Le sida, grande cause nationale 2005

Une fenêtre ouverte aux associations

Le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a déclaré, le 25 novembre dernier, la lutte contre le VIH/sida « grande cause nationale » pour l'année 2005. Satisfaction unanime parmi les associations, parailleurs porteuses du projet.

Le sida, grande cause nationale 2005... Comme en 1987, à l'époque où Michèle Barzach était ministre de la Santé, ou en 1992. Et après la fraternité, grande cause nationale 2004. Matignon explique : « Ce choix exprime le refus de la banalisation. Une nouvelle mobilisation de l'opinion est d'autant plus nécessaire que les dernières données épidémiologiques montrent clairement que la diffusion de la maladie n'est pas enrayée et progresse dans notre pays. » Une telle initiative vise en effet à encourager la mobilisation citoyenne et à mieux fédérer l'action des associations, car le statut de grande cause nationale ne se traduit pas par des moyens supplémentaires, à la différence des grands chantiers du président, qui eux sont dotés de moyens et d'objectifs précis. Ce que les associations pourront obtenir, c'est la diffusiongratuite de messages sur les radios et télévisions publiques.

La bataille

Comment devient-on grande cause nationale ? Posez la question à Jean-Luc Romero, ancien secrétaire national de l'UMP, fondateur de l'association Elus locaux contre le sida (ELCS). Il vous racontera par le menu sa bataille, menée depuis trois ans. Avant les dernières élections présidentielles, ELCS envoie un questionnaire aux divers candidats, sondant leur sensibilité vis-à-vis de cette question. Jacques Chirac se dit concerné. En avril 2004, à l'occasion du Sidaction, Jean-Luc Romero et Pierre Bergé, président d'Ensemble contre le sida (ECS), sont reçus par le Premier ministre, qui accède à la demande. Entre-temps, Jean-Luc Romero a passé plus d'un an et demi à rencontrer élus, ministres, parlementaires, responsablesassociatifs, soignants, qui se rallient à cette cause.

En juillet, fort de ce soutien, il soumet à Xavier Darcos, ministre de la Coopération, un dossier complet pour soutenir la déclaration du sida comme grande cause nationale. Fin du premier acte. « Je suis intimement persuadé que ça donne un signal fort de l'engagement de l'Etat, même si le fait d'être grande cause nationale n'est pas une baguette magique , précise Jean-Luc Romero. Le sida, on n'en parle plus. Il faut travailler sur l'image, il faut mobiliser les collectivités locales et le Premier ministre s'est engagé à accompagner ce travail en organisant des réunionstrimestrielles avec les membres du collectif. »

Réunir de nombreuses associations

Car désormais, Jean-Luc Romero n'est plus seul : un étonnant consensus s'est formé parmi les associations et institutions (dont le Centre national du sida, CNS, et l'Agence nationale de recherches sur le sida, ANRS) qui constituent le collectif national (1), chargé de coordonner les actions de mobilisation et de communication. Un second comité de pilotage des groupes de travail suggérera au premier les propositions à défendre et les actions à mener. Des grands chantiers ont d'ores et déjà été définis, inscrits au calendrier remis par le collectif (2). Concrètement, à chaque mois de l'année correspondra un thème, décliné sous la présidence d'un responsable associatif ou d'une personnalité et parrainé par un artiste. Ce consensus associatif constitue, d'après Jean-Luc Romero la raison pour laquelle le sida l'a « emporté » cette année : « Cela redonne espoir aux associations, car ce n'est pas anodin que le gouvernement ait choisi cette cause. Cela n'a pas été simple de réunir Aides, Act up, ECS, etc., mais j'ai confiance : si tout le monde est un peu sincère sur la cause qu'il défend, si chacun respecte le travail en commun,si tout le monde se bat pour un objectif commun, alors... »

Début du deuxième acte.

Christelle Destombes

(1) Aides, ANRS, CNS, ECS, Sidaction, Sida info service, Solidarité sida, UNALS, Act up, FNH-VIH, SFLS.

(2) Thématiques du 1 er trimestre : janvier - dépistage ; février - place du malade ; mars - femmes.

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Cet article est paru dans Interdépendances n°56 - 1er trimestre 2005.

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