L'art pour un nouveau départ
Directeur de ce complexe, Charles Sztulcman explique ses choix éducatifs : « L'établissement accueille 25 jeunes gens, garçons et filles, à partir de 16 ans, au parcours institutionnel chargé et en voie d'autonomisation, qui sont confiés au titre pénal ou civil par des magistrats de l'enfance ou des inspecteurs de l'Aide sociale à l'enfance (ASE), en priorité de la Seine-Saint-Denis, mais aussi des départements avoisinants. Ces jeunes ont en commun de ne pas avoir été épargnés par la vie, que ce soit celle qu'ils ont connue dans leur famille ou dans leur parcours institutionnel. Mais tous possèdent une énergie et un potentiel qui leur permet de ne pas se perdre trop dans la souffrance ou dans la nostalgie d'un passé qui aurait pu être meilleur. Riches de leur expérience douloureuse, ces jeunes ont cette capacité à investir un projet d'avenir et le souci de s'en sortir. Le choix pédagogique de La Fabrique de Mouvements a été, a priori, de s'appuyer sur ces énergies pour permettre aux jeunes de s'autonomiser par rapport à la prise en charge dont ils sont les bénéficiaires. Dans le même temps, j'ai eu le souci de faire travailler leurs moyens d'expression et leur image pour qu'ils puissent inscrire leur « futur » positivement dans le monde d'aujourd'hui. »
Au-delà de l'idéologie sous-tendue par le discours, les pratiques de cet établissement s'inscrivent dans celles des Unités d'hébergement diversifié (UHD). En résumé, chaque jeune se voit confier un studio et les moyens d'y vivre. Il est en contact, aussi souvent que nécessaire, et au minimum deux à trois fois par semaine, avec son éducateur référent, en charge de l'accompagner dans tous les actes de la vie quotidienne et dans ses démarches. Il fait l'objet d'un soutien psychologique et peut bénéficier d'un apport ou d'une valorisation de ses acquis scolaires. L'originalité est ailleurs et elle a présidé au choix des professionnels pour composer l'équipe éducative. Pour Benoît Capon, chef de service, « nous avons choisi des professionnels qui étaient motivés à la fois pour exercer de manière traditionnelle dans ce type de structure, mais aussi animés par une passion personnelle à partager avec les jeunes, dans le domaine artistique. Nous demandons à chacun d'entre eux d'animer un atelier, une fois par semaine, lié à leur compétence dans le domaine de leur prédilection. Actuellement, vivent ou se mettent en place des ateliers de cinéma, théâtre, musique, arts plastiques et équitation. »
Le principe de « résidences » de troupes professionnelles du spectacle vivant – danse, théâtre, cirque, etc. – a été retenu. En échange de la possibilité de travailler à leur création dans les locaux de l'établissement, les artistes s'engagent à intégrer dans leur spectacle des jeunes confiés. « C'est pourquoi nous avions besoin de locaux tels que ceux-ci », rappelle Charles Sztulcman. Chaque troupe est en résidence pour un an, de septembre à septembre, et n'a pas la possibilité de renouveler son contrat. « C'est à ce prix que l'on peut diversifier les activités artistiques », souligne le directeur. Selon lui, ce mode de fonctionnement « permet aux jeunes de trouver des moyens d'expression qui leur étaient jusqu'alors inconnus. Les rencontres entre artistes et jeunes provoquent des réactions chez les uns comme chez les autres avec une remise en cause de soi dans tous les cas : de leur pratique artistique pour les adultes, de l'image de soi et de l'utilité sociale individuelle pour les garçons et les filles. »
Si les activités artistiques ne sont pas obligatoires pour les jeunes, elles sont fortement conseillées par l'équipe éducative, selon chaque cas : « Il y a des jeunes que la pratique artistique bouscule trop, précise Djazira Fezaa, la psychologue. Elle fait remonter en surface des souvenirs douloureux, voire intolérables, liés à l'enfance. Certains problèmes n'ont pas été réglés. Mais les modes d'expression structurés dans une activité artistique sont infiniment riches et autorisent des approches cliniques et éducatives qui ne seraient pas possibles autrement, ou en tout cas plus ardues. C'est donc un apport inestimable à notre action globale. »
Développer la qualité des activités de jour
Le développement de projets collectifs est un autre avantage de cette manière de travailler. Les jeunes confiés sont souvent refermés sur leurs problèmes, et donc sur leurs exigences. Le mode d'accompagnement, extrêmement individualisé, renforce cette tendance. La participation aux ateliers fait prendre conscience de la nécessité de s'appuyer sur les autres pour réussir et développe le sens d'une appartenance collective, plutôt à un projet qu'à une institution. « Les relations que les jeunes entretiennent avec les adultes de l'établissement sont rarement basées sur la revendication, soutient Charles Sztulcman. Elles sont étonnamment et rapidement basées sur la confiance et sur l'échange, même si des réserves et des a priori persistent de part et d'autre. Par exemple, alors que les locaux sont en chantier permanent, il n'est pas très difficile de demander, et d'obtenir, des coups de main des jeunes pour les travaux. Cette participation leur permet ensuite de se sentir chez eux, puisqu'ils ont contribué à l'aménagement. »
Les perspectives de développement de La Fabrique de Mouvements, ouverte il y a seulement quelques mois, se déclinent selon plusieurs axes : « Alors que nous avons accueilli notre premier jeune au mois de janvier, nous sommes, six mois plus tard, déjà aux deux tiers de notre capacité. La création de cette structure répondait à un vrai besoin départemental, estime le chef de service. Ce n'est pas sur la quantité de lits proposés, mais sur le nombre et la qualité des activités de jour qu'il nous faut maintenant travailler. Des besoins existent dans le département pour des jeunes confiés à des structures d'hébergement ou à des services de milieu ouvert, qui ne peuvent, en raison de leur histoire et des troubles qui les perturbent, trouver de place dans les dispositifs de droit commun. Ils sont susceptibles de pouvoir, pendant un temps donné, trouver leur compte et évoluer dans nos ateliers d'expression artistique, en compagnie des jeunes qui nous sont confiés en hébergement. C'est le dossier sur lequel nous réfléchissons actuellement. »
« Notre première préoccupation, précise le directeur, a été d'installer les jeunes et l'équipe éducative dans le même mouvement. Cela s'est mis en place très rapidement, peut-être même un peu trop, ce qui fragilise l'équipe. Aujourd'hui, il nous faut conforter les acquis très importants en trouvant des articulations institutionnelles internes. Il ne faudrait pas appauvrir la capacité d'initiative personnelle des agents, ni appauvrir leur richesse d'expériences et de sensibilités, qui est très grande... et qui donne son esprit et son nom à l'établissement. Travaillant tous plutôt dans l'enthousiasme, il nous faut aujourd'hui mieux nous structurer pour toujours mieux répondre aux besoins des publics qui nous sont confiés ! »
Cet article est paru dans Interdépendances n°54 - 3e trimestre 2004.
économie sociale et solidaire
commerce équitable
politique
développement durable
insertion
toxicomanie
associations
entrepreneur social
ess
emploi
VIH-sida
exclusion
solidarité
mineurs
entreprise
coopérative
écologie
prévention
mutuelles
handicap
Chaque trimestre, découvrez dans le magazine papier des offres d'emploi dans le secteur de l'économie sociale et solidaire.