Histoire d'une vie ponctuée d'engagements politiques
Mais les liens que Didier Paillard a tissés avec sa ville sont plus anciens que ces mandats. Didier Paillard est un Dionysien de souche. Depuis sa naissance en 1954 à Saint-Denis, cet homme de conviction est resté fidèle à son territoire. Dès 1973, il travaille en tant qu'ouvrier chimiste à La Plaine Saint-Denis, à la Pharmacie centrale de France, où se trouve actuellement le site événementiel de L'Usine. Très tôt, il exprime son goût pour la politique et adhère au Parti communiste. « Mes parents étaient communistes et lorsque je travaillais à l'usine, j'étais syndicaliste. J'ai baigné dans l'engagement politique, et j'ai grandi avec cet exemple », témoigne Didier Paillard.
Cette volonté aurait pu s'essouffler... Mais l'homme, profondément marqué par son passé et d'un naturel militant, se soucie du devenir d'autrui et plus particulièrement de celui des Dionysiens. « Mon histoire avec la politique est celle d'un intérêt pour la chose collective », poursuit l'élu. Une dimension qui prend tout son sens « dans une ville comme Saint-Denis, à la réputation parfois sulfureuse, avec ses difficultés, où nous devons tous être solidaires ». En 1977, Didier Paillard entre alors au conseil municipal. « Petit à petit, on apprend la vie. On fait un mandat de conseiller municipal, on devient conseiller général, puis maire adjoint. » Ne manquait que le titre de 1er édile...
Depuis son élection, Didier Paillard poursuit l'œuvre de son prédécesseur : accès au logement (1) pour un plus grand nombre ; projets de développement économique (2), amélioration de la propreté de la ville, politique de développement durable, promotion du commerce équitable, tranquillité publique et sécurité, développement du tourisme, promotion du patrimoine, réduction de la place de l'automobile au profit de l'aménagement d'espaces piétonniers, etc. Ces axes, le maire les perpétue avec en plus « cette attention particulière à la quotidienneté du citoyen ». « J'ai la volonté de construire un autre rapport à l'individu. Je suis à l'écoute des habitants. J'aime passer du temps avec eux. Les réponses à nos problèmes ne pourront pas être trouvées sans eux. Rien ne peut se faire si les gens n'adhèrent pas aux différents projets. » Alors Didier Paillard, en homme de terrain, part régulièrement arpenter sa ville à la rencontre de la population pour cerner les besoins, déceler les problèmes.
« Avancer ensemble » pourrait être sa devise. « Une mairie est le pivot entre tous les intérêts, les intérêts collectifs, ceux de la population, des investisseurs, etc. Nous essayons d'initier des projets qui rassemblent tout le monde. »
On ne peut fédérer une population sans prendre en compte son histoire, et celle de Saint-Denis est jalonnée d'événements qui furent parfois douloureux. Cette cité à tradition ouvrière a souffert de la désindustrialisation. Des fermetures d'usines que Didier Paillard a vécues et qui lui ont donné envie de redonner du souffle à la ville. Depuis quelques années, un dynamisme a vu le jour grâce à la reconquête du territoire, avec, à l'ouest, l'apparition de bureaux, de sièges sociaux au cœur du quartier Pleyel, au sud, la réalisation d'un pôle audiovisuel et à proximité du Stade de France, les créations de commerces et de nouveaux logements.
Quelle aubaine ce Stade de France pour les Dionysiens – sans compter ce que représenterait la sélection du site pour les Jeux olympiques de 2012 ! Sa réalisation a accéléré les investissements sur le territoire. 275 entreprises et établissements se sont en effet installés à La Plaine depuis 2001. L'idéal communiste se serait-il noyé dans un monde libéral ? « On peut toujours penser que le monde qu'on rêve est le plus beau et qu'il faut l'offrir aux gens. Mais de façon pragmatique, œuvrer pour la ville, c'est discuter avec des patrons, avec des investisseurs, etc., avec tous les acteurs nécessaires à la construction d'une ville. Pour développer Saint-Denis, on ne peut laisser de côté la réalité du monde économique. Bien sûr, cela n'est pas sans quelques contradictions, mais nous menons nos actions dans cette perspective de développement pour le plus grand nombre, en intégrant la diversité des Dionysiens. »
Pourtant, ces moteurs économiques n'ont pas vraiment profité à la population en termes d'emplois. Avec un taux de chômage qui atteint les 17 % (début 2005), la ville peine à régler cette problématique. « Les entreprises qui viennent s'installer sont des délocalisations et non des créations, avoue Didier Paillard. Donc, elles ne génèrent pas d'emplois sur le territoire. » Un constat qui perturbe la population dionysienne. « Les habitants ont le sentiment qu'il existe un grand écart entre ce qu'ils vivent et ce dynamisme économique. Des bureaux poussent, mais ils n'en bénéficient pas. »
La mairie tente cependant d'instaurer des dialogues avec les diverses entreprises. Elle essaie d'anticiper leurs besoins et de proposer la main-d'œuvre locale. De même, dans cette dynamique de l'emploi, une Maison de l'Initiative économique locale (Miel), association intercommunale initiée par les villes d'Aubervilliers, La Courneuve, Saint-Denis et Stains, avait été créée fin 1998. Cette structure accompagne le développement des Très Petites Entreprises (TPE) en professionnalisant leurs dirigeants, en soutenant leur installation. « Car Saint-Denis, poursuit Didier Paillard, est une ville où beaucoup de personnes ont des projets de création d'entreprise. » Bien des murs semblent difficiles à franchir, mais le maire est d'un naturel optimiste... « Saint-Denis est une ville qui va de l'avant. Nous avons des capacités de développement et notre situation géographique demeure intéressante pour les investisseurs. » Didier Paillard ne lâche pas facilement le morceau et tient à honorer son titre en offrant une qualité de vie meilleure aux Dionysiens. Un engagement réitéré comme une promesse... Pour l'amour de sa ville et de ses habitants.
(2) Parmi les projets dont s'enorgueillit la mairie, celui de la Cité européenne du cinéma, du réalisateur Luc Besson. Elle sera implantée à côté de la tour Pleyel et devrait ouvrir en 2007.
Cet article est paru dans Interdépendances n°58 - 3e trimestre 2005.
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