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Enercoop, l'énergie militante

A l'été 2004, à la veille de l'ouverture en France du marché professionnel aux fournisseurs d'électricité, conformément à la directive européenne de 1996, un groupe de travail se met en place autour de Patrick Behm et Julien Noé, aujourd'hui PDG et DGA d'Enercoop. Face à l'inéluctable libéralisation du marché de l'énergie en France et devant le retard accumulé par celle-ci en matière d'énergies renouvelables, les fondateurs d'Enercoop (Biocoop, La Nef, Greenpeace, Garrigue, Les Amis de la Terre...) profitent de l'opportunité pour se donner les moyens de développer l'électricité verte.

Appropriation citoyenne du secteur de l'énergie

Mais pas n'importe comment ! La vision partagée est l'appropriation citoyenne du secteur de l'énergie, d'où la mise en place en 2005 d'une société coopérative d'intérêt collectif (Scic). Ce statut, créé en 2002, permet d'associer autour du même projet des acteurs multiples : salariés, bénévoles, usagers, collectivités publiques*, entreprises, associations et particuliers... Ainsi producteurs, consommateurs et partenaires (soit au final 3500 sociétaires) composent aujourd'hui Enercoop, selon le principe d'une personne = une voix, quel que soit le montant investi.

Tous les acteurs ont un rôle à jouer dans la prise de décision et chaque citoyen qui le souhaite peut investir et détenir une partie du moyen de production. Jusqu'ici, l'état “d'ébriété énergétique” avait pour conséquence un désintérêt des citoyens sur ces questions. La plupart vivaient dans l'illusion d'une énergie infinie et bon marché. Depuis la mort annoncée de l'énergie fossile, une prise de conscience s'est amorcée. Les consommateurs veulent comprendre et choisir. En s'appropriant ces enjeux avec les élus et les partenaires au niveau local, ils acceptent d'autant plus facilement de faire des efforts dans leur gestion de l'énergie. «Etre fournisseur n'est pas une fin en soi mais grâce à cela, le citoyen se réapproprie le sujet et réfléchit sur sa consommation, explique Patrick Behm. Impliquer les citoyens constitue ainsi la première étape d'un projet plus vaste de développement des moyens de production».

Le choix du 100% renouvelable

En s'approvisionnant directement auprès de 47 producteurs (entreprises, exploitants agricoles, particuliers), Enercoop fournit de l'électricité à 5700 consommateurs.

Avec un mix énergétique composé à 80% de petit hydraulique, 15% d'éolien, 5% de photovoltaïque et presque 5% de biogaz, Enercoop s'engage à injecter au moins autant d'électricité dans son réseau que de kWh consommés. Mais le 100% renouvelable a un prix : en moyenne, 10  euros de plus par mois pour un foyer sans chauffage électrique soit 14 centimes le kWh (11 centimes chez EDF, 16 centimes pour la moyenne européenne). Cette différence de prix peut être compensée par le service d'aide à la maîtrise de la consommation proposé par Enercoop. Jean-Claude Bossard, maire du Chefresne, une commune cliente, en témoigne : «Après un premier contrat énergies renouvelables avec EDF, dont nous n'étions pas satisfaits en raison de leur soutien au nucléaire, nous avons passé un appel d'offres en 2009, avec des clauses éthiques. Enercoop l'a emporté. Le prix du kWh est plus cher, mais les mesures proposées suite à un bilan énergétique nous ont permis de réduire notre consommation : limitation de l'éclairage de l'église, plages d'éclairage public en fonction des horaires de déplacement de la population...»

Avec 300 habitants, Le Chefresne n'a pas de gros moyens et doit donc inventer tous les jours. Ainsi, les travaux de restauration du toit de l'église sont financés par l'installation de panneaux photovoltaïques qui rentabilisent l'investissement. «C'est le moyen de montrer que quand on veut, on peut faire des choix vertueux et économiques», conclut fièrement Jean-Claude Bossard.

Le modèle énergétique pensé n'est pas celui qu'on souhaite !

Une des difficultés liées à l'électricité est son stockage. Les moyens de production sont en effet très centralisés en France. Le premier poste consommateur d'énergie est... son transport, en raison des pertes en cours de route. D'où la nécessité de relocaliser la production. Le développement de la production territoriale d'énergies renouvelables est par conséquent un objectif des fondateurs d'Enercoop : appropriation du secteur via des coopératives locales et circuits courts entre production et consommation.

Le choix du statut Scic s'est d'ailleurs en partie fait pour son attachement à la notion de territoire : la Scic s'inscrivant dans une logique de développement local et durable, ancrée dans un territoire et favorisant l'action de proximité, le maillage des acteurs d'un même bassin d'emploi.

Le réinvestissement obligatoire d'au moins 60% des bénéfices alimente le déploiement de moyens de production d'énergies renouvelables via des coopératives locales. La première, Enercoop Champagne-Ardenne, a vu le jour en 2009. Elle commence tout juste à externaliser son offre de services et vient d'investir dans des panneaux solaires. Devraient suivre Rhône-Alpes, Bretagne, Languedoc et Nord-Pas-de-Calais.

Les coopératives en région ont pour vocation de proposer aux professionnels et aux particuliers une offre de maîtrise de la consommation avec audit énergétique et une aide à l'installation (par exemple de panneaux photovoltaïques), en profitant des liens de proximité avec les prestataires. La commercialisation de l'offre se fait sur place, de même que la communication et le suivi client. Ces services de proximité facilitent les relations avec les collectivités.

Enercoop a essuyé des critiques pour avoir voulu profiter de l'ouverture du marché. Patrick Behm en plaisante avec amertume : «Enercoop est un acteur économique de droit privé mais d'intérêt collectif. Si on avait voulu faire de l'argent, on ne se serait pas lancé dans l'électricité ! L'énergie est un problème dont on n'a pas fini d'entendre parler...»

Marjolaine Bénard

* Une des particularités des Scic est qu'elle permet aux collectivités locales de s'inscrire à la fois dans le capital, d'être clientes de la coopérative et de la soutenir par la mise à disposition de terrains ou de toits...

Energies vertes, un marché libre ?

EDF, par sa convention de service public avec l'Etat est soumise à l'obligation d'achat d'énergies renouvelables (à un tarif élevé) pour encourager leur production. EDF ne répercute pas ce surcoût sur ses tarifs car elle bénéficie de la Contribution au service public de l'électricité, qui est payée par l'ensemble des consommateurs d'électricité (3 à 5% de la facture). Les autres fournisseurs sont contraints de s'aligner sur les tarifs d'achat d'EDF pour attirer les producteurs, mais eux n'ont pas de compensation : fournir de l'énergie renouvelable leur revient donc plus cher. Après des démarches en France qui sont restées lettre morte, le fournisseur vert a déposé une plainte à Bruxelles en 2006 pour demander l'égalité des fournisseurs d'électricité dans l'accès aux énergies renouvelables et espère obtenir gain de cause cette année.

Le circuit de l'énergie

L'ouverture du marché de l'énergie en France concerne la production et la fourniture d'énergie. Le transport de l'électricité via les lignes à haute tension est resté un monopole public géré par la RTE (Réseau de transport d'électricité). La distribution de l'électricité se fait via ERDF (filiale d'EDF) ou une entreprise locale de distribution. En cas de problème d'approvisionnement, ERDF a la responsabilité de fournir l'électricité au consommateur, les fournisseurs devant lui régler des pénalités. Quant aux lignes à basse tension et aux compteurs, ils sont la propriété des collectivités locales qui organisent la distribution.

Energies renouvelables

Eolien : la rotation de l'hélice d'une éolienne sous l'effet du vent entraîne un générateur qui produit de l'énergie électrique.

Le biogaz : la fermentation des matières organiques animales et végétales (biomasse) crée du méthane, qui entraîne une turbine produisant de l'électricité. Le méthane est ainsi transformé en CO2 moins impactant sur l'effet de serre. La fermentation de la biomasse transforme le méthane en CO2, converti en électricité via une turbine.

L'énergie photovoltaïque : le contact du soleil sur le panneau solaire entraîne l'agitation des électrons des cellules photovoltaïques qui crée un courant électrique.

L'énergie hydraulique : la force de l'eau actionne une turbine, transformant l'énergie hydraulique en énergie mécanique. La turbine, reliée à un générateur, convertit l'énergie mécanique en énergie électrique.

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Cet article est paru dans Interdépendances n°78 - Juillet-Août-Septembre.

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