2010, la bonne année pour découvrir Interdépendances
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Pierre Rabhi, rédacteur en chef invité du prochain numéro d'Interdépendances
Agriculteur spécialiste de l’agroécologie, penseur et auteur, Pierre Rabhi est le rédacteur en chef invité de ce n° 77...
Une centaine de personnes était réunie mardi 26 janvier dans une grande salle pimpante de la Mairie du 14ème arrondissement de...
Un regard neuf sur la lutte contre le sida
Après l'IEP, Thibaut Tenailleau suit une maîtrise de droit international, puis se retrouve à Londres pour un master de gestion des organisations du tiers secteur à la London School of Economics (LSE). La ville le marque par le clivage très net entre une catégorie de population très pauvre et une autre à très hauts revenus. Au fil de ses études et de ses rencontres, il affine son projet professionnel. C'est vers l'urgence sanitaire et l'accès aux soins de base qu'il se sent attiré. Un travail bénévole chez Médecins du monde sur un réseau d'acteurs en toxicomanie et sur la réduction des risques lui révèle son intérêt pour ce secteur. « Le thème de la toxicomanie est passionnant car il recouvre de nombreuses problématiques : sociales, médicales, psychologiques, sociologiques, juridiques, politiques, nationales et internationales... Derrière chaque toxicomane, il y a de nombreuses questions de société. Le traitement de la toxicomanie dans un pays reflète ce que cette société est prête à accepter », explique le jeune homme.
Quelques mois plus tard, il est bénévole au service communication de Médecins du monde sur le Technival. Il y découvre l'aspect festif de la toxicomanie, touchant ici une population jeune, contestataire, consommatrice de multiples produits – mais peu d'injections – parfois en situation de grande dépendance sans le savoir.
C'est en cherchant une expérience de terrain en toxicomanie que Thibaut Tenailleau croise le Groupe SOS. Suite à une candidature spontanée, il est embauché pour un remplacement comme accueillant de nuit au Sleep In. Une expérience courte, mais riche : « Je me suis très vite senti à l'aise, raconte-t-il, malgré la violence palpable de ce milieu. Violence des individus entre eux, surtout les femmes, et violence vis-à-vis d'eux-mêmes. » Au terme de ce contrat, on lui propose un poste de coordinateur des activités au Kaléidoscope, centre de consultations sociales et d'activités de jour pour usagers de drogues et personnes en grande précarité. « Le travail au Kaléidoscope consiste à identifier le moment où, avec la personne, on va pouvoir travailler sur autre chose que la seule problématique du produit : des désirs, des projets... » Une expérience intéressante mais qui ne correspond pas à ses aspirations par rapport à l'urgence.
Lorsque le délégué général du Groupe SOS lui propose le poste de directeur d'Arcat, Thibaut Tenailleau est imprégné de l'image renvoyée par les acteurs associatifs de la lutte contre le sida : « C'est un milieu assez dur, où il est difficile d'être reconnu comme légitime si on n'est pas là depuis le début. » Une appréhension vite surmontée face à l'enthousiasme que suscite un tel défi : « C'est une mission qui ne se refuse pas ! » Une mission faite de gestion administrative et budgétaire, de relation avec les financeurs, mais aussi d'élaboration des nombreux projets de l'association.
Le nouveau directeur s'implique très vite dans le contenu des actions, avec la même ambition qui inspire l'association depuis vingt ans : continuer à promouvoir la place du patient dans la lutte contre le sida. Mais selon lui, c'est surtout par la maîtrise des aspects médicaux et thérapeutiques de l'épidémie qu'une association de ce secteur peut assurer sa pérennité et son développement : « Les grands enjeux du VIH se situent encore au niveau thérapeutique. C'est en maîtrisant parfaitement ces aspects que l'on acquiert et conserve une légitimité auprès des politiques, des médecins, des laboratoires pharmaceutiques et des autres associations. C'est aussi ce qui permet d'avoir une visibilité auprès des malades. »
Une légitimité qui paraît cruciale alors qu'on assiste à un retour en force de la position du médecin dans la relation avec le malade. « Alors que la génération des médecins qui ont vécu l'apparition du virus a fini par accepter le rééquilibrage de la relation avec le malade dans la prise en charge de l'épidémie, la nouvelle génération semble réfractaire à cette idée », observe Thibaut Tenailleau. Dans ce contexte, la défense des droits des malades reste plus que jamais d'actualité. Et avec l'émergence d'une nouvelle catégorie de malades, très démunis, d'origine étrangère, parlant mal ou pas le français, on imagine que la communication médecin-patient doit être plus difficile. Mais pour lui, « il ne faut pas baisser les bras. N'oublions pas que l'enjeu d'une bonne information du patient, c'est l'adhésion aux traitements et l'observance, ainsi que la réduction des comportements à risques. C'est dans cet esprit que sont mis en place des projets tels que l'Ecole de la santé à Arcat ou encore les consultations d'observance. »
Les aspects sociaux de la lutte contre l'épidémie gardent donc aussi toute leur importance. L'activité du Point Solidarité d'Arcat, qui propose sur un même lieu une prise en charge globale des différents aspects de la maladie, est à ce titre fondamentale. L'un des grands chantiers du nouveau directeur porte ainsi sur la préparation à l'insertion professionnelle des personnes suivies, grâce à la création d'un centre de ressources proposant tous les outils nécessaires à une première démarche de recherche d'un emploi.
Attiré par le travail de terrain depuis ses débuts, Thibaut Tenailleau espère pouvoir continuer à se consacrer au contenu des projets de l'association, au plus près de ses collaborateurs, et à les valoriser auprès des tutelles. Mais la politique pour la politique ne l'intéresse pas. Une manière aussi de rester discret, ce qui ne l'empêche pas d'avoir conscience des atouts apportés par la nouvelle génération de militants dont il fait partie. « Beaucoup de jeunes viennent aujourd'hui frapper aux portes des associations, mais on les décourage souvent. Pourtant, employer davantage de jeunes est un moyen d'être mieux en phase avec le nouveau contexte de l'épidémie de VIH/sida », conclut-il.
Juliette Troussicot
Cet article est paru dans Interdépendances n°57 - 2e trimestre 2005 2005.
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