La pratique consistait à implanter, au plus près de populations dites « à risques », des structures souples, de proximité (mais dotées de peu de moyens) et devant dans un premier temps « écouter », puis mettre en route des actions de prévention des conduites à risques (conduites suicidaires, toxicomanie, délinquance) à destination de jeunes de 16 à 25 ans. Avec, si possible, l'avis des populations concernées, voire leur participation.
L'expérience nous a montré que l'écoute se décline en plusieurs formes, que l'accueil convivial ne suffit pas, et que nous devons tenir compte de l'environnement (lequel n'est pas toujours ouvert au communautaire !).
Il a donc été nécessaire d'inventer un concept sous forme d'oxymoron roboratif (au sens où le communautaire et le thérapeutique se soutiennent l'un et l'autre), qui d'une part prend pied dans la proximité des quartiers sensibles, et d'autre part donne du sens : il permet à des adolescents d'entrer en résilience. Les deux facteurs de résilience sont le lien et le sens. Le lien, nous nous efforçons de le reconstruire. Le sens, nous le trouvons ensemble, au travers de la relation qui s'instaure, qu'elle soit éducative ou psychologique.
Le constat est que la prise en charge de type communautaire ne peut à elle seule répondre aux questions d'adolescents déjà pris eux-mêmes dans une logique communautaire. Par contre, nous en avons tiré des enseignements. Le type d'action engagée, qu'il soit de prévention ou de soin, doit absolument tenir compte des demandes des personnes concernées. Cela pourrait sembler d'une grande banalité, il n'en est rien. Trop souvent en effet, on ne demande pas l'avis des adolescents et on colle une action de prévention (parce que tout simplement il faut bien le faire) sans se préoccuper du sens. C'est ce que nous appelons le « saupoudrage néfaste ».
Que reste-t-il de cette aventure ? Finalement, on peut dire que la majeure partie des expériences se pérennise, voire se développe. D'ailleurs, l'évaluation faite par Resscom (Recherches et évaluations sociologiques sur le social, la santé et les actions communautaires) en 1998 montre la diversité des structures et les classe en quatre groupes : socio-éducatif, communautaire, clinique, et psychosocial. On retrouve cette diversité nationale dans les points écoute gérés par SOS Drogue International. Depuis mars 2002, une partie des points écoute est transformée en CSST (Centre spécialisé de soins aux toxicomanes), l'autre se transforme en PAEJ (Point accueil et écoute jeunes). Bref, le dispositif s'institutionnalise. Cela voudraitil dire que l'utopie du départ aurait cédé la place à un conformisme bien pensant (au sens où la norme semble étouffer l'imaginaire) ? A notre avis, non. Il reste cette volonté d'« aller vers », de ne pas se contenter des constats, d'innover en mettant en place des actions de prévention au plus près des préoccupations des jeunes et de leur environnement adulte.
coordinateur des points écoute
Ile-de-France, responsable du point
écoute des Mureaux
Cet article est paru dans Interdépendances n°49 - 2e trimestre 2003.
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