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Un miracle pour la pêche?

Responsabilité : c'est cette notion qui doit guider les pêcheurs, les distributeurs et les consommateurs pour préserver des “stocks” de poisson en perdition. De la gestion locale aux écolabels, du bateau aux étals, tout un système se met en place pour une autre pêche.

En 2010, rien de nouveau sous le soleil : la pêche, malgré un tonnage stable [1], ne parvient pas à enrayer la surexploitation de certaines ressources [2]. Pour Benoît Guérin, secrétaire général du Comité consultatif régional Sud (CCR Sud), organisme consultatif de l'Union européenne regroupant les représentants du secteur des côtes du Sud-Ouest de l'Europe, un des problèmes principaux réside en ce qu'aujourd'hui, « on pêche plus de petits poissons, comme les sardines et les anchois, qui sont à la base de la chaîne alimentaire ». Voilà de quoi faire obstacle au rétablissement des stocks de poissons, dont le cycle de reproduction est parfois long.

Pour contrer l'issue fatale qui semble se dessiner, les propositions fusent et notamment celle, unanimement plébiscitée, de gérer la ressource au niveau local. Il s'agirait notamment d'y associer les pêcheurs pour les inciter à adopter un comportement prudent pour protéger les stocks : mise en « jachère » des zones fragilisées, respect des périodes de reproduction, par exemple.

Concéder plus de poids aux pêcheurs, c'est bien. Mais comment sauver les ressources alors que c'est l'économie même de la pêche qui porte en elle le germe de la surexploitation ? En effet, les prix très bas obligent les pêcheurs à compter à la fois sur les subventions publiques et sur le volume pêché pour joindre les deux bouts.

Payer plus cher ?

La question est donc posée : doit-on, par souci écologique, accepter de payer le poisson plus cher ? Dans les pays occidentaux (et riches), certains y songent. Les grands distributeurs se réservant des marges équivalant parfois à cinq fois le prix d'achat, il semble possible de mieux payer les pêcheurs sans entraîner une flambée des prix, même si, malgré les marges, le rayon poissonnerie des supermarchés est souvent maintenu à perte.

Par ailleurs, il faut, selon Benoît Guérin, fomenter « une consommation raisonnée, occasionnelle et de proximité ». Pour ce faire, les organisations non gouvernementales comme Greenpeace ou WWF (World Wild Fund) ont établi des guides indiquant quels poissons acheter ou pas en fonction de leur état de préservation. Le consom'acteur devrait ainsi préférer le lieu au turbot, par exemple.

L'écolabel, un vœu pieux

L'autre arme de la consommation responsable, c'est l'écolabel. Aujourd'hui, le label MSC (Marine Stewardship Council) en est la référence obligée. C'est en effet le seul qui soit conforme aux directives de l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) [3] en la matière. Certaines ONG contestent cependant la pertinence des critères retenus par le MSC. Elles lui reprochent par exemple d'accepter de labelliser certaines techniques réputées peu sélectives comme la pêche au chalut.

L'écocertification reste toutefois un « outil marketing » intéressant pour la pêche durable, si bien que les autorités publiques en assurent en grande partie le financement. Malgré tout, elle est encore peu répandue : « trop compliquée à mettre en place », regrette Alain Desgres, représentant du Groupement de pêcheurs artisanaux lorientais (GPAL). Il rappelle cependant que les pêcheurs protègent déjà la ressource : pour éviter de pêcher des espèces non désirées, ils tentent de « trier sur le fond plutôt que sur le pont ». C'est ainsi que pour la pêche à la langoustine, le maillage a été augmenté, souligne-t-il. En tout état de cause, pour Benoît Guérin, « le meilleur levier pour l'écolabel, ce sont les grands distributeurs », pas les artisans. Aux consommateurs de les mettre sur la voie.

Gaëlle Lucas

[1] 83 millions de tonnes de poissons sont pêchées annuellement dans le monde depuis les années 80.

[2] Selon la FAO, seul un quart des réserves de poissons serait encore intactes dans le monde.

[3] Directives pour l'étiquetage écologique du poisson et des produits des pêches de capture marine.

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Artisanat contre industrie

Des pêches complémentaires

Contrairement aux idées reçues, pêches industrielle et artisanale sont complémentaires. En France, la pêche artisanale se caractérise par l'embarquement de l'armateur. Son rayon de pêche est limité aux douze milles marins. Elle utilise des techniques également employées par les industriels, comme la pêche au chalut, mais ceux-ci sortent plus longtemps et se concentrent sur les fonds marins. En France métropolitaine, trois quarts des bateaux sont issus de la petite pêche. Pour autant, c'est du volume pêché par les industriels que dépendent les structures à quai dont profitent les artisans, souligne Alain Desgres, représentant du GPAL (Groupement de pêcheurs artisanaux lorientais) : « Sur un port comme Lorient, la présence de la pêche industrielle est un plus. On peut mutualiser les infrastructures, les magasins qui font des filets... » Les autorités lorientaises vont jusqu'à estimer que sans la pêche en eaux profondes, exercée par les industriels et actuellement sur la sellette à cause de son impact environnemental, c'est tout le port qui coule.

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Cet article est paru dans Interdépendances n°77 - Avril-Mai-Juin 2010.

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