Patrick Viveret rédacteur en chef invité !
Le philosophe Patrick Viveret est le rédacteur en chef invité du prochain numéro d'Interdépendances (sortie début...
Globalement, les origines des contaminations diffèrent peu. Chez les Quinze, 31,8% des cas recensés concernaient des hommes homosexuels ou bisexuels. Ceux-ci représentaient 37,4% des cas à l'Est. Mais l'Europe centrale est plus marquée par ce type de contaminations – à 69,7% en Hongrie, 63,5% en République tchèque et 62,9% en Slovaquie. Quant aux contaminations par voie hétérosexuelle, elles concernaient 18,7% du total des cas de sida chez les Quinze, et 17,1% dans les huit pays de l'Est. Enfin, les injecteurs de drogues représentaient respectivement 39% des cas en UE et 34,2% chez les huit candidats de l'époque. Cette fois c'est autour de la Baltique que ce type de contamination domine : à 61,9% en Lettonie et 50,5% en Pologne.
Les toxicomanes très touchés
Mais à vrai dire l'épidémie ne fait que commencer parmi les injecteurs de drogues des pays baltes. Estonie, Lettonie et Lituanie n'ont encore « que » 289 cas de sida déclarés. Mais le nombre des séropositifs dépistés s'envole – déjà 6733 personnes en 2003. A Tallin, la capitale de l'Estonie, 41% des usagers de drogues par injection étaient contaminées par le VIH en 2001, d'après l'OEDT. La prévalence était de 13% dans toute l'Estonie, 12% en Lettonie et 11% en Pologne chez les usagers de drogues par voie veineuse (UDIV). Et d'après Peter Piot, le directeur de l'Onusida, en Europe orientale (Russie incluse, notamment) l'épidémie « progresse plus rapidement que partout ailleurs dans le monde ».
Quant à l'hépatite C, elle touche encore les UDIV plus souvent que le VIH. Dans les pays baltes, sa prévalence est comparable à celle des Quinze, chez les injecteurs (près de 60%). L'hépatite C est en revanche moins présente en Europe centrale, d'après l'Observatoire.
Peu de réduction des risques
En somme, sur les pas de l'héroïne afghane convoyée par la route de la Soie, la réduction des risques va devoir s'implanter rapidement dans les pays baltes. Une étude menée en 2001 dans une région d'Estonie a relevé que 45% des injecteurs de drogues partageaient encore leurs aiguilles...
Les premiers programmes d'échange de seringues n'ont été créés qu'en 1997 en Estonie, et en 1999 en Lettonie. Et les associations de lutte contre le sida, encore récentes dans les pays baltes, demeurent mal reconnues par les pouvoirs publics. « En Lettonie par exemple, l'association DIA+LOGS ne bénéficie de presque aucun financement public et doit donc compter sur des subventions internationales », expliquent Arnaud Wasson-Simon et Sandie Sempé, qui travaillent aux projets Intégration : des programmes d'échange de savoir-faire avec des associations d'Europe centrale et orientale. « Les pouvoirs publics pensent même que la lutte contre le sida est un passe-temps pour les membres de cette association... »
Les financements de l'Union européenne contre le sida sont donc attendus à l'Est. Et pas seulement dans les pays baltes. L'épidémie pourra-t-elle épargner encore longtemps l'ensemble de l'Europe centrale ?
Olivier Bonnin
Cet article est issu du dossier Europe - Dossier spécial nouveaux membres - Bilan de santé paru dans Interdépendances n°54 - Juillet 2004.
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