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Sensibilisation sur tous les fronts
Oubliant la « colère » de l'année passée, les organisateurs avaient placé cette manifestation sous le signe de l'espoir. Un message assurément porteur pour un public avide de festivités, plus enclin à la détente qu'à l'apitoiement sur les chiffres toujours plus effrayants de l'épidémie de sida. La région Île-de-France ne s'y trompait pas, promettant « trois jours de fête » grâce à son soutien.
La sensibilisation du public à l'extension de l'épidémie en Afrique et en Asie passait par diverses animations. Certains distribuent les produits du Sud (textile, alimentaire, objets d'art) dont les bénéfices sont consacrés à la lutte contre la maladie, quand ce ne sont pas directement les malades qui fabriquent les produits (c'est le cas d'Ithemba, association de femmes séropositives sud-africaines). L'African positive association, jouant sur l'ambiguïté de sa dénomination, donnait la démonstration de son enthousiasme dans la lutte, dansant des heures durant au son de musiques rythmées. Sous les airs entraînants d'un trio de percussions et de cornemuse, le Secours catholique interpellait le visiteur sur l'aggravation systématique de la prévalence du VIH/sida dans les pays touchés par la guerre, et l'invitait à nouer un ruban rouge symbolique sur un vaste panneau recouvert de ces messages de protestation et d'espoir.
D'autres enfin prêchaient la tolérance, à l'heure du débat sur l'homophobie ou le mariage homosexuel, soit par la violence de certains slogans – comme « Je suis un enculé de père de famille » – soit à travers l'humour et le travestissement, tels ces Apollons grecs dénudés, armés d'un arc et d'une lyre, ou encore les désormais immanquables Sœurs de la perpétuelle indulgence.
La large part accordée au divertissement n'occultait pas la vocation préventive de la manifestation. Le village associatif occupait une position centrale, point de passage obligé entre les différentes scènes où se succédaient les concerts. Nouveauté de cette édition : un centre de dépistage anonyme et gratuit, mis en place par la mairie de Paris et l'association Aremédia, qui n'a pas désempli, à l'image des attractions phares du dispositif préventif – tel le parcours Sex in the City, reconnaissable à son interminable file d'attente.
Proche des préoccupations immédiates du grand public, la prévention de la transmission du VIH se devait d'être efficace, à l'heure où l'on dénonce le « relâchement » (1) des pratiques sexuelles et où l'amélioration de la durée de vie des malades via les multithérapies laisse croire que l'on peut désormais « guérir » du sida. Le jeune public des Solidays paraît d'autant plus concerné par les mises en garde que la prévalence s'accroît précisément de manière inquiétante en France chez les hétérosexuels.
La distribution de préservatifs est traditionnellement l'un des meilleurs leviers de prévention : son efficacité fut renforcée cette année par la curiosité manifeste à l'égard du préservatif féminin (2). Gratuité du produit et mise à disposition de modes d'emploi n'étaient pas de trop pour inciter à l'usage de ce contraceptif peu connu, rebutant pour certaines femmes et jugé trop coûteux même par ses adeptes : « Ils faisaient une promotion à 8 euros les 25 préservatifs l'an dernier, mais depuis, tu n'en as plus que trois pour le même prix ; c'est beaucoup trop cher ! », s'insurge une habituée. Comme l'épisode des préservatifs à 1 franc, les baisses de prix, voire la gratuité totale sur ce type d'événements, s'avèrent être le meilleur moteur pour la diffusion du préservatif féminin, qui « donne beaucoup plus de plaisir, surtout pour l'homme », concluent les adeptes.
Certains associatifs, pour marquer les esprits, en faisaient même un outil de libération de la femme : « Avec la capote, c'est l'homme qui commande ; avec le fémidon, c'est la femme. » Une vision qui pourrait révéler un véritable outil de lutte contre la transmission du virus, pour certaines populations précarisées issues d'Afrique subsaharienne où l'homme refuse régulièrement l'usage du préservatif masculin.
A l'arrivée, les stocks de fémidons se sont écoulés massivement dès le deuxième jour de la manifestation, relayés par des préservatifs masculins non moins plébiscités. Dans ce bric-à-brac voué à la prévention, chacun élaborait son parcours comme on fait son marché, prêtant une attention variable à ces messages de lutte innombrables, saisissant ce qui était à prendre et s'adonnant avec plaisir aux diverses animations, en attendant l'heure du prochain concert.
(2) Un fémidon ou Fémidom® (laboratoires Terpan) coûte entre 2 et 3 euros.
Cet article est paru dans Interdépendances n°55 - Octobre 2004.