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De la délinquance à l'autonomie

Les unités d'hébergement diversifiées

Les unités d'hébergement diversifiées (UHD) créent un environnement structuré et structurant. Un outil qui aide les jeunes majeurs délinquants à accéder à l'autonomie et aborder l'avenir sereinement.

Par Aurélien Lubienski, psychologue clinicien, Déclic, SOS Insertion et Alternatives.

L'accompagnement des jeunes majeurs vers l'autonomie est souvent complexe, pris entre des contraintes temporelles et économiques d'une part et psychologiques d'autre part. En effet, permettre à des jeunes souvent immatures et psychologiquement fragiles d'accéder au logement et à l'emploi, le tout avant leur accès à la majorité, peut nous donner l'impression d'avoir à construire un édifice sans fondations. Les unités d'hébergement diversifiées (UHD) sont des structures originales qui composent avec ces contraintes pour soutenir des jeunes, la plupart placés par la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), dans leur accès à l'autonomie. Au-delà de la multiplicité des situations qui nous impose un perpétuel questionnement autour de nos pratiques et nous conduit sans cesse à trouver, à inventer de nouvelles réponses éducatives, quels sont les repères qui peuvent structurer notre cadre d'intervention ?

L'autonomie, un enjeu du développement humain

L'autonomie n'est pas une prédisposition innée, encore moins une qualité qui s'acquerrait une fois pour toutes. Au contraire c'est un processus qui se joue et se rejoue à chaque étape du développement humain, de la naissance à la fin de vie. Au départ, le nouveau-né est dans un état de dépendance totale vis-à-vis de son entourage. Les prémisses de l'autonomie vont ensuite se mettre en place au travers d'acquisitions successives : l'apprentissage de la marche et de la propreté, l'accès au langage, l'utilisation du « non » constituent des moments clés qui vont soutenir l'enfant dans son travail de différenciation progressive avec son environnement, dans son effort d'individuation. Ces premières bases, plus ou moins solidement établies en fonction de la qualité de l'environnement seront déterminantes quant aux acquisitions ultérieures.

L'adolescence : paradigme de l'autonomisation

L'adolescence est par excellence le temps de l'autonomisation. Plus que n'importe quelle autre période de la vie, elle illustre l'impératif dans lequel l'être humain est pris : changer tout en restant le même.

Désormais capable de procréer, l'adolescent est devenu mature d'un point de vue physique. Mais si l'éclosion pubertaire, biologiquement programmée, se déroule de façon automatique, il n'en va pas de même avec la maturité affective. Un écart plus ou moins important se creuse donc entre un développement physique qui s'est subitement accéléré et un développement affectif qui a continué sa marche tranquille. Le « travail de l'adolescence » consiste donc à conquérir l'autonomie qui permettra de réduire l'écart entre maturité physiologique et psychologique. L'issue plus ou moins fructueuse de cette quête dépend en grande partie de la qualité de l'environnement et de la façon dont se sont déroulées les étapes précoces du développement. L'adolescent doit pouvoir se détacher de l'environnement familial tout en préservant un lien avec les adultes qui l'entourent et avec l'enfant qu'il a été. Quand l'environnement n'est pas suffisamment structuré et structurant pour contenir les émergences pulsionnelles qui assaillent l'adolescent, le nécessaire détachement d'avec l'entourage familial passe par la rupture.

La délinquance : une impasse du processus d'autonomisation

Le Robert propose de définir l'autonomie comme droit de se gouverner par ses propres lois. Défiant l'ordre établi, agissant selon ses propres règles, l'adolescent délinquant n'est-il pas précisément à la recherche de son autonomie ? Bien sûr, cette quête ne peut le mener qu'à une impasse puisque les conduites qu'il met en œuvre se heurtent à la Loi qui régit notre société : opposant à un système, le comportement délinquant en est, de ce fait, fortement dépendant et ne peut constituer une voie génératrice d'autonomie.

Les adolescents délinquants ont le plus souvent évolué dans un environnement défaillant qui ne leur a pas permis de contenir et de s'approprier les pulsions qui les habitent. Incapables de maîtriser l'excitation qui les anime pour la mettre au service de la construction d'une intériorité, ils ne trouvent de répit que dans l'expulsion, dans la mise en actes. Déjà en peine pour gérer les impératifs pulsionnels, les jeunes délinquants devenus majeurs doivent aussi faire avec les contraintes et les impératifs d'une société qui ne pourra bientôt plus leur offrir l'assistance éducative dont ils auraient pourtant besoin.

Dès lors, la question est de savoir comment aider les jeunes délinquants à trouver d'autres voies d'accès à l'autonomie.

L'autonomie, une gageure pour les UHD

Reconstituer un environnement favorable à l'apprentissage de l'autonomie pour permettre aux jeunes délinquants d'aborder l'avenir plus sereinement est le pari tenu par les UHD. L'appellation des UHD, sous son apparente austérité, révèle les fonctions qui leur sont dévolues. Etre autonome, faire « un » (unités), c'est pouvoir abriter en soi (hébergement) des « objets » divers et parfois contradictoires (diversifiées). Dans ce sens, les UHD dispensent un soutien éducatif et psychologique à travers un dispositif qui associe un centre de jour à des logements éclatés. L'intérêt de ce type de structure dans la prise en charge des jeunes délinquants est multiple :

Les UHD constituent un compromis entre le foyer classique et la vie autonome, elles réalisent un espace « entre-deux », une « aire transitionnelle » dirait Winnicott (pédiatre et psychanalyste), qui permet aux jeunes de « jouer » à être autonomes dans un cadre sécurisant. Ni trop près, ni trop loin, ce dispositif permet aux jeunes d'aller et venir pour trouver un compromis entre besoin d'assistance et désir d'autonomie. Ce cadre semble suffisamment contenant pour que les jeunes puissent s'y appuyer et suffisamment souple pour qu'ils puissent l'attaquer sans le détruire.

L'accompagnement éducatif et psychologique, en encourageant la reconnaissance et la verbalisation par les jeunes de leurs difficultés contribue à contenir la pulsionnalité qui les déborde souvent (ce qui peut être dit commence à être maîtrisé).

Le suivi éducatif, au sein du centre de jour et à l'extérieur apporte un étayage autour des actes de la vie quotidienne. L'entretien du studio (investir un intérieur), l'alimentation, les déplacements aux rendez-vous professionnels... sont autant de dimensions travaillées au quotidien avec les jeunes et qui ne sont pas sans évoquer les tout premiers acquis du développement psychoaffectif !

La mise à disposition de logements individuels permet le développement d'un espace personnel, vecteur de responsabilisation et de valorisation.

Pour être structurant, ce cadre « hors les murs » doit pouvoir être intériorisé par les jeunes, c'est-à-dire continuer à être effectif en dehors de la structure. Cela nécessite une adhésion des jeunes qui passe par l'établissement d'une relation de confiance. L'instauration de liens positifs avec l'adulte sera décisive quant à l'appropriation par le jeune des outils qui sont mis à sa disposition. Le jeune doit pouvoir faire suffisamment confiance à l'adulte pour se permettre de « baisser la garde » et se laisser accompagner sans se sentir menacé ou dépossédé pour progressivement devenir acteur de son projet. A condition que cette rencontre ait lieu le jeune pourra renoncer à ses conduites inadaptées pour les remplacer par d'autres qui viendront nourrir son projet et lui permettre d'accéder à plus d'autonomie.

Dans le parcours parfois hasardeux qui est celui des jeunes délinquants, « contenir », « créer du lien », « responsabiliser » sont les maîtres mots qui peuvent guider notre accompagnement et nous aider à penser des situations souvent déroutantes de complexité.

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Cet article est paru dans Interdépendances n°57 - Avril 2005.

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