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« Mama Viviane » provoque le déclic
Volontaire et motivée, l'aide-soignante de nuit souhaite progresser. Et si, au départ, elle se destinait à une carrière médicale, le contact avec le monde associatif lui fait découvrir une autre dimension de son travail. Elle avait toujours voulu être médecin, son « rêve de gamine », gravir les échelons : aide-soignante, infirmière, infirmière en chef, etc. « Mais le milieu social m'a plu... Finalement, c'est ce que je voulais faire ! » Au bout de quatre ans au Sleep In, elle passe donc un examen de niveau. Et choisit naturellement le pôle social pour devenir éducatrice spécialisée. Elle obtient une équivalence à la Ddass puis tente le concours d'entrée d'une école spécifique, à Aubervilliers. La formation dure quatre ans, l'étudiante alterne une semaine de cours et trois semaines au Sleep In. Deux stages externes de trois mois sont aussi obligatoires. En juin 2002, elle décroche son diplôme avec brio.
Son titre en poche, la lauréate n'a pas le temps de revenir au Sleep In. Connue au sein du Groupe SOS pour son savoir-faire et sa verve, Viviane Djama reçoit un appel des dirigeants de l'association. Ils souhaitent la rencontrer. Là, ils lui proposent un poste d'éducatrice dans une jeune structure parisienne, Déclic. Un an après, on confiait déjà à la nouvelle recrue la responsabilité de l'équipe éducative pendant les absences du directeur du centre. Aujourd'hui, elle occupe officiellement ce poste, à plein temps. Cela s'est décidé alors qu'elle suivait une nouvelle formation sur « l'approche du métier de chef de service », à l'automne dernier. Une promotion ressentie comme une reconnaissance, même si une telle étape suscite une certaine angoisse : « Au début, ça m'a fait peur. Je me suis sentie seule, mais ça s'est très vite calmé. »
Son surnom « Mama Viviane », bien qu'il se soit perdu, pourrait toujours s'appliquer. Viviane Djama possède un côté maternel. Elle rassure, inspire confiance, donne l'impression de savoir ce qui est bon ou pas, ce qu'il faut dire ou pas. La mama, c'est aussi celle dont on reconnaît l'autorité par respect, pas par crainte. « Aux jeunes, je leur parle. Mais je les engueule quand il le faut... Je les fais rire, je peux danser... Mais quand je dois être stricte, je recadre. Avec eux, je suis moi-même. » Et on la croit, lorsqu'on surprend un éclair dans ses yeux malicieux. Toujours à l'écoute, son nouveau rôle comprend une grande part de fonctions administratives, mais Mama Viviane n'hésite pas à passer derrière les fourneaux si la maîtresse de maison a un empêchement.
Affable donc, mais qu'on ne s'y trompe pas. Viviane Djama ne se laisse pas attendrir ou détourner par les jeunes. Et ne perd pas de vue son objectif. Elle ne se prend absolument pas pour leur mère, contrairement à ce que son surnom pourrait laisser croire. « Si tu te prends pour un sauveur, c'est toi qui es malade, assène-t-elle. Je vais juste au bout de ma mission et je suis réaliste. Je suis toujours satisfaite de ce que je mets en place mais je ne maîtrise pas le résultat. Ce qui compte c'est ce que les jeunes ont appris en passant à Déclic. »
Sans jamais s'apitoyer, elle fait même preuve d'une grande franchise. « Je leur dis : “Tout est difficile pour toi depuis que tu es né, mais tout ce malheur va te donner une force, tu dois t'en servir. On va mettre ensemble des choses en place.” »
« C'est une “mère professionnelle”, résume Sylvain Cousseau, directeur de la structure. Elle sait éviter de trop s'attacher afin de faire des choix judicieux pour le jeune. Elle sait aussi prendre des initiatives et trancher. Tout en restant humaine jusqu'au bout des doigts. Viviane est un mélange de générosité et d'intransigeance. » Une intransigeance qui s'applique à tous, autant qu'à elle-même. On devine que Viviane n'aime pas se répéter et apprécie les choses bien faites. Les éducateurs ont-ils la vie dure ? Une chose est sûre, la nouvelle chef de service éducatif applique la même méthode qu'avec les jeunes : rigueur dans la bonne humeur.
Et ce, peu importe les personnes auxquelles elle doit venir en aide. Quel que soit le public avec lequel elle se trouve, c'est le travail à mettre en place pour aider qu'elle aime. « J'aimais les toxicomanes, et j'aurais tout à fait pu rester dans l'équipe de nuit de base. On peut faire beaucoup de choses de mon énergie, et de mon diplôme. Le Groupe SOS a su exploiter mon
potentiel. » Un potentiel qui va encore être développé puisque Viviane Djama s'apprête à entamer une nouvelle formation au Collège Coopératif de Paris. Elle pourra ainsi obtenir un Dheps, diplôme des hautes études en pratiques sociales. Sur le plan personnel, le Groupe a aussi su l'écouter et l'aider. « Ici, la hiérarchie est accessible. On peut être entendu si on a un souci. » Emue, elle se souvient par exemple de son arrivée dans l'association. A l'époque, elle logeait dans un centre maternel avec sa fille, mais le centre a voulu la renvoyer lorsque la petite a atteint trois ans, âge fatidique en matière d'hébergement des mères. C'est une assistance sociale de SOS Drogue International qui est alors intervenue pour que Viviane conserve sa place, puis trouve un appartement. « A ceux qui arrivent, je leur dis qu'il y a beaucoup d'histoires à vivre à SOS. »
Et l'histoire de Viviane Djama continue aujourd'hui, sous le signe de nouvelles responsabilités. « Je pense que ce poste, c'est tout moi. Maintenant la maison est marquée par mon empreinte éducative. Les jeunes ont changé. La maison est calme, ils sont en paix », confie-t-elle, un peu comme une mère évoquant son foyer. Comme une vraie professionnelle au service des usagers.
Cet article est paru dans Interdépendances n°58 - Juillet 2005.