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Fadela Amara, présidente de Ni putes ni soumises

« Marianne d'aujourd'hui »

L'égalité pour tous... Une formule incongrue et pourtant tristement d'actualité. A l'heure où le Parlement intègre à la Constitution de nouvelles valeurs comme celles portées par la Charte de l'environnement, Fadela Amara, présidente de Ni putes ni soumises, dénonce le non-respect des valeurs fondatrices de notre démocratie.

Le regard direct et déterminé, Fadela Amara ne détourne les yeux, hésitante, que lorsqu'on lui demande de parler d'elle. Et puis très vite, les mots viennent, de plus en plus facilement, chargés d'une énergie qui ne les quittera plus. Cette énergie – le moteur de Fadela Amara – c'est la colère. Une colère qui a ceci de nouveau qu'elle ne se contente pas de dénoncer les gouvernements successifs qui ont laissé la situation des cités de banlieue se détériorer. Elle s'adresse aussi à certains habitants de ces cités qui ont ajouté à la précarité la peur, la violence et la mort. Et ce sont essentiellement les femmes qui en souffrent.

Histoire d'une colère

Née en 1964 à Clermont-Ferrand de parents immigrés kabyles, Fadela Amara a grandi dans ce qu'on appelait à l'époque des cités d'urgence, qu'elle renomme, elle, bidonvilles : « Notre quartier était vraiment touché par la misère. Je retiens de mon enfance le froid et la promiscuité. » Dix frères et sœurs et les parents dans un même appartement. « Mon père était ouvrier en bâtiment la semaine et travaillait sur les marchés le week-end, ma mère était femme au foyer, raconte-t-elle. Mon père envoyait de l'argent au bled et répartissait le reste de son salaire selon les besoins du foyer. Ce qui m'a marquée, c'est qu'il faisait toujours un petit tas de billets “pour les coups durs”. Ma conception de l'argent vient de lui : j'en connais la valeur, mais pour moi ce n'est qu'un moyen de vivre et d'avoir plus de liberté. Ce n'est certainement pas une fin en soi. » Une enfance pauvre, mais une éducation porteuse de valeurs solides, comme la solidarité par exemple. Imposée par son père comme vitale au sein de la fratrie, elle existait aussi au sein de la cité, où l'entraide entre familles était systématique.

A l'école, Fadela Amara se sent mal à l'aise car elle perçoit très tôt son décalage avec les autres enfants, leur manière de s'habiller et leurs préoccupations. Seul le français la passionne, ainsi que la lecture dont elle acquiert le goût grâce à l'une de ses professeurs.

En 1978, à l'âge de 14 ans, Fadela Amara assiste au drame qui va changer sa vie. Son frère Malik se fait renverser par un chauffard et décède de ses blessures. Sur les lieux de l'accident, elle est bouleversée par le comportement des policiers qui prennent la défense du chauffard. « Cette injustice m'a mise dans une telle colère que j'ai tout de suite commencé à m'engager dans ma cité », explique la jeune femme. Elle participe ainsi à la première marche civique à Clermont-Ferrand pour l'inscription des jeunes sur les listes électorales.

Admirative de Ghandi et de Martin Luther King, la jeune fille de 17 ans développe une conscience militante basée sur la non-violence et la lutte contre les injustices, quelles qu'elles soient. Elle suit tous les journaux télévisés – « Je tenais à connaître le monde dans lequel je vivais » – en compagnie de son père à qui elle traduit les informations. « Il était difficilement manipulable, il m'a appris à avoir du recul vis-à-vis de ce que je voyais et entendais », raconte-t-elle.

En développant ainsi son sens critique, elle est très vite interpellée par la situation des femmes dans sa cité : « Elles sortaient rarement de chez elles, n'avaient aucune autonomie. » Musulmane pratiquante, elle dénonce l'instrumentalisation de l'islam en vue de justifier la domination de la femme. A cette époque, un autre événement vient renforcer son engagement. Une jeune fille de la cité tombée enceinte est bannie par sa propre famille. « J'ai compris qu'ils étaient prêts à sacrifier une vie pour sauvegarder l'honneur et que je ne voulais pas les suivre dans cette logique. »

A 18 ans, Fadela Amara crée l'Association de femmes pour l'échange intercommunautaire, qui cherche à développer l'autonomie et la réflexion personnelle des femmes via des rencontres entre communautés du voisinage et des projets culturels.

L'égalité dans la mixité

Au début des années 1980, le contexte se dégrade et les choses s'accélèrent pour Fadela Amara. « Une très mauvaise époque », se souvient-t-elle, en référence notamment à ce jour d'été 1983 où Toufik, 9 ans, est tué par la carabine d'un voisin excédé dans une cité de la Courneuve : « Une “bavure”, selon les médias... » Au fil de ses engagements, la jeune femme observe le fonctionnement des différentes organisations qu'elle rejoint et parvient au constat que si ces mouvements se battent pour l'égalité, ils sont loin d'en appliquer les règles pour eux-mêmes. Elle explique : « Dans ces organisations, c'était les hommes qui prenaient toujours la parole. Ils étaient d'accord pour se battre pour l'égalité sociale, mais l'égalité des sexes était toujours un combat accessoire. » Nous sommes au milieu des années 1980, en pleine ascension de SOS Racisme. « J'ai été marquée par leur revendication pour l'égalité des sexes en même temps que celle des races, raconte Fadela Amara. C'est ce qui m'a poussé à devenir militante là-bas. SOS Racisme a réellement permis l'émancipation de nombreuses jeunes femmes. Elle a cassé le ghetto et ses outils d'oppression en favorisant les rencontres et le dialogue, donc les prises de conscience et l'évolution des mentalités. »

Paroxysme

Fadela Amara consacre alors la plupart de son temps au travail de terrain et aux projets concernant les femmes, depuis la « Commission femmes » qu'elle met en place en 1989, jusqu'aux « Etats généraux des femmes des quartiers » rassembla 380 femmes et jeunes filles des cités en juin 2002. « Ce travail sur le terrain m'a permis de voir émerger des problèmes qui sont devenus de plus en plus importants au cours des années 1990 : les filles retirées de l'école, les mariages forcés, les viols... » Un malaise qui atteint son paroxysme en octobre 2002 avec l'assassinat de Sohanne, brûlée vive dans un local poubelle d'une cité de Vitry-sur-Seine. Un événement qui ravive la colère de Fadela Amara. Elle décide de faire partir de Vitry la « Marche des femmes contre le ghetto et pour l'égalité » dont elle est l'une des initiatrices. De février à mars 2003, sous le slogan « Ni putes ni soumises », qui devient le nom de l'association dont elle prend la présidence, la Marche se déplace dans toute la France et rencontre un vif succès. « Je suis surtout reconnaissante à l'opinion publique, déclare la présidente. C'est elle et les médias qui nous soutiennent. »

Car il ne faut pas s'y tromper, la popularité de Ni putes ni soumises n'est absolument pas représentative de la santé financière de l'association : « Le problème est que les politiques ne connaissent strictement rien à la réalité du terrain. » Une « légèreté » qui heurte profondément cette femme dont l'engagement est né et a mûri en perpétuelle confrontation avec les situations concrètes : « Nous avons étonnamment beaucoup d'ennemis parmi certains intellectuels de gauche qui, sous couvert de relativisme culturel et de droit à la différence, sont prêts à accepter des situations inadmissibles. La tolérance s'arrête là où l'on touche à l'intégrité physique et morale des individus. » Une position qui fait de Fadela Amara une « Marianne d'aujourd'hui », qui se bat pour le respect des valeurs républicaines : la liberté et l'égalité dans la mixité et la laïcité. Tout simplement.

Juliette Troussicot

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Réaction de tete chercheuse le 23/12/2007 à 23:11

j'ai trouvé ce texte parlant d'un principe plus democratique, moins limité sur l'asso Pet Soumises
Ni femme ni homme, l’être humain est une personne unique et complexe
« Ni femmes ni hommes, ni famille ni capitalisme » Le féminisme devrait viser l’abolition des genres et de la famille. Abolir les rapports marchands de prostitution suppose d’en finir avec le capitalisme en s’engageant dans une révolution non-violente.
/ Le Mouvement / Articles / Ni femmes ni hommes

Au slogan « Ni putes ni soumises », je préfère une version plus radicale : « ni femmes ni hommes ».

Tout d’abord, ce slogan si médiatisé dévalorise les prostituées, qui seraient, de manière sous-entendue, toutes des vicieuses et des êtres humains indignes. Il y a une généralisation abusive qui tend à faire croire que toutes les putes sont des victimes et que le métier de pute est pire que les autres d’un point de vue moral. Or, les putes n’ont rien d’indigne, elles ne sont ni pires ni meilleures que la moyenne des êtres humains. De plus, dans le contexte effroyable de nos « sociétés » barbares et capitalistes, il n’est pas plus immoral de prostituer son sexe que de faire la pute en tant qu’exécutant du système économique, qu’on soit manœuvre ou PDG. Il n’est pas plus moral de prostituer son cerveau ou les muscles de ses bras que son vagin, sa bouche ou son cul.
Le présentateur télé qui débite des platitudes avec sa bouche est porté aux nues, tandis que la prostituée qui utilise sa bouche pour tailler des pipes est traitée comme une moins que rien. La savante qui loue son cerveau aux grandes entreprises d’armements est bien considérée, tandis que le prostitué qui contribue à éponger la misère sociale et affective est rabaissé. Le travailleur du bâtiment qui use son corps à porter de lourdes charges est un modèle populaire, tandis que la putain dont le corps est maltraité par des clients indélicats ou par d’affreux mafiosis est ignorée. Tout ça est pour le moins paradoxal. Il s’agit toujours de traiter la sexualité comme une chose à part (et les filles ou les homos comme des inférieurs) et d’écarter les réalités générales du monde du travail.

En revanche, ce qui est particulièrement immonde, c’est l’exploitation, la contrainte, le viol... et les dénigrements et amalgames qui stigmatisent des catégories -les putes- et en valorisent d’autres -les travailleurs d’entreprise- alors qu’il n’y aucune différence de nature entre les deux. Dans les deux cas, il s’agit de prostitution, d’aliénation, d’exploitation, de non-épanouissement de soi. Il n’y a pas de quoi être fier de se prostituer dans le système capitaliste et de glorifier le travail, qu’on soit volontaire ou non.

Dans les deux cas, l’être humain ne vit pas pleinement ses vocations, il est instrumentalisé par un système qui s’engraisse sur son dos. Tant que ce système reste tel qu’il est, toutes les formes de prostitution subsisteront, et la moindre des choses serait de donner les mêmes droits aux prostitué(e)s (les travailleuses(eurs) du sexe) qu’aux travailleurs(euses) (les prostitué(e)s des entreprises). Mais le mieux, évidemment, reste toujours la révolution, et l’abolition du travail, de l’argent et des entreprises.

Le slogan serait alors : « ni putes, ni salariés, ni patrons, ni entreprises ». L’abolition de la prostitution signifie forcément l’abolition du capitalisme et de ses avatars.

Les filles des banlieues et d’ailleurs ont bien raison de réclamer leur liberté et leur droit à ne pas être traitées en objet ou en chair à mariage. Mais tout ça reste consensuel, superficiel, et ne risque pas de changer quoi que ce soit en profondeur. Surtout que le problème du sexisme dépasse l’habitude de la séparation des genres, il est aussi lié à la ghettoïsation, au capitalisme, à la pauvreté, à la sous-culture...
Quand on réclame des droits spécifiques pour les femmes, on renforce malheureusement la séparation des sexes, et, en quelque sorte, on renforce les prétextes à discriminations sexistes. Il serait plus fort de réclamer des droits pour tous les humains (et aussi pour les non-humains d’ailleurs) en l’accompagnant de la ferme volonté d’abolir les genres. Au delà des atrocités dont sont victimes les filles, ce sont tous les êtres humains (et encore plus les animaux) qui sont aliénés, exploités, détruits. Dans le domaine de la destruction des personnalités, filles et garçons sont à égalité, c’est bien le seul dans cette « société ». Les excès violents caricaturaux (viols collectifs, meurtres...) devraient nous montrer l’urgence de tout changer.
Avec « ni putes ni soumises », on se contente d’essayer d’améliorer un système irréformable et de défendre les normes en place : séparation des genres, famille, sexualité dite normale (hétéro et raisonnable). C’est pour ça que la marche des filles plaît tant aux personnalités politiques et aux médias.

« Ni femmes ni hommes, ni famille ni capitalisme », voilà qui serait déjà plus intéressant. Mais la plupart des filles ne rêvent toujours que d’un bon mariage et du prince charmant.
Les pauvres des banlieues et d’ailleurs feraient mieux de changer leurs mentalités au lieu de se battre entre eux. Au lieu de constituer des bandes rivales et de passer leur temps à la guerre (entre sexes ou bandes, contre les polices), les jeunes feraient mieux de s’engager dans une voie révolutionnaire non-violente qui remettrait complètement en cause une « société » monstrueuse et aurait une direction pour tout reconstruire.
Malheureusement, au lieu de s’entraider, de créer une vraie solidarité et les bases d’une action révolutionnaire, les pauvres ne font que reproduire et renforcer (par leur luttes internes et leur solidarité très limitée) les rapports de domination et de violence du système qui les opprime, c’est ce qu’on observe dans le renouveau du sexisme (à supposer qu’il ait un jour baissé). Au lieu d’être le fer de lance d’une révolution globale et radicale, ils sont, comme les autres, les pions et les agents de leur oppression. Ils ne rêvent que d’intégration, de réussite matérielle et familiale au lieu de songer à tout changer.
Filles et garçons, pareillement victimes du capitalisme et de la séparation des genres, passent leur temps à s’épier, se séduire et se faire la guerre, au lieu de lutter ensemble pour leur émancipation totale dans tous les domaines. S’il y a une chance d’en finir pour de bon avec le sexisme, c’est dans cette voie. Le seul vrai féminisme consiste à militer pour l’abolition de la notion de femmes (et d’hommes parallèlement) et pour une vraie liberté de toutes les personnes.

Hélas, le slogan « ni putes ni soumises » résonne tristement. Malheureusement, celles qui s’en réclament restent des putes soumises à un système économique et social destructeur, des victimes de la séparation des genres et de la standardisation des personnalités. Comme les garçons débiles qui les agressent, elles deviennent complices de leur exploitation quand elles ne se révoltent pas en profondeur.
Cette « société » est un grand bordel peuplé de maquereaux de toutes sortes, l’échange marchand en est la règle et le fondement, dans le domaine des relations comme dans les autres, que les personnes soient traitées de putains ou de braves travailleuses.

Pour finir, deux extraits de Marcela Lacub, citée dans un article (de Mathilde Mathieu) du Monde du 9-10 mars 2003 :

« Le pire ennemi des femmes, c’est l’enfant, c’est la famille »

« Il faut en terminer avec les hommes et les femmes, il faut que le genre devienne une expression esthétique, comme un parfum ».

  • Critique d’un féminisme qui enferme les genres : excellent texte sur la question des genres, de l’identité et sexisme.
  • Dans la revue "Le Monde 2", on trouve un article (numéro du 20 juin 2004) qui démolit cette habitude de séparation des sexes. Des scientifiques et autres démontrent que l’idée d’hommes et de femmes est un fantasme social, une pure construction qui rassure tout le monde mais ne correspond pas à la réalité.
  • Sur le mouvement "ni putes ni soumises" et la marche des femmes :
  • o http://joueb.com/anarchie/news/2017.shtml
    o Ni putes ni soumises
    o http://www.macite.net/home/rubrique.php3 ?id_rubrique=15
  • http://anarchie.joueb.com/news/993.shtml - Genres, Identité masculine et domination politique, économique et sociale
  • Cet article est paru dans Interdépendances n°57 - Avril 2005.

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