25 ans d'entreprises humaines
Dès le milieu de la décennie, des initiatives expérimentales locales se mettent en place, que la circulaire 44 du 10 septembre 1979 vient légitimer. Elle leur apporte un cadre et un financement possible, tout en leur laissant une grande liberté. « Elle laissait aux structures la possibilité d'innover pour sortir du style formatif traditionnel, source d'échec, et mettre au travail des jeunes en difficulté dans le cadre d'ateliers », explique Brigitte Ogée, secrétaire générale du Comité national des entreprises d'insertion (CNEI).
Un peu partout en France, des entreprises dites « intermédiaires » (EI) voient le jour. Mais les partisans de cette nouvelle forme d'action sociale – éducateurs de formation évoluant vers le métier d'entrepreneur – rencontrent de nombreux détracteurs, en particulier parmi leurs collègues éducateurs. La nécessité de s'épauler, de se soutenir mutuellement, mais aussi d'avoir un lieu pour échanger, devient impérative. La première Union régionale des entreprises intermédiaires (UREI) voit ainsi le jour en Rhône-Alpes le 12 novembre 1983. Ce fonctionnement permet de nouer des contacts sur les plans local et régional, de nouer des partenariats avec les syndicats et les entreprises classiques, mais aussi – espère-t-on – de bénéficier du transfert de compétences aux conseils régionaux induit par la loi Deferre sur la décentralisation. Très vite, de semblables regroupements ont lieu dans d'autres régions, sans aucune concertation entre eux : l'UREI Île-de-France est créée en juillet 1984, celle de Bourgogne-Franche-Comté en septembre, puis celle d'Aquitaine en novembre.
La première réunion des UREI a lieu en juin 1986. Les échanges et les débats portent sur des enjeux locaux et sur le savoir-faire social des entreprises intermédiaires.
Les élections législatives de mars 1986 viennent cependant bouleverser le contexte. La circulaire signée en août 1986 par Philippe Séguin, ministre des Affaires sociales et de l'Emploi, supprime le soutien financier et réglementaire de l'Etat aux entreprises intermédiaires. Ce soutien est transféré aux partenaires locaux. Face à cette menace pour leur survie, les « entrepreneurs sociaux » prennent conscience de la nécessité d'avoir plus de poids et de parler d'une seule voix. Seule une représentativité au niveau national peut leur assurer ces avantages.
En janvier 1988, une réunion rassemblant les représentants de différentes régions pose les bases d'une future instance nationale représentative des UREI. Elle entérine également la nouvelle dénomination « d'entreprises d'insertion », essentiellement pour éviter la confusion avec les toutes récentes « associations intermédiaires ». Le Comité national des entreprises d'insertion (CNEI) est créé le 23 mars 1988. « Dès le départ, le positionnement s'est voulu éthique », raconte Brigitte Ogée. Ainsi, la première tâche consiste à élaborer une charte qui pose les fondements du concept d'entreprise d'insertion. Le statut adopté est celui d'une association, à laquelle les entreprises d'insertion adhèrent en direct.
A partir de ce jour, le réseau ne cesse de grandir, les adhérents affluent chaque année. Le CNEI organise ses premières manifestations (congrès, Journée des entreprises d'insertion) et publie un magazine bi-mensuel, le CNEI-Infos. Mais l'existence de deux niveaux d'adhésion, régional et national, pour les entreprises d'insertion brouille la visibilité du réseau national. En février 1996, le CNEI devient la Fédération nationale des unions régionales. « L'organisation territoriale décentralisée reste inchangée, explique Brigitte Ogée. Les UREI gagnent en liberté, chacune possède son propre conseil d'administration et sa propre vie associative. Mais toutes ont le même statut, les mêmes fonctions, droits et devoirs. » La dénomination « CNEI » devient « CNEI la Fédération ».
550 entreprises adhérentes, plus de 35 000 salariés en insertion, près de 300 millions d'euros de chiffre d'affaires global annuel : tels sont les données clés du réseau aujourd'hui. Depuis 2003, le CNEI s'est doté d'une nouvelle charte, qui inscrit son projet dans les nouvelles donnes du contexte actuel et futur. Par souci d'homogénéité et de lisibilité, elle rassemble tout d'abord sous une même appellation d'« entreprises d'insertion », les entreprises d'insertion par la production et les entreprises d'insertion par le travail temporaire (EITT) (l'intérim est en effet entré dans le champ de l'insertion depuis les années 1990). Le même identifiant « EI » est donc utilisé quel que soit secteur d'activité de l'entreprise. Par ailleurs, elle édicte que tout adhérent doit s'engager à entrer dans un processus de labellisation des pratiques sociales, appelé Label Qualirei. Ce projet, plutôt inhabituel dans le secteur social, a une double vocation : d'une part, grâce à une formalisation des processus internes, il vise à améliorer les pratiques sociales et à assurer ainsi la pérennité de l'activité des entreprises ; d'autre part, il est un facteur de légitimité externe, grâce à un renforcement de l'éthique, un accroissement de la lisibilité des outils utilisés et une meilleure qualification des pratiques. Confronté à quelques réticences au début, la labellisation a pris son rythme de croisière : 50 entreprises sont aujourd'hui labellisées, 150 sont d'ores et déjà entrées dans la démarche et 30 à 40 entreprises entrent dans le processus chaque année.
A l'heure où les entreprises d'insertion ont gagné leurs lettres de noblesse, sont intégrées dans la législation et dans leur environnement professionnel et ont fait la preuve de leur utilité sociale, quelles sont les pistes de développement pour l'avenir ? Les ambitions du CNEI en ce domaine sont résumées dans le projet EMIE 2010. Plan d'action et de communication, il fixe les grandes lignes de développement du réseau. Il s'articule autour de grandes thématiques :
- la professionnalisation, à travers notamment les formations de permanents et la qualification accrue des pratiques sociales ;
- poursuivre l'insertion des entreprises dans leur bassin d'activité et intensifier les échanges avec les acteurs privés ;
- développer l'offre d'insertion, pour atteindre un total de 100 000 salariés en insertion en 2010. En ce sens, le projet concernant les entreprises d'insertion dans la loi Borloo de cohésion sociale est en adéquation avec les vœux de la fédération.
Dans cette optique, le recrutement de nouveaux profils d'entrepreneurs est un enjeu central. Comme l'explique Brigitte Ogée, « il faut dépasser le modèle du cursus de l'action sociale et aller chercher de nouveaux entrepreneurs en renforçant les partenariats avec les acteurs économiques et sociaux comme les chambres de commerce ou les grandes écoles. Il faut donner envie, montrer que l'insertion peut être une motivation pour entreprendre. Nous devons aller là où l'on ne nous attend pas forcément. » Pas de doute, l'innovation reste bien le mode de développement privilégié des entreprises d'insertion.
Pour en savoir plus :
CNEI Mag n° 26 (automne 2004).
Disponible sur : www.cnei.org
Le but de tout activité économique ne serait-il pas que chaque personne puisse contribuer d'une manière ou d'une autre à la société ? Le bénévolat peut être ainsi utile mais peu valorisé économiquement. Des personnes ne peuvent apporter une contribution que de cette façon.
Cet article est paru dans Interdépendances n°56 - 1er trimestre 2005.
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Réaction de Denis le 09/01/2009 à 07:29
Le mot productivité est un mot terrible. D'un côté, celle-ci permet de gagner en gains de productivité et donc profite à la croissance. Elle permet également des baisses de coût qui peuvent profiter au pouvoir d'achat.
D'un autre côté, il s'agit de produire plus avec les mêmes moyens et avec quelle pression parfcis. En laissant sur le côté des personnes qui ne sont pas assez formées sur les nouvelles technologies.
Et il y a des personnes qu'on dit technophobes. Quel est le travail qui peut convenir dans ce cas ?