Du donateur au « consom'acteur »

Editorial d'Interdépendances n°58

Passé le choc du tsunami, l'heure est au bilan. Le formidable élan de générosité des Français a-t-il été employé à bon escient ? Les Organisations non gouvernementales intervenues sur place ont-elles pu apaiser les souffrances et au-delà permettre la reconstruction ? Il semble qu'il ne soit pas permis de douter de l'efficacité des grandes organisations : elles ont acquis un savoir-faire et une expertise considérables en matière d'aide d'urgence. Urgence qui s'accompagne souvent d'une réflexion sur le développement à plus long terme. Les ONG savent désormais qu'après la catastrophe, il faut rester sur place pour accom pagner au quotidien, plusieurs années durant, les populations locales.

Soigner ne suffit plus, il faut en effet reconstruire afin de prévenir de nouvelles situations de crise. Si l'on avait équipé le Sud-Est asiatique d'infrastructures adaptées, de nombreuses vies auraient pu être sauvées.

Les centaines de millions d'euros de dons, au lendemain du 26 décembre 2004, pallieront ainsi les carences de financement de l'Etat français. Malgré les discours et les promesses, l'aide publique au développement reste encore loin de l'objectif des 0,7 % du PIB. Comptabiliser l'annulation des dettes des pays pauvres dans le montant global de l'APD s'avère d'ailleurs assez pervers : un calcul cosmétique qui n'engendre pas de nouvelles ressources pour ceux qui en ont le plus besoin...

Passée la médiatisation, les Français continueront-ils de se substituer à l'Etat ? Leur générosité ne va-t-elle pas s'essouffler face à des besoins immenses ?

Les dons ne suffiront pas à long terme. Il est nécessaire de repenser la mondialisation et les échanges internationaux afin que les richesses qu'ils engendrent profitent à tous. Ainsi ne faut-il pas sous-estimer le rôle du commerce équitable qui garantit un juste revenu pour le producteur et donc favorise le développement local. Cette filière doit apprendre à se structurer efficacement pour pouvoir peser sur le système commercial classique. Les organisations du commerce équitable sont bien sûr les premières concernées par cette structuration. Elles doivent continuer leur processus de professionnalisation, de manière à pouvoir fournir de grands clients et non plus seulement des particuliers. De l'autre côté, les acheteurs, et particulièrement les entreprises et les collectivités, doivent aussi faire l'effort d'agir désormais en « consom'acteur ». Et si beaucoup de sociétés, de communes, de départements, de région ont donné aux ONG après le tsunami, il est nécessaire qu'elles intègrent à leur politique d'achat la dimension de l'équitable. Tout le monde y gagnera d'un point de vue économique et éthique !

Jean-Marc Borello, Albin Gaudaire

0 réaction

Réagir à cet article :

Votre nom ou pseudonyme *
Votre e-mail
Url de votre site Web
Votre réaction *
GP9VY
Recopiez le code de validation ci-dessus

Cet article est paru dans Interdépendances n°58 - 3e trimestre 2005 2005.

A lire sur ce thème :

Offres d'emploi

Chaque trimestre, découvrez dans le magazine papier des offres d'emploi dans le secteur de l'économie sociale et solidaire.

Annonceurs, publiez vos offres d'emploi

Inscrivez vous à la lettre d'information

Recevez par e-mail les dernières infos d'Interdépendances

 

Articles les plus lus

Derniers commentaires

Mentions légales - © Presscode 2010 - Ce site internet a été créé par Presscode