Arbor : insertion par le logement et prévention

Une arborescence de solutions

Appartements de coordination thérapeutique, appartements-relais et point écoute : Arbor est une structure unique dont les branches forment, en Languedoc-Roussillon, un réseau complet de prévention, de soins et d'insertion par le logement pour les personnes en grande précarité.

Avec pour mot-clé l'insertion, Arbor a développé un ensemble de structures d'accueil pour les personnes précaires, dans une situation sanitaire et sociale difficile. A l'origine, Arbor était exclusivement une association de lutte contre le VIH/sida. Elle a agrandi ses prérogatives en 2002, lors de sa fusion avec le Groupe SOS (SOS Habitat et Soins). Aujourd'hui, Arbor réunit trois services différents : des appartements de coordination thérapeutique (ACT), des appartements-relais et un point écoute. Trois structures distinctes pour des publics différents.

Un public très précaire

Homme ou femme, âgé de 18 à 60 ans, célibataire ou en couple, avec ou sans enfants, Arbor s'intéresse à toute personne en situation de rupture sociale, familiale ou économique. Les ACT s'adressent à des personnes atteintes de pathologies chroniques sévères, comme le VIH/sida. A Carcassonne, il s'agit d'une maison (deux maisons accolées offrant un hébergement collectif pour cinq personnes). A Perpignan, plusieurs appartements (huit places) ont été créés en octobre 2003. A Carcassonne, l'équipe comprend une assistante sociale, deux aides soignantes, un médecin coordinateur et une maîtresse de maison ; à Perpignan, un chef de service éducateur, une aide soignante, un moniteur éducateur, un médecin coordinateur et un psychologue. Tous sont polyvalents. « Le travail est multiforme, détaille Gilles Laffon, directeur d'Arbor. Il s'agit de donner des repères au quotidien, leur réapprendre des actes essentiels de la vie. » L'après-midi, les personnes hébergées ont rendez-vous avec les partenaires (MJC, etc.) ou sont inscrites à des activités. Le soir, elles sont à nouveau en groupe, notamment pour la cuisine, puis il y a une animation ou chacun vaque à ses occupations. Ici, elles bénéficient d'un soutien psychosocial individualisé et d'un accès aux soins. La durée du séjour est variable. Elle s'établit en fonction du projet de la personne et du projet de soins. « Nous créons une atmosphère conviviale et chaleureuse mais sans ses travers : on pousse les gens à faire des choses. Nous essayons de trouver le juste milieu entre le cocooning et l'insertion à tout prix », poursuit Gilles Laffon. Mais on ne perd jamais de vue le but, « amener les gens à un logement autonome, à s'inscrire dans la Cité ». S'inscrire dans la Cité, c'est aussi créer des liens. Et ça marche. Pourtant souvent issus d'autres départements, la majorité des personnes restent proches de leur ACT. Les anciens résidants de la Maison habitent dans un rayon de 10 km de Carcassonne. Ils gardent ainsi les mêmes médecins traitants, la même infirmière de ville.

Après l'ACT aussi

Les équipes d'Arbor aident aussi les résidants à préparer leur sortie, en commençant par leur trouver un logement. Un accompagnement indispensable, assuré principalement dans le cadre de l'aide sociale au logement (ASL) qui dépend de la caisse d'allocations familiales (CAF). Une démarche qui fonctionne parfaitement dans l'Aude mais qui connaît des ratés dans les Pyrénées-Orientales. La demande a été faite concernant ce département, mais pour l'heure, Arbor a des difficultés de relogement dans la ville catalane. Soit l'équipe passe par les HLM, situés au Bas-Vernet, quartier réputé difficile, avec deux à trois mois de délais. Soit ils épluchent les annonces de particuliers, mais les loyers sont très chers en ville...

L'autre condition à une insertion réussie, c'est le lien social qui se sera tissé durant l'hébergement en ACT. Arbor s'efforce de maintenir les liens avec le réseau social dont la personne est issue, et, tout au long du séjour, il développe des liens avec la mairie, le comité des fêtes, le club de pétanque, lors des fêtes de village, des vide-greniers... « Ils ne sont pas seuls », insiste Gilles Laffon.

Les appartements-relais, un tremplin

Les appartements-relais s'adressent à des personnes ayant un problème de santé qui ne soit pas invalidant. Par exemple des personnes séropositives autonomes, qui n'ont pas besoin d'un traitement lourd, ni d'une équipe importante. Beaucoup plus actifs, les résidants ne restent que trois ou quatre mois, le temps pour Arbor de leur remettre le pied à l'étrier. Alain Clocheau, éducateur pour Arbor mais aussi salarié du service d'insertion par le logement, parcourt les routes du département, à travers le Narbonnais, le Minervois, les Corbières et le littoral. Pour lui, les appartements-relais sont « un tremplin pour rebondir ». Le suivi socio-éducatif y dure entre trois et vingt-quatre mois.

Arbor dispose de deux appartements à Narbonne : « Nous avons un tout petit budget. Je ne peux pas accorder beaucoup de temps, donc je dois être très sélectif, concède Alain Clocheau. Les personnes choisies sont des gens que je rencontre dans le cadre des permanences assurées dans les principales villes du département. » Les mesures de suivi sont initiées par les services sociaux : on fait appel à Alain Clocheau, en tant que salarié de SOS Habitat et Soins, pour la prise en charge du public très précaire, qui a souvent un problème d'addiction. Dans ce cas-là, il fait des recommandations systématiques et incite à se faire dépister pour le VIH et le VHC, au centre de dépistage anonyme et gratuit (CDAG) le plus proche. L'éducateur spécialisé fait aussi des suivis à domicile. En 2004, il a aidé une quarantaine de foyers. « La plupart du temps, ce sont des femmes seules ou isolées avec un ou plusieurs enfants. Dans 70 % des cas, elles ont un problème d'addiction », note-t-il.

Dans le cadre de l'insertion par le logement, l'objectif réside dans l'appropriation du logement et son environnement par la personne, la pérennisation de ce logement et le respect du bail. Pour l'atteindre, l'éducateur spécialisé doit impérativement faire le lien avec tous les champs de l'insertion : résoudre les problèmes de santé, favoriser l'accès aux droits communs (RMI, Sécurité Sociale, aides pour l'accès et le maintien au logement), aider à la gestion du budget (initier un dossier de surendettement, solder les dettes, augmenter les ressources, ce qui passe par la recherche d'un emploi). « Quand je rencontre les personnes et leur entourage, je viens avec tout mon réseau de partenariats. Je leur dis : “Je suis comme un guichet unique, utilisez-moi à votre avantage” », s'exclame l'éducateur tout terrain.

Pess : information, prévention

Dans son Point écoute santé solidarité (Pess), à Carcassonne, Arbor sait aussi apporter un soutien ponctuel à ceux qui en ont besoin. Créé en 2000, le Pess est d'abord un lieu de prévention à caractère social : soutenir et accompagner les personnes isolées et précarisées, qui connaissent des difficultés médico-psychologiques. Le rôle du Pess consiste à les aider à s'insérer dans la région, là encore par le biais du logement, de la formation, de l'emploi ou des activités de loisirs. Des repas de convivialité, divers ateliers et la formation de personnes-relais en milieu rural et semi-urbain sont organisés dans ce but.

Le Pess accomplit aussi un important travail de prévention, sur l'ensemble du département, contre le VIH/sida, les infections sexuellement transmissibles (IST) et les hépatites. « J'ai toujours travaillé dans l'Aude. Les personnes se sentent très peu concernées. C'est un public qui a beaucoup de fausses croyances. Il y a beaucoup de difficultés au niveau des transports. Les gens se déplacent très peu et ont peu d'accès à l'information, sauf par la télévision », explique Frédérique Thomas, coordinatrice des actions de prévention du Pess. Elle travaille aussi en ACT et sur l'insertion par le logement.

En dehors de ses permanences, le Pess se déplace et fait de la prévention dans les bars, les boîtes de nuit, les clubs échangistes du littoral audois et de la région toulousaine, en milieu gay (sur les lieux de drague), mais aussi en milieu scolaire, en milieu professionnel avec l'Afpa (Association nationale pour la formation professionnelle des adultes), dans le milieu du handicap, etc. « Nous devons pouvoir rencontrer tous les publics avec des discours adaptés », résume-t-elle.

Par ailleurs des actions ciblées sont menées. L'année dernière, des sets de table ont été dessinés et distribués dans de très nombreux restaurants partenaires du département. Le Pess travaille aussi chaque année pour récolter des fonds destinés au Sidaction (organisation de concerts, ventes du ruban rouge par les collégiens et les lycéens, etc.). Et dès six mois avant l'été, l'équipe commence à mobiliser les partenaires-relais dans les villages pour préparer la prévention au cœur des festivités estivales.

Toujours dynamique et au cœur de l'actualité, Arbor organisera, dans le cadre du « Sida, grande cause nationale » et des journées portes ouvertes du Groupe SOS, le 10e colloque de la Fédération nationale d'hébergements VIH (FNH-VIH) à Carcassonne les 9 et 10 juin prochains.

Stéphanie Lambert

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Cet article est paru dans Interdépendances n°57 - 2e trimestre 2005.

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