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Le développement durable

Editorial d'Interdépendances n°47 par Jean-Marc Borello

L'ONU définit le développement durable comme « La capacité des générations présentes à satisfaire leurs besoins en permettant aux générations futures de satisfaire les leurs ».

Depuis la conférence de Rio en 1992, « L'agenda 21 », projet ratifié par 150 nations, fait son chemin dans les esprits. Il s'agit de prendre en compte quatre critères larges dans toute réalisation ou projet : l'économie, l'environnement, le social et l'éthique.

Un certain nombre de projets d'agences de notations sociales sont en train de voir le jour, dont la déjà célèbre « VIGEO », du latin « Je suis sur le qui-vive » animée par la non moins célèbre Nicole Notat.

Capitalisme et Ethique : une approche marketing pour séduire les fonds éthiques, un compromis après l'abandon de l'alternative marxiste ou une nouvelle version de « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme ».

Si l'on est à la recherche de sens, se pose la question de la place du débat politique autour du développement durable. Tout le monde est à peu près d'accord sur la nécessité de restaurer la prise en compte de critères éthiques dans les activités économiques, encore faut-il savoir quels types de valeurs vont avoir cours.

Il semble que nous soyons dans la perspective simple d'une éthique de responsabilité, dans ce cas il suffit de prendre en compte la triple bottom line “ Profit People Planet”.

Nous ne pouvons cependant oublier que ces concepts de commerce équitable, de corporate responsabilité, ainsi que les divers cabinets de rating , naissent et prospèrent au cœur de l'économie libérale et de la toute puissance des marchés.

On ne peut pas faire l'économie du doute quant à la sincérité de ces acteurs et se demander s'il ne s'agit pas d'un cataplasme de communication après les quelques faillites retentissantes qui ont ruiné des centaines de milliers de petits épargnants et retraités qui avaient foi dans le marché et l'avenir de ces fameux fonds de pension. Car soyons clair, rien ne fonctionne convenablement et si les entreprises se découvrent des responsabilités sociales, environnementales et éthiques, c'est aussi parce que le mépris de ces trois facteurs a permis Enron et AZF.

Si les agences de cotations sociales ont un avenir, il se bâtira sur les ruines des Andersen et consorts.

L'accélération croissante de la mondialisation s'accompagne d'un écart grandissant entre le Sud et le Nord, l'abandon des pays du Sud face au VIH fait considérablement baisser l'espérance de vie et endette sérieusement leur avenir. Les grands groupes pharmaceutiques ont démontré, si besoin était, que seul leurs profits comptaient.

L'intervention d'une société civile qui se manifeste hors les relais traditionnels entre autres par la multiplication d'ONG puissantes et structurées, des Restaurants du Cœur à Greenpeace en passant par les associations de consommateurs, il va falloir prendre en compte leur point de vue.

On ne peut pas non plus ignorer l'approche multiculturelle de ces responsabilités sociétales de l'entreprise : le latin organisera les retraites des salariés là où l'anglo-saxon augmentera son salaire, considérant que c'est à lui de prévoir l'avenir ! Il existe aussi une éthique de conviction, et les motivations à agir ou les modes d'interventions ne seront pas les mêmes pour tous, il ne faut pas éluder le débat.

Reconnaître la fécondité sociale des personnes en difficultés, par charité chrétienne ou en militant pour la lutte des classes ?

Pour la promotion des pratiques permettant de réduire les risques et les dommages dans les activités sexuelles, parle-t-on du préservatif ou de l'abstinence ?

Doit-on aménager l'injustice pour quelle soit supportable ou peut on remettre en cause le concept ?

Dans le terme de développement durable je suis plus spontanément proche de l'idée de développement que de celle de durable il me semble que cette notion révèle la volonté de transmettre, de faire pour ceux qui suivront. Si l'on se contentait de ne pas nuire, de faire que les choses restent possibles après !

Au fond, l'essentiel est que les institutions soient utiles aux instituants et aux institués, pas à leurs descendants, laissons leur un monde meilleur, mais ne préjugeons pas de la manière dont ils voudraient l'organiser.

Les entreprises doivent être au service de leurs actionnaires, de leur salariés et de leurs clients, c'est de ce dosage dont il est question, d'autant plus que les fonds de pensions créent des actionnaires qui sont aussi salariés et clients.

Trop d'idéologie paralyse, mais sans débat de fond rien n'est possible. Plutôt qu'imaginer une confusion des rôles entre économique et social et considérer sans le dire que l'entreprise doit tout faire et qu'elle est seule capable d'organiser le monde, peut-être pourrait-on faire un pas les uns vers les autres en acceptant nos différences .

Jean-Marc Borello

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Cet article est paru dans Interdépendances n°47 - Octobre 2002.

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