Editorial d'Interdépendances n°46 par Jean-Marc Borello
Prendre une part plus active à l'engagement politique institutionnel, en clair prendre sa carte dans le parti dont on se sent le plus proche, et abandonner le statut de compagnon de route ou renoncer à participer en déchirant sa carte d'électeur ?
Au-delà de l'engagement personnel il est question de remettre en cause aussi notre pratique professionnelle en étant plus pédagogue et moins méprisant du citoyen.
Il faut redonner un cadre et un sens à certaines de nos interventions sociales qui en sont totalement dépourvues.
La politique d'accueil des demandeurs d'asile est un non-sens unanimement reconnu qui crée des milliers de situations désespérées, transforme des travailleurs étrangers en assistés et en entraîne un grand nombre vers la clandestinité, le travail non déclaré, ou les abandonne dans les bras d'organisations maffieuses.
La prise en charge des mineurs en difficulté ou délinquants n'a jamais été une priorité d'aucun gouvernement et les structures privées ou publiques qui en ont la charge n'ont jamais disposé de manière continue des moyens de faire leur travail correctement.
Les prises de participation à la vie de la cité, entre autre sous forme associative, sont à la fois magnifiées par les uns et les autres mais sur le terrain les associations continuent à vivre des difficultés connues depuis trente ans.
Pseudo conventions triennales, contrôles tatillons, modifications des règles alors que des conventions ont été signées, non-respect par l'Etat des délais de paiement des subventions qui permettent de faire face aux missions dûment déléguées, nous rendons aujourd'hui des comptes sur des subventions que nous devons avoir utilisées avant de percevoir les fonds !
Nous devons rappeler à la droite et à la gauche que les populations en difficulté ont des Droits et des Devoirs et que les deux sont indissociables, que personne ne peut être le chantre des Droits ou des Devoirs.
Les mesures démagogiques et les effets d'annonce se retournent contre leurs auteurs.
Le projet le plus stupide, le plus misérablement démagogique, le plus irréalisable est celui sur lequel les violons des deux camps se sont accordés. Vu le niveau de réflexion on peut imaginer que seul l'impact électoral a été analysé.
Nous avons besoin de centres de détentions mieux adaptés aux mineurs, nous avons besoin de donner un sens à la privation de liberté pour les mineurs et pour les majeurs, nous avons besoin de structures éducatives pour éviter la détention, nous avons besoin de réfléchir autour du taux de récidive après incarcération, nous n'avons pas besoin de pitoyables démonstrations de forces dans les banlieues.
Un cortège de cars de CRS, qui sillonne un quartier 48 heures pour disparaître, appelle ici ou là un chapelet de voitures incendiées, violence gratuite contre violence gratuite. Le même mépris de part et d'autres pour tous ceux qui essaient de vivre et construire leur quartier au quotidien.
Le travail à venir est immense, l'enjeu est celui de la démocratie. Si des fautes sont commises sur ces sujets sensibles, les conséquences ne seront plus simplement électorales.
Cet article est paru dans Interdépendances n°46 - 3e trimestre 2002 2002.
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