontaire. Il s'agit de consacrer les ressources libérées par les gains de productivité (du temps et de l'argent) à des activités non consommatrices de ressources naturelles et privilégiant la convivialité et le lien social (vie de famille, politique ou associative).
D.R.
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Postulat_de_Khazzoom-Brookes
Qui est le plus vert ? Le décroissant ou le partisan
du développement durable ? Alors qu'ils s'accordent sur les enjeux,
ils s'opposent – parfois vigoureusement – sur la méthode. A vous
de choisir votre camp... ou de trouver une troisième voie !
Les décroissants Les DD (développement durable)
La croissance économique est...
Un concept auto-entretenu qui nous détourne de la joie de vivre. Un outil qui peut contribuer à améliorer le niveau de vie des populations, à condition d'être utilisé dans une logique d'équité (ce qui n'est pas assez souvent le cas)
La chasse au gaspillage est...
De la poudre aux yeux. Mieux vaut ne pas acheter des biens que de réduire à la marge leur impact. Un levier immédiat pour diminuer l'impact de nos activités sans dégrader notre qualité de vie.
Les améliorations technologiques sont...
Un piège : même si on améliore l'efficacité, l'effet rebond (cf. encadré) nous assure que la consommation d'énergie ne fera que s'accroître. Une piste prometteuse (énergies renouvelables, isolation thermique, bâtiments zéro-émission) à condition d'être soutenus par l'investissement public.
Cet article est paru dans Interdépendances n°77 - Avril-Mai-Juin 2010.
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Réaction de marie knibiehly le 22/06/2010 à 10:10
merci pour ces infos toutes simples que je vais "infuser" au cours des activités que je développe dans les associations où je suis active. Le projet est de parvenir à un changement de comportement et les actions que vous proposez sont très incitatives.