Editorial d'Interdépendances n°49 par Jean-Marc Borello
Depuis près de vingt ans nous essayons de démontrer que tout individu recèle une richesse personnelle qui peut être utile à l'ensemble de ses contemporains. Les histoires les plus difficiles, les traumatismes les plus profonds n'aboutissent jamais à l'anéantissement du tréfonds de richesse qui est en chacun de nous. L'organisation sociale se doit d'être au service de chacun des individus qui peuplent un territoire commun, et donc permettre l'expression de cette fécondité sociale universelle.
Au-delà des idées et des slogans, de la nécessité d'agir, de « changer ce monde, fut-ce au cas par cas », nous devons convaincre les responsables politiques et administratifs et dénoncer un certain nombre de dysfonctionnements, car les mécanismes de l'exclusion ne sont ni inéluctables, ni mystérieux. Ils sont le résultat d'un certain nombre de choix conscients ou non dans notre mode d'organisation sociale.
Il est sans doute plus prudent, pour expliquer notre vocation, de présenter nos actions et la manière dont nous essayons de les mener.
- Accueillir, écouter, accompagner, former et orienter des enfants, des adolescents et des adultes en difficulté, pour aider chacun à devenir acteur de sa propre vie.
- Favoriser le maintien et les soins à domicile.
- Accompagner des malades en fin de vie dans des conditions dignes.
- Offrir un hébergement ou un logement à des personnes sans domicile.
- Accompagner des demandeurs d'asile.
- Mener des actions de prévention spécialisées ou grand public.
- Faciliter la création d'entreprises par des chômeurs de longue durée.
- Lutter contre les discriminations.
- Permettre à tous ceux qui souffrent de leur dépendance à un produit toxique de recouvrer leur liberté.
- Réduire les risques et les dommages liés aux pratiques des populations en grande vulnérabilité sociale.
Cet inventaire à la Prévert de nos tentatives de réponses ne facilite pas le résumé d'une philosophie générale.
En admettant les contradictions, les divergences de point de vue ou d'engagement militant, nous essayons de diversifier nos actions et les offres de services faites aux usagers de nos établissements.
Ethique de conviction et éthique de responsabilité cohabitent. Comment pourrait-il en être autrement ? Approche clinique, prise en compte du communautaire, relations avec les pouvoirs publics, nous devons expliquer inlassablement que les intérêts de la population générale ne sont pas contradictoires avec ceux de nos usagers, qu'ils soient handicapés mentaux, usagers de drogues, adolescents difficiles, sans domicile ou malades.
Militants et professionnels à la fois, persuadés de la fécondité sociale de chacun et à la recherche de l'excellence, assurés de la primauté de l'humain sans nier les réalités économiques, nous essayons de construire une entreprise performante au développement durable.
Pas plus que les autres nous n'avons résolu l'ensemble de ces contradictions apparentes, nous essayons simplement d'y faire face.
Les outils, mis en place pour assurer le contrôle de la gestion et la régularité des différents aspects des fonctionnements associatifs, nous ont permis d'assumer le fort développement de l'entreprise sociale que constitue aujourd'hui le Groupe SOS.
Une entreprise de plus de 1 500 salariés, donc une grande entreprise, que nous avons voulu innovante et solidaire, administrée par des conseils d'administration à la composition variée, dont les membres ont en commun une bonne connaissance des sujets qu'ils ont à traiter.
Faire avec la réalité sans jamais l'accepter, belle injonction paradoxale !
Cet article est paru dans Interdépendances n°49 - 2e trimestre 2003.
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