Reconnaissance, validation et valorisation des acquis de l'expérience

Les diplômes des acquis de la vie

Seconde chance pour les adultes privés de formation supérieure, la validation des acquis de l'expérience (VAE) remet en question le sens et les orientations de l'Université. Elle implique une redéfinition des notions d'acquis, de compétences, de savoir et de savoir-faire, ainsi que leur traduction en termes scolaires, leur consécration en un diplôme. Un passage qui s'effectue grâce à un travail en amont et en aval de la validation, commedans les Collèges coopératifs.

La problématique de la validation des acquis est devenue une préoccupation de la société en général et des lieux de formations supérieures en particulier. Son histoire relativement récente en France est déjà marquée par plusieurs étapes importantes. La première étape, centrée sur l'information et sur la sensibilisation, correspond au décret de 1985, qualifiée comme la première mesure importante dans le domaine de la validation des acquis. La seconde étape concerne l'application des mesures de validation des acquis dans les universités. Cette application révèle d'ailleurs quelques difficultés tant sur la forme que sur le fond pour la mise en place effective de ces mesures. La troisième étape concerne la recherche d'outils conceptuels et méthodologiques spécifiques, adaptés à une vraie reconnaissance et validation des acquis. Parmi toutes les mesures intervenues depuis 1985, celle relative à la loi de modernisation sociale de janvier 2002 instituant la validation des acquis de l'expérience (VAE) peut être considéréecomme la plus importante.

En fait, nous constatons que la généralisation de la question des acquis à tous les adultes et à tous les acquis de l'expérience a souvent donné lieu à des interprétations diverses, voire contradictoires, dans les milieux universitaires. En d'autres termes, l'introduction de la VAE a provoqué des débats aussi bien autour du sens et de la philosophie de la validation des acquis, qu'autour des questions d'ordre méthodologique et organisationnel dans ce domaine.

Bien qu'elle soit souvent interprétée comme une « deuxième chance » pour certains adultes jusque-là privés de formation supérieure – et donc une avancée juridique et institutionnelle considérable vers le rétablissement d'une certaine « justice sociale » – la problématique de la VAE est en même temps l'occasion d'interrogations sur le sens et sur les orientations des formations universitaires.

Traduire l'expérience en un savoir scolaire

C'est dans ce climat que la VAE deviendrait, directement ou indirectement, un excellent « analyseur » du fonctionnement des universités et de leurs missions sociales. Les thèmes aussi variés que les cursus de formations, les pratiques pédagogiques en vigueur, les modes d'évaluation des pratiques d'apprentissage, les rôles que l'Université aurait à jouer dans les processus d'accompagnement des adultes pour leur formation et pour la reconstruction de leur identité personnelle,sociale, professionnelle, etc., contribuent à ces débats en cours.

Sur le plan théorique, l'un des enjeux de la VAE réside dans le regard pluridisciplinaire et multiréférentiel qu'il va falloir porter aux notions d'acquis, de compétences, d'aptitude, de savoirs, de savoir-faire, de l'évaluation, de la reconnaissance,de la validation, et surtout de la valorisation des acquis de l'expérience.

De quoi s'agit-il lorsque l'on évoque les acquis et quelle est « la définition de la situation » de chaque acquis, comment rendre compte de sa temporalité et de son contexte d'acquisition et d'ailleurs, s'agit-il d'un acquis formel, informel, culturel, social, professionnel, scolaire, etc. ? Comment procède-t-on pour traduire les acquis de l'expérience en acquis scolaire et en cursusuniversitaire ?

Un long travail en amont et en aval

Sur le plan méthodologique et de l'outillage aussi, l'enjeu est essentiel car, contrairement à ce qui est dit généralement, le plus important dans la problématique de la VAE n'est pas la procédure de la validation, mais bien tous les processus dynamiques et cliniques renvoyant au travail à réaliser en amont et en aval de la validation. Dans cette perspective, le principal moment de la VAE va donc concerner toutes les démarches complexes à envisager et les microsituations spécifiques à créer pour examiner les situations d'acquis et leur singularité contextuelle et culturelle, le classement de ces acquis, leur évaluation formative, leur description raisonnée, leur reconnaissance réciproque et enfin leur validation. En ce qui concerne les modes d'apprentissage et la transmission des connaissances aux étudiants adultes en situation de formation inscrits par validation des acquis, cela exige également un changement profond de « relations pédagogiques ». Ceci pourrait favoriser une interaction triangulaire entre les acquis validés, les connaissances nouvelles à acquériret le parcours individuel et expérientiel de l'adulte.

Les Collèges coopératifs

L'enjeu fondamental de la démarche de la VAE sur le plan paradigmatique et épistémologique peut être exprimé sous forme d'une hypothèse selon laquelle, la problématique de la VAE est d'abord d'ordre philosophique, inscrite dans une culture de la VAE avant d'être une problématique d'instrumentset d'outillages nécessaires.

Cela exige en effet, que les acquis de l'expérience et surtout les savoirs acquis en dehors de l'école soient reconnus sur le plan académique. Mais dans cette culture de la VAE, les démarches pour la reconnaissance et la validation des acquis se réalisent en partenariat entre l'Université, les milieux de l'action pratique et l'adulte, considéré comme le sujet principal des investigations dans ce domaine. Cela suppose un travail d'accompagnement approfondiavant, pendant et après la validation des acquis.

Parmi les lieux de formation supérieure ayant inscrit dans leur philosophie la démarche de la validation des acquis avant la mise en place des dispositifs de la VAE, nous pouvons évoquer l'expérience pédagogiquedes Collèges coopératifs en France.

Depuis 1959 et à l'initiative d'Henri Desroche, ces Collèges visent la valorisation sociale et académique des trajectoires singulières des adultes ayant une expérience professionnelle et/ou bénévole confirmée. Pour ce faire, les formations supérieures – Diplôme universitaire des professionnels de l'insertion des travailleurs handicapés (DUPITH), bac+3 ou Diplôme de hautes études en pratiques sociales (DHEPS), bac+4 – proposées aux adultes lient les acquis expérientiels des adultes aux apports théoriques et méthodologiques des sciences humaines et sociales. Dans cette approche, chaque adulte s'inscrit dans un parcours de formation par la recherche, organisé par étapes et par la mobilisation d'un ensemble de moyens pédagogiques permettant la reconnaissance des ressources inédites de l'action, cellesdes histoires de vie et celles des projets individuels des adultes.

La formation organisée s'efforce en permanence de répondre aux besoins de l'adulte et permet ainsi la reconnaissance, la validation et la valorisation des acquis de l'expérience de l'adulte,considéré comme l'acteur principal de sa formation...

> Collège coopératif de Paris, organisme de formation

Mehdi Farzad (directeur pédagogique et des études du Collège coopératif de Paris)

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Cet article est paru dans Interdépendances n°54 - 3e trimestre 2004.

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