En effet, une réponse unique donnée à un problème complexe, comme l'est l'addiction, ne peut qu'aboutir à une pensée forcément unique et totalitaire. Cet écueil fut posé d'emblée par les membres fondateurs et les premiers porteurs de projets de SOS DI. Engagés, militants pour la cause de l'aide à « l'Autre » représentant un « Tout » indissociable, tant physique, psychique que social, ils ont énoncé cette conception bien avant la déclaration de Lisbonne en 1992. Cette vision de « l'Autre » est ainsi à l'origine de la création, en 1988, de la première post-cure, « La Corniche », à Marseille. Un projet construit à partir de la constatation du mal-être et de l'aide à apporter, en préalable à toute recommandation ministérielle.
A l'origine, la souffrance, le traumatisme, la violence, la vacuité conduisent à la panne ou à l'absence de désir. Puis, survient la rencontre avec le produit, au mauvais moment, toujours. Le manque comblé par le produit est bien cette absence de désir, qui empêche de rêver l'avenir. Avec le produit, l'inscription dans le « tout, tout de suite » permet de vivre dans l'instantanéité et de gommer le passé douloureux. Dans ce monde, on est toujours plus seul. La ronde des manques conduit à l'exclusion, de la famille et des proches d'abord, puis de soi, et l'exclusion devient « galère ». Il est alors difficile, voire impossible, de s'en sortir seul.
Les centres résidentiels thérapeutiques – appelés post-cures – et les communautés thérapeutiques proposent un accueil en hébergement de moyenne et longue durée dont les modalités varient. Dans les post-cures prévues pour des séjours moyens, la prise en charge appuie davantage sur le médico-social et le psycho-éducatif, alors que pour les longs séjours en communautés, la dynamique communautaire est favorisée.
Dans tous ces centres, il s'agit de reprendre le questionnement autour des manques. La personne demande de l'aide parce qu'elle ne peut pas s'en sortir seule et parce qu'elle est incapable, momentanément, de gérer son quotidien. S'ils sont diversifiés, tous les projets et les équipes des centres de SOS DI se construisent autour de cette problématique.
Le centre va donner un cadre et va décliner au quotidien les différentes actions pour que la tension s'allège, que les questions puissent se formuler, que la mentalisation s'effectue, que la compréhension apparaisse. La réparation peut alors être envisagée, la réinsertion imaginée, la reconstruction possible. Face à l'état des lieux constaté, la clinique – c'est-à dire l'ensemble des moyens à disposition – doit répondre au mieux et au plus près de ce qui est exprimé.
Le travailleur social soignant a ainsi une fonction de médiateur. Il doit permettre d'aider l'autre à gérer les contradictions entre une réalité pulsionnelle et un monde extérieur qui n'est pas forcément favorable ou bienveillant. Savoir écouter la souffrance – lors de moments formels ou informels –, faire preuve de disponibilité, d'empathie, de discernement tout autant que de professionnalisme et de pluridisciplinarité : telles sont les qualités que doivent mobiliser les équipes. Il s'agit de rompre l'instantanéité, en aidant « l'Autre » à structurer le quotidien, en construisant avec lui, en projetant ensemble tout en apprenant à différer. Vouloir « être avec et faire avec l'Autre ». C'est à partir de cette gestion que le processus d'individuation pourra avoir lieu.
L'intérêt pour la clinique est la densité et la continuité de la prise en charge qui vont permettre de rejouer les scénarios loupés. Pour réapprendre à vivre dans une microsociété avant de passer à l'autre ; à se (re)découvrir en se confrontant aux autres ; à vivre du plaisir et de la contrainte ; à se (re)trouver dans un rôle qui n'est plus celui d'un toxicomane, même si la défense addictive a tatoué l'âme et ne s'effacera peutêtre jamais. Comme une cicatrice, mais aussi comme une formidable victoire emportée.
chef de service
à Tournebouix dans l'Aude
Cet article est paru dans Interdépendances n°49 - 2e trimestre 2003.
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