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Love money pour l'emploi
Et la mobilisation des quelque 800 adhérents de Love money pour l'emploi se fait sur le long terme. Tous les mois, les membres des associations locales se réunissent pour examiner des projets de création d'entreprise ou d'augmentation de capital. En cette fin août 2003, l'association parisienne doit ainsi respecter un ordre du jour chargé : présentation d'un nouveau concept de chaîne de restaurants, état d'avancement d'un projet de salons de massages... Au total, les participants devront éplucher les dossiers d'une dizaine de PME suivies par Love money. Les porteurs de projet peuvent ici bénéficier des conseils, des réseaux des membres de l'association. Mais ils doivent en retour présenter leur projet de manière rigoureuse. Leur création ou leur augmentation de capital doit systématiquement faire l'objet d'une « note façon COB », qui reprend la trame des documents officiels établis par les entreprises pour la Commission des opérations de bourse (COB). Là encore, les volontaires de l'association les aident dans ce travail préparatoire.
Alors, de mois en mois, le projet mûrit, s'affine, se finalise ; vient alors le temps de la souscription. Les adhérents de Love money pour l'emploi peuvent investir dans les actions proposées par l'entreprise. Les proches du candidat y sont aussi encouragés. Formellement, la fédération veille à ce que l'opération respecte l'esprit et la règle de la COB. Mais fondamentalement, cet investissement est bel et bien solidaire. Les perspectives de plus-values ne sont pas faramineuses. Certes, la première année, le souscripteur peut récupérer 25 % de son investissement, sous la forme d'une réduction d'impôts. Mais il lui faudra alors attendre cinq années avant de pouvoir monnayer ses parts. En effet, les PME aidées par Love money pour l'emploi s'engagent à revendre toutes les actions collectées sur le marché libre, le moment venu. Les souscripteurs peuvent alors espérer une plus-value. Une des sept entreprises aidées par Love money pour l'emploi a finalement déposé le bilan, « faute d'avoir suivi nos conseils », précise le fondateur Jean Salwa. Les souscripteurs ont donc perdu leur mise. Mais à l'inverse, après cinq ans d'attente, les actionnaires d'Air qualité devraient bientôt pouvoir revendre leurs titres sur le marché libre. Et pour ce tout premier aboutissement de l'épargne solidaire de Love money pour l'emploi, la plus-value devrait être satisfaisante: achetées en 1998 à 100 francs l'unité, les actions devraient se revendre autour de 180 francs, soit près de 27 euros... Jean Salwa espère bien que cette première réussite aura son effet « boule de neige ».
Toutefois, cette plus-value ne constitue pas l'essentiel pour Jean Salwa. A 70 ans, cet ancien employé de la bourse de Paris, longtemps engagé à la CFDT, préfère mettre en avant les emplois créés : « En permettant à quelques petites entreprises de collecter un total de plus d'1,5 million d'euros, depuis 1997, notre fédération a finalement suscité la création d'au moins soixante emplois ! » Avec son fils Didier, président de la fédération, Jean Salwa attend maintenant que son modèle d'investissement solidaire soit copié à travers le pays. « Après tout, près de 7 millions de Français investissent en bourse aujourd'hui. Je suis persuadé que 5 % d'entre eux, 10 peut-être, pourraient être tentés par ces placements de proximité. » En attendant, les Salwa poursuivent leurs expérimentations sociales ; en fondant cette année le site www.sosdepotdebilan.com, ils espèrent favoriser les reprises d'entreprises par leurs salariés eux-mêmes, en cas de menace de liquidation.
En somme, Love money pour l'emploi pratique l'économie solidaire sur le terrain du libéralisme. Dotée du label Finansol (1), la fédération favorise la création de SARL ou de SA - plutôt que des coopératives pourtant plus conformes à l'esprit de l'économie sociale. « Nous sortons effectivement des sentiers battus, explique Didier Salwa. Mais si nous sommes proches des Scop (sociétés coopératives de production), nous n'avons pas trouvé de formule juridique pour permettre leur financement. Ici, au fond, nous utilisons la force de notre adversaire, comme au judo : nous usons des possibilités de collecte de fonds du capitalisme dans un but solidaire. » Sur la porte du petit local de la fédération, à Paris, Che Guevara en personne résume cet entre-deux : un photomontage représente le commandante pointant son doigt comme Oncle Sam avec pour slogan « Vous aussi, vous pouvez aider à créer des entreprises du commerce équitable, du bio ou du développement durable »...
(1) le label Finansol est attribué à 33 produits d'épargne « solidaire et transparente » (www.finansol. org).
Cet article est paru dans Interdépendances n°51 - Octobre 2003.