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Les entreprises d'insertion : recréer du lien et du sens

L'exclusion est au cœur du débat politique et social et correspond, aujourd'hui, à un véritable paradigme social (1). Les liens sociaux se relâchent dans différentes sphères de la vie collective (le travail, la famille, le quartier, l'école). Ce processus, qui correspond aux ratés des mécanismes de socialisation, se traduit par une remise en question plus ou moins partielle des identités individuelles et collectives. Par ailleurs, l'absence de perspective d'emploi stable et le chômage tendent à détruire l'identité professionnelle et à s'étendre jusqu'aux autres sphères de la socialisation. Il en résulte pour l'individu une difficulté plus grande à organiser son existence en fonction des attentes collectives de groupes. La menace est de perdre sa place dans la société, c'est-à-dire le lien fragile qui relie aux autres. La construction d'un monde à soi, entre dépendances et interdépendances, devient quasi vitale pour qui cherche un palliatif.

Etre l'acteur de son insertion

Ce mouvement, qui n'est pas un processus récent, tend aujourd'hui à devenir de plus en plus endémique et à s'affirmer dans un antagonisme de classe poussé à l'extrême (2). Certains départements et agglomérations français ont le visage de ces inégalités, à l'image de la Seine-Saint-Denis (93), où le terme exclusion, aussi flou soit-il, puise ses racines.

Pour résorber les spécificités actuelles des inégalités et le relâchement des liens sociaux, l'insertion par l'économique cherche à recréer des liens et du sens. Ainsi, loin d'être de l'assistanat, elle est une aide active pour l'autonomie : retrouver un travail, un salaire pour s'insérer ou se réinsérer dans la sphère aussi bien sociale que professionnelle. Jeunes ou moins jeunes « en galère », chaque individu est capable d'être actif, de se mobiliser et de devenir l'acteur de sa propre insertion.

Le suivi social et professionnel est indispensable pour aider les personnes à retrouver une identité sociale par le travail. Le suivi social consiste à les accompagner dans l'ensemble de leurs démarches, qu'elles soient administratives, juridiques ou autres. Le suivi professionnel vise à leur donner les bases pratiques et théoriques, afin qu'elles puissent s'insérer durablement dans la vie professionnelle. Ces deux champs d'intervention sont étroitement liés, voir quasi indissociables pour ces personnes en « carence » de repères sociaux.

Avant les difficultés d'insertion et d'emploi des exclus, c'est le bouleversement de leur rapport à la société qu'il faut prendre en considération. D'autre part, nous avons tendance à associer les problèmes d'emploi à un public spécifique – les personnes dites « fragiles », un public hétéroclite (3) mais dont certaines problématiques sont récurrentes (4) –, alors que ces problèmes touchent de plus en plus de nouvelles catégories de personnes. Le phénomène de l'exclusion devient plus global. Aussi, l'insertion est une question complexe et multidimensionnelle. Le fait que certaines personnes se trouvent face à un avenir incertain met à mal le principe de références sociales qui, jusque-là, servait à construire une identité tant individuelle que collective.

Tiphaine Lemahier

(1) Paugam Serge (sous la direction de), L'exclusion, l'Etat des savoirs, « Textes à l'appui », éditions La découverte, 1996.

(2) Balibar Etienne, « Inégalités, fragmentation sociale, exclusion. Nouvelles formes d'antagonisme de classe ? », in Jacques Affichard, Jean- Baptiste de Foucault, Justice sociale et inégalités, éditions Esprit, 1992.

(3) A titre indicatif : jeunes en difficultés, chômeurs inscrits à l'ANPE, bénéficiaires du RMI, handicapés, personnes prises en charge au titre de l'aide sociale, personnes ayant achevé une période d'incarcération ou de désintoxication, personnes relevant de la Protection judiciaire de la jeunesse...

(4) Problèmes de logement, non maîtrise orale et écrite du français, problèmes de santé, de dépendance liés à l'alcool et à la toxicomanie...

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Cet article est paru dans Interdépendances n°49 - Avril 2003.

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