En effet, les politiques répressives entraînaient une clandestinité des pratiques, et contrariaient les messages d'hygiène et toutes initiatives de préventions secondaires comme la remise de matériel d'injection stérile. Afin de lutter contre les risques de contaminations VIH, la politique de réduction des risques revendiquera la généralisation et la mise en vente libre des seringues, le développement de produits de substitutions adaptés. Elle sera aussi à l'origine de la constitution de groupes d'auto-support, impliqués dans la délivrance de messages de prévention, et identifiés comme de véritables interlocuteurs dans les rapports inter-associatifs et institutionnels.
Ainsi, la réduction des risques apportera une modification des représentations catégorielles de l'individu consommateur de produits psychotropes. A la représentation du « toxicomane », identifié et affirmé comme ressortissant du champ psychiatrique, de la pathologie mentale, et de la délinquance, s'affirmera peu à peu celle de « l'usager de drogue ». Son insertion dans le champ des politiques de santé publique doit dicter d'autres impératifs thérapeutiques : l'attention aux conditions de vie, l'hygiène, l'apprentissage de la gestion de ses consommations, la modification des comportements et des modes d'usages. L'incidence de l'action de ces groupes d'auto-support (représentativité des usagers et de leurs problématiques), fut déterminante dans la transformation des rapports entre sujet-malade et médecin, ainsi que dans leur inscription dans l'élaboration des protocoles de soins.
L'application de cette politique volontaire, au plus près des conditions d'usages et des risques de contaminations, provoqua l'émergence de nouvelles pratiques professionnelles : création de structures d'accueil « à bas seuil d'exigences d'accès aux soins », développement des méthodes de prévention dites « outreach », impliquant des usagers ou des exusagers dans les dynamiques de prévention, actions de première ligne, élaboration, distribution, et actualisation des outils de prévention et de réduction des risques en fonction de l'évolution des usages, introduction de dispositifs de droits communs dans des structures du champ associatif, comme les antennes de dépistage anonyme, création des Ecimud (Équipes de coordination et d'intervention médicale auprès des usagers de drogues). La lutte contre la marginalisation des consommateurs de drogues, et l'accès au traitement social des multiples problématiques rencontrées par ces derniers, mettent en évidence la nécessité de formaliser le travail en réseau et l'approfondissement des prises en charges globales (traitement des questions sociales, sanitaires et médicales, juridiques, etc.).
SOS Drogue International s'est vite positionnée dans le soutien et la promotion de dispositifs adaptés aux conditions d'existence des consommateurs en situation de grande vulnérabilité sociale. L'ouverture en 1994 et 1996 des premiers centres d'hébergements d'urgence « Sleep In », pour usagers de drogues actifs, prouve l'engagement de l'association pour la reconnaissance de la dignité des usagers, considérés comme des individus-citoyens devant pouvoir jouir de l'ensemble de leurs droits. L'offre et l'accès à un hébergement d'urgence sans exigences préalables de soins, font partie des mesures qui répondent aux présupposés éthiques de cette nouvelle politique. Elles constituent l'un des fondements de ces nouveaux dispositifs, élaborés pour permettre aux usagers de bénéficier d'un temps de pause, d'une réponse aux premières nécessités (alimentation, soins, outils de réduction des risques, dépistage, accès au logement, etc.), afin d'accéder progressivement à l'ensemble des dispositifs spécialisés ou de droits communs. Ce premier seuil d'accès est, depuis, devenu la pierre angulaire du dispositif de soins de par son rôle d'insertion des publics précarisés dans le maillage du dispositif de soins, et de par le temps qu'il propose à chaque individu, sans pour autant l'inscrire dans une durée qui normaliserait la précarité.
chef de service
du Sleep In Marseille
Cet article est paru dans Interdépendances n°49 - 2e trimestre 2003.
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