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Pinault-Printemps-La Redoute

SolidarCité

Le poids économique du groupe Pinault – Printemps – La Redoute (PPR) est impressionnant dans le secteur de la distribution grand public et du luxe : un chiffre d'affaires qui dépasse les 24 milliards d'euros, plus de 100 000 collaborateurs et des enseignes aussi connues que la Fnac, Gucci ou Conforama. A ce niveau-là, nous ne sommes plus en face d'un simple opérateur économique mais bien d'un acteur capable de jouer sur de nombreux tableaux dépassant largement la sphère financière.

Pour le groupe Pinault - Printemps - La Redoute (PPR), s'impliquer dans la vie de la société ne devait donc pas signifier jouer un simple rôle de contributeur financier auprès du monde associatif. Il s'agissait bien d'engager toutes ses forces au service de projets souvent en déficit de moyens financiers mais aussi de moyens humains, matériels, voire parfois d'imagination ; bref, jouer un rôle d'entreprise citoyenne. Un rôle souvent mis en avant mais qui ne reste encore bien trop souvent qu'un concept destiné à mobiliser sans trop se soucier de savoir ce que citoyenneté signifie au sein d'une organisation destinée à faire du profit.

Comment faire de PPR un acteur de la citoyenneté ? Comment concilier le particularisme économique d'une entreprise et l'intérêt général ? Cette conciliation, PPR l'a réalisée en créant l'association loi 1901 SolidarCité, en juillet 2001. Cette association fonctionne avant tout comme un réseau auquel peut adhérer n'importe quel collaborateur du groupe, en dehors de toute notion hiérarchique. Un espace de liberté où chacun peut proposer un projet tourné vers l'extérieur et bénéficier ainsi du soutien de l'ensemble du réseau SolidarCité. Partant du principe qu' « une société qui avance ne doit pas être une société qui exclut » , SolidarCité a fait de l'intégration son axe fort dans la conduite de ses projets.

Emploi, éducation, vie dans la cité

Le principe d'un fonctionnement en réseau, où la hiérarchie n'intervient qu'en support et non pas comme le pilote d'un projet, a permis en seulement trente mois d'activité de mener 40 projets associatifs ou actions humanitaires essentiellement tournés vers de l'emploi, l'éducation et la vie dans la cité. Trois axes qui ont pour fond commun la lutte contre l'exclusion et qui se sont traduits par un engagement de SolidarCité aux côtés de nombreuses associations et ONG très diverses comme Atelier sans frontières, qui favorise l'insertion sociale et professionnelle de jeunes et adultes en grande difficulté au travers d'activités sociales. SolidarCité a aussi initié la mise en vente d'un « produit partage » dans le catalogue de La Redoute au profit de l'association de Sœur Emmanuelle : un ourson habillé gracieusement par les plus grands créateurs. Elle a aussi signé un protocole d'accord avec le ministère de l'Education nationale visant à permettre à des enfants et adolescents de bénéficier en internat scolaire d'un environnement plus propice à leur réussite scolaire, en prenant en charge un certain nombre de dépenses (bourses, soutien scolaire, actions culturelles et sportives, livres, informatiques...). On pourrait encore mettre en avant de nombreuses réalisations parmi lesquelles la « semaine SolidarCité », qui mobilise l'ensemble des collaborateurs du groupe qui le souhaitent, afin de récolter des dons au profit d'une cause en particulier ; en 2003, un tiers des sites du groupe en France, soit près de 4 000 personnes, ont participé à diverses actions au profit du Secours populaire et du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ces multiples actions se traduisent souvent par des partenariats durables entre des enseignes de PPR et des associations porteuses de projets. SolidarCité initie, conseille et mobilise les ressources du groupe mais c'est bien sûr le terrain que le partenariat se joue et se noue.

Un enrichissement mutuel

Cette relation entre une enseigne de PPR ancrée sur un territoire et une association locale doit, au-delà de la réalisation d'un projet d'utilité sociale, permettre aux deux acteurs de s'enrichir mutuellement. L'association va bénéficier de l'expertise et du professionnalisme des équipes de PPR dans le montage d'un projet, celles-ci vont en retour intégrer la notion d'intégration citoyenne dans leur mode de fonctionnement. Patrick Gagnaire, délégué général de SolidarCité, résume parfaitement la démarche à double sens qui se joue : « Le monde associatif doit observer une éthique de responsabilité quand l'entreprise doit, elle, observer une éthique de conviction. »

SolidarCité n'est donc pas uniquement un réservoir de ressources mais sert aussi d'aiguilleur à l'ensemble du groupe PPR ; ainsi pour Serge Weinberg, président du directoire : « SolidarCité nous aide à nous mettre sous contrainte. Nous devons devenir un modèle sur le sujet et définir une méthode pour nous assurer que nous donnons une chance à ceux que nous avons décidé d'accueillir. »

C'est là toute l'originalité de l'organisation de SolidarCité au sein du groupe PPR. Il ne s'agit pas, comme l'indique Patrick Gagnaire, de donner aux dirigeants bonne conscience en accordant un certain nombre de financements à des bonnes œuvres, mais de faire de PPR un groupe qui s'investit sur les territoires où il est présent et qui adopte en interne une démarche de promotion de l'égalité. On est bien dans une démarche citoyenne : une citoyenneté qui ne concerne pas que l'extérieur de l'entreprise mais qui prend aussi son sens dans le mode de fonctionnement du groupe. Cela se traduit par une politique de ressources humaines de non-discrimination à l'embauche, par une volonté d'intégrer avant tout les jeunes des quartiers environnant les magasins. Le groupe PPR vient d'ailleurs de lancer une « mission handicap » qui vise à permettre une meilleure intégration des travailleurs handicapés au sein de ses équipes par la définition d'une véritable politique de ressources humaines dans ce sens avec pour objectif d'atteindre d'ici 2007, 6 % de collaborateurs handicapés au sein du groupe. C'est le genre d'initiative qui a probablement dû bénéficier de l'effet SolidarCité qui a su prendre place dans le paysage du groupe PPR.

Albin Gaudaire,

directeur adjoint de l'organisation, des partenariats,

GIE Alliance Gestion.

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Cet article est paru dans Interdépendances n°54 - Juillet 2004.

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