Envol Insertion

La personne au cœur de l'insertion professionnelle

L'arrivée de combinaisons thérapeutiques efficaces pour traiter l'infection à VIH, à la fin des années 1990, a lancé de nombreux défis à l'accompagnement des personnes séropositives, notamment celui d'envisager un retour à l'emploi, dans un contexte caractérisé par un chômage de masse. Dix années ont passé : la structuration sociologique de l'épidémie et la chronicisation de l'infection requièrent une remise à plat des modes d'intervention des associations en matière d'insertion professionnelle. Un défi relevé par le programme Envol Insertion du Groupe SOS.

Lors de l'apparition des premiers programmes d'insertion professionnelle, il y a dix ans, les multithérapies commençaient à investir le champ thérapeutique, offrant aux séropositifs la possibilité de retravailler. D'une manière générale, une structure d'insertion professionnelle doit indéniablement s'adapter aux fluctuations du monde de l'emploi, et doit aussi aménager sa stratégie en fonction de ses usagers. Pour les séropositifs, des programmes se sont rapidement structurés autour de la redynamisation des personnes : la mise en place de modules artistiques et culturels et la création d'espaces d'échanges permettaient aux malades d'envisager à nouveau une existence sociale différente de celle de « condamné ». Présentés sous l'appellation « insertion professionnelle », les programmes se situent alors fortement en amont du retour à l'emploi.

Aujourd'hui, la situation a nettement évolué : les stratégies thérapeutiques permettent d'améliorer la vie quotidienne ; la population reçue est en forte demande d'accession à une source de revenus rapide ; l'objectif de resocialisation fait plus largement place à une dynamique de survie. Au-delà du VIH, c'est aussi le monde du travail qui a changé : évolutions sociales, lois sur le handicap, nouvelles stratégies d'accès à la formation professionnelle continue, etc. Parallèlement, certains corps de métiers manquent de main-d'œuvre et le chômage croît de manière inquiétante dans d'autres branches. Il était donc devenu nécessaire d'envisager l'insertion professionnelle des personnes vivant avec le VIH sous un autre angle, favorisant l'éclosion de projets professionnels réalistes, travail réalisé depuis 2004 à Envol Insertion.

Rectifier ou atténuer les inégalités

La création d'un programme d'insertion professionnelle répond avant tout à un constat : un groupe de personnes, par leur situation de santé, sociale ou encore ethnique, ne bénéficie pas d'une égalité des chances effective face à l'emploi. Rectifier cette inégalité, ou l'atténuer, nécessite souvent une expertise dont ne peuvent se prévaloir les organismes de placement professionnel. Cette appréciation est particulièrement nécessaire dans le champ de l'insertion professionnelle des personnes vivant avec le VIH : cumul des contraintes thérapeutiques, des difficultés liées à la perception du sida dans le monde professionnel, d'un statut de handicapé parfois stigmatisant... Des problèmes liés à l'identité sexuelle, à une acculturation exigeante ou à une histoire d'addiction peuvent aussi s'ajouter. Cet ensemble complexe édicte un principe largement repris au sein des programmes d'Envol Insertion : replacer la personne au cœur de son histoire, lui proposer des outils adaptés et un accompagnement individualisé lui permettant d'atteindre des objectifs qu'elle s'est fixés. La personne se trouve ainsi au centre de la réflexion et de son projet. Car penser l'insertion professionnelle ne peut relever d'un dirigisme socialisateur.

Favoriser la dynamique entrepreneuriale

Souvent définies comme l'aboutissement de l'accompagnement social, les stratégies de retour à l'emploi représentent beaucoup plus qu'une simple excroissance du travail social. L'antagonisme classique entre aide sociale et dynamique entrepreneuriale montre à quel point il est aujourd'hui nécessaire de détacher clairement les programmes d'insertion professionnelle d'un monde social cloisonné. Envol Insertion se situe au cœur de cet espace, où les contraintes de gestion du secteur marchand viennent interroger les stratégies habituelles d'analyse des situations personnelles. La crédibilité de la structure passe avant tout par la satisfaction des employeurs, qui demeurent maîtres de leurs recrutements. Les véritables règles du jeu ne sont pas déterminées par des chargés d'insertion mais bien par des chefs d'entreprise, des chargés de recrutement, des administrations publiques recrutant des contractuels ou encore des associations.

Contractualiser l'accompagnement vers l'emploi

L'équipe d'Envol Insertion s'est organisée de manière à assurer le continuum entre le parcours des personnes et le monde du travail. Deux chargées d'insertion, clés de voûte du dispositif, assurent la coordination des projets personnalisés mais aussi les éventuelles réorientations et l'animation d'ateliers collectifs ou individuels (1). La réalisation d'une évaluation pertinente permet aux intervenants et à la personne accompagnée de contractualiser le travail effectué au sein de la structure. Une chargée des relations partenariales assure l'animation d'un réseau de partenaires présents à différents stades de l'insertion professionnelle : administrations, hôpitaux, entreprises, associations, etc. Un centre de ressources, coordonné par une animatrice, assure des formations en français, l'alphabétisation, et une orientation pertinente des usagers du programme.

A l'ensemble de ces actions, coordonnées par un chef de service, s'ajoute une collaboration constante avec l'équipe d'intervenants de l'association Arcat, permettant ainsi à certaines personnes d'obtenir rapidement un soutien juridique, social, médical ou psychologique. Cette coopération assure une juste évaluation des paramètres de retour à l'emploi, en optimisant la capacité de l'équipe d'Envol à anticiper d'éventuels freins à la réalisation du projet personnalisé. Mais au-delà de cet atout technique, la collaboration avec l'association de lutte contre le sida, créée en 1985, garantit une meilleure représentation des programmes auprès des institutions et des entreprises. Et consolide un courage politique indispensable à la mise en œuvre d'un programme de retour à l'emploi des personnes vivant avec le VIH en France.

Thibaut Tenailleau

(1) Bilan de compétences, acquisition des techniques de recherche d'emploi, mise en situation (entretien d'embauche et présentation de soi), utilisation de l'outil informatique, interventions de professionnels extérieurs (entreprises, administrations), etc.

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Cet article est paru dans Interdépendances n°58 - 3e trimestre 2005.

Rédacteurs en chef invités

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