Le logement, base d'une réinsertion
chapo> L'association SOS Habitat et Soins a ouvert en novembre 2003, au cœur de l'arrière-pays niçois, la première maison relais des Alpes-Maritimes. Une nouvelle forme de logement social permettant à des personnes en situation de précarité dese reconstruire dans un habitat privatif et durable.
En 1998, la maison de vacances cesse ses activités et Danielle Camera, actuelle déléguée régionale de SOS Habitat et Soins Hautes-Alpes/Alpes-Maritimes et directrice de la maison relais, repère la bâtisse de 500 m2 à l'abandon. « Dans les Alpes-Maritimes, lorsqu'on repère un bâtiment inoccupé, il faut se précipiter sur l'occasion. Je connais bien ce département. Ici, il y a une pénurie de logements et trouver une maison relève parfois de la gageure » , explique Danielle Camera. En 1999, elle met en place le projet de la création d'une pension de famille (2) avec l'association SOS Habitat et Soins. Cette maison sera destinée à accueillir des personnes en situation de précarité (sociale, financière, psychologique) et ne nécessitant pas de prise en charge médicale lourde. Le but est de permettre à cette population fragilisée de retrouver un habitat durable. « Ce sont surtout des personnes sans domicile fixe, qui ont connu pas mal de galères, mais qui doivent pouvoir prétendre à une allocation logement. Beaucoup sont isolées, célibataires et ont vécu une rupture avec leur entourage » , témoigne Stéphanie Muselli, conseillère en économie sociale et familiale à la maison relais.
Les premiers résidants ont investi les lieux le 3 novembre 2003, après la réalisation de nombreux travaux effectués par la municipalité du Broc, propriétaire de Lou virou souléou. La maison relais comporte dix-huit studios entièrement refaits à neuf, comprenant chacun un lit, une table de chevet, une cuisine équipée, une salle de bains, des toilettes et une douche. « Nous avons eu beaucoup de demandes, mais toutes n'étaient pas en adéquation avec le projet de la maison relais. Nous ne pouvons pas prendre, par exemple, des personnes qui ont encore de gros problèmes avec l'alcool, ni des gens dont la pathologie est trop lourde, car l'établissement n'est pas médicalisé » , explique Stéphanie Muselli. « Nous devons être prudents au niveau des admissions (3) , ajoute Danielle Camera, car le personnel est peu nombreux sur la maison relais – un couple d'hôtes à plein-temps, une conseillère en économie sociale et familiale à mi-temps et une directrice une journée par semaine. Et si une permanence existe 24 h/24 en cas d'urgence, les résidants sont seuls le week-end. Ils doivent donc êtreassez autonomes. »
Fin avril 2004, Lou virou souléou comptait quatorze résidants, d'une moyenne d'âge de 45-50 ans, avec une majorité d'hommes : quatre bénéficiant d'une AAH (Allocation adulte handicapé), six du RMI (Revenu minimum d'insertion), deux des Assedic (Association pour l'emploi dans l'industrie et le commerce), un d'un contrat emploi-solidarité et un autre d'une pension d'invalidité. Toutes les candidatures ont été adressées par des professionnels ou des institutionnels. Il peut s'agir de personnes sortant d'hôpitaux psychiatriques et/ou présentant des troubles psychiques importants mais stabilisés, de personnes isolées socialement après une longue période d'errance ou d'hospitalisation, de personnes âgées à faibles ressources ou invalidées par une longue maladie, de sortants de prison, etc. Cette nouvelle forme d'habitat social va permettre à chacun de retrouver un équilibre de vie dans un studio individuel favorisant le retour à l'autonomie.
Dès son entrée, chaque résidant établit un projet de vie avec l'équipe. Des objectifs sont alors définis : insertion ou réinsertion professionnelle, rétablissement de la santé, accès aux droits, aux soins, etc. Le but final étant toujours un départ de la maison relais vers un logement autonome. « Beaucoup de projets de vie concernent l'accès aux soins, relate Stéphanie Muselli. Avec d'autres, j'essaie de rédiger un curriculum vitae . Ces personnes sont souvent dans la rue depuis des années, onne peut donc pas leur demander de retourner dans la vie active du jour au lendemain. »
L'équipe a opté pour une politique du logement et de réinsertion, alors que l'obligation de résultats n'est stipulée dans aucun contrat. Pour mener à bien son projet, divers partenariats sont progressivement mis en place avec les associations à caractère social du département, des centres médicaux, sociaux, des agences d'intérim, des médecins, etc. « Ils essaient tous de s'en sortir, mais ils n'ont pas les mêmes objectifs, raconte la conseillère en économie sociale et familiale. Ceux qui ont la cinquantaine d'années se sentent bien ici, car ils pensent qu'ils ne retrouveront jamais de travail. D'autres, plus jeunes, ont la volonté d'accéder au marché de l'emploi et y parviendront très certainement. »
La maison bâtie sur un hectare de terrain, parsemé d'oliviers et d'arbres fruitiers, est aussi un lieu de partage et de rencontres. Tous les midis, les résidants sont tenus de prendre le déjeuner dans la salle commune, un repas qui favorise la convivialité. Les locataires ont peu de contraintes. Ils peuvent gérer leur temps comme bon leur semble, sortir à leur convenance en prévenant l'équipe au préalable. Ils peuvent même recevoir amis ou famille, mais n'ont pas le droit de les héberger. Seules trois obligations s'imposent à eux. Tous les jours, un résidant doit collaborer à la préparation du déjeuner ; un autre est chargé de l'entretien des couloirs et de l'entrée ; un dernier nettoie la salle commune, met le couvert et dessert la table.
Création d'un potager, atelier de manucure, atelier tricot, etc., Laeticia et Jean-Luc Marti, le couple d'hôtes, organisent de nombreuses activités, appréciées par les résidants. « L'important est de les faire bouger, insiste Danielle Camera. S'ils participent à la vie de la maison, c'est déjà un premier pas. Un petit groupe continue d'ailleurs le nettoyage du jardin. Cela montre qu'ils reprennent petit à petit un rythme de travail. »
« Globalement, ils se sentent bien ici et sont contents d'être à la campagne » , assure la directrice de la maison relais. D'autres résidants devraient d'ailleurs prochainement intégrer Lou virou souléou . Car les demandes continuent d'affluer... « Dans les Alpes-Maritimes, il n'existe qu'une maison relais et seulement quelques places en hébergement à Mandelieu-la-Napoule, près de Cannes. Un déni de la situation des personnes en difficulté demeure dans le département, mais j'espère que cette maison relais fera des petits » , conclut Danielle Camera.
(2) Selon une circulaire de 2002, le nom « pension de famille » est devenu « maison relais ».
(3) La commission d'admission est composée de la commune du Broc, de la Ddass, de la CAF, de la CPAM, de la Circonscription d'action médicale et sociale et de l'équipe de SOS Habitat et Soins, à qui revient le choix définitif. Elle se réunit tous les mois. La commission veille également au suivi de la situation de chaque résidant.
Cet article est paru dans Interdépendances n°54 - 3e trimestre 2004.
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