Max Havelaar France

Consommation citoyenne

« Pourquoi juste consommer quand on peut consommer juste ? » Tel est le credo de l'association Max Havelaar (loi 1901) dont l'objectif est de promouvoir le commerce équitable, une réponse au commerce mondial qui exploite les petits producteurs des pays du Sud. Respectueux des hommes et de l'environnement, ce label implique une autre façon d'acheter et s'adresse à une nouvelle espèce :les consommateurs-citoyens.

L'organisation actuelle du commerce mondial va souvent à l'encontre du respect et du développement des petits producteurs dans les pays du Sud. Prenons un cas concret : le café. C'est la deuxième matière première la plus échangée après le pétrole ; 70 % des 20 millions de personnes qui participent à sa production sont des petits producteurs (moins de 10 hectares). Selon l'Organisation internationale du café (ICO), les ventes au détail de l'industrie caféière ont totalisé globalement un chiffre d'affaires de 65 milliards de dollars en 2000-2001 contre environ 30 milliards au début des années 1990. Mais, sur la même période, les pays producteurs ont vu leurs revenus tirés de ces ventes chuter de plus de moitié, de 12 milliards de dollars à 5,5 milliards aujourd’hui.

Mieux réguler le commerce mondial sonne comme un impératif. Le commerce équitable est un élément de réponse pratique. « Le commerce équitable est un partenariat commercial, basé sur le dialogue, la transparence et le respect, qui vise plus d'équité dans le commerce international. [Il] contribue au développement durable en proposant de meilleures conditions commerciales aux producteurs marginalisés, dans les pays du Sud, et en sécurisant leurs droits » (1).

« Evidemment, recevoir chaque année vos dons pour acheter un camion ou construire une petite école pour que la pauvreté soit plus supportable, c'est bien. Mais le véritable soutien serait de recevoir un prix plus juste pour notre café. » Cet appel de producteurs de café mexicains a été entendu par des Hollandais qui ont créé en 1988 l'association Max Havelaar et le label du commerce équitable. Quatorze ans plus tard, le label accompagne environ 420 organisations de producteurs dans le monde, il est présent dans 19 pays (2) du Nord. Au niveau international, Fairtrade Labelling Organizations International (FLO-International) coordonne le système de labellisation du commerce équitable.

Le développement durable en action

En accordant son label aux produits respectant les standards internationaux du commerce équitable, Max Havelaar s'inscrit dans une démarche de développement durable. Concrètement, le label concourt aurenforcement :

- de la responsabilité sociale des entreprises, parce qu'il s’agit de convaincre des acteurs économiques traditionnels de s'inscrire dans un processus d’échanges plus justes,

- de la consommation responsable, en démocratisant l'accès aux produits équitables et en incitant à un achat qui intègre des critères humains et environnementaux. En choisissant les produits portant le label Max Havelaar, les consommateurs-citoyens, les collectivités locales et les entreprises font un acte de solidarité permettant à des dizaines de milliers de producteurs des pays du Sud de vivre dignement et décemment de leur travail,

- de l'autonomie des organisations de producteurs et travailleurs marginalisés du Sud. En leur accordant un accès direct aux marchés internationaux à des conditions commerciales satisfaisantes (y compris un prix minimum garanti), progressivement, ces structures améliorent leur capacité commerciale, peuvent investir dans la santé et l’éducation et assurer une meilleure préservation de leur environnement. Les rapports socio-économiques se modifient au profit des producteurs, ce qui constitue un facteur essentiel pour assumer leur propre développement.

Fonctionnement du label

Notre activité consiste à mettre en relation les organisations de producteurs du Sud avec les importateurs et industriels au Nord, sur la base des standards internationaux du commerce équitable. Les producteurs doivent être organisés en coopérative au fonctionnement démocratique et transparent. Les plantations doivent garantir l’organisation syndicale des salariés et respecter les règles de l’Organisation internationale du travail (ni travail forcé, ni de travail des enfants, etc.). Les conditions de production doivent respecter l'environnement. Les importateurs et industriels sont tenus notamment de verser un prix minimum garanti et d’avoir des relations directes et durables.

La crédibilité du label Max Havelaar repose sur la rigueur de ses contrôles. Les organisations de producteurs sont visitées au moins une fois par an. Le contrôle dure en moyenne cinq jours et s’accompagne d’un volet de conseils et de soutien. A total, 1 200 jours de contrôles sont réalisés par une trentaine de spécialistes de la certification et du développement durable. Les importateurs et industriels déclarent trimestriellement leurs achats et leurs ventes, et font l'objet d’un contrôle physique annuel.

En France, une évolution positive

Si le commerce équitable a réussi à emporter l’adhésion des Français, c’est parce qu’il répond à la fois à leurs attentes de consommateur et de citoyen. En un an, le niveau de notoriété du commerce équitable a plus que doublé (3) : en juin 2004, 1 Français sur 2 déclarait en avoir entendu parler contre 1 sur 10, fin 2000. Une fois informées sur les vertus de ce mode de consommation, 90 % des personnes déclarent préférer les produits qui en sont issus. Ainsi, la consommation de café portant le label Max Havelaar ne cesse de progresser. En trois ans, elle a été multipliée par dix pour atteindre presque 1 % du marché. Aujourd’hui, une gamme de dix produits est disponible dans la grande distribution et les boutiques spécialisées. Mais la France est la mauvaise élève de l’Europe. Un Français consacre 0,60 € par an aux produits labellisés, un Autrichien 1,46 €, un Anglais 2,50 € etun Suisse 14 €.

Parce qu’un fossé subsiste entre les déclarations d’intention et l’acte d'achat, Max Havelaar mène des actions de sensibilisation et d’information en France. Plus de 100 collectivités sont signataires de la campagne « 500 villes s’engagent pour le commerce équitable » lancée en mai 2002 lors de la Quinzaine du commerce équitable. Forte de ce succès, la campagne « Fair(e) » fut inaugurée la même année en direction des responsables des achats dans les entreprises. Depuis quatre ans, Max Havelaar initie chaque année un événement d'envergure lors de la Quinzaine. Des producteurs venus spécialement d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine entreprennent une tournée dans tout le pays. Accompagnés par leurs parrains, ils témoignent des enjeux et des bienfaits du commerce équitable. A cette occasion, un réseau d’acteurs divers (collectivités, associations, etc.) se mobilise pour sensibiliser les Français aux enjeux d'un commerce plus soucieux des hommes et de l’environnement.

Vincent David

www.maxhavelaarfrance.org

(1) Définition officielle donnée par le réseau international FINE, regroupant FLO-International dont Max Havelaar France est membre, l'International Federation for Alternative Trade (IFAT), le Network of European World Shops (News!) et la European Fair Trade Association (EFTA).

(2) Allemagne, Autriche, Australie/ Nouvelle-Zélande, Belgique, Canada, Danemark, Etats-Unis, Finlande, France, Grande Bretagne, Italie, Irlande, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Pays-Bas, Suède, Suisse.

(3) Sondage IPSOS.

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Cet article est paru dans Interdépendances n°56 - 1er trimestre 2005 2005.

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