L'initiative – économique ou sociale – constitue une dimension de la fécondité sociale de chacun ; l'exclusion la réduit souvent au sentiment de ce qui n'est accessible qu'aux autres. En effet, l'accès au système bancaire est extrêmement limité pour les personnes vivant du RMI ou ne disposant d'aucune garantie particulière. Le chômage de longue durée, la rupture prolongée avec le monde du travail, rendent difficile une nouvelle insertion salariée. L'accès des femmes à la création d'entreprise est encore peu développé. La décision de créer une (micro)entreprise est ainsi parfois la dernière solution d'insertion, ou l'expression d'un désir d'indépendance. Par ailleurs, la vie sociale des quartiers « en difficulté » s'est dégradée ces dernières décennies ; l'exclusion y développe ses multiples formes.
Les structures traditionnelles de lien social ont progressivement déserté ces lieux. L'action Germinal de SOS Insertion et Alternatives est double :
- l'octroi de prêts d'honneur sans garantie, sans intérêt, plafonnés à 7 700 euros, à des chômeurs créateurs d'entreprise
– la coordination de plateformes locales réunissant les acteurs publics et associatifs, favorisant l'émergence d'une demande sociale et finançant (par subventions) les initiatives d'habitants
Un comité d'animation composé d'acteurs régionaux de l'aide à la création d'entreprise (boutiques de gestion, plateformes d'initiative locale, Association pour le droit à l'initiative économique, etc.), se réunit chaque mois afin de décider des financements à accorder.
Un suivi systématique est assuré après la création de l'entreprise et ce, jusqu'au remboursement du prêt.
En cas de cessation prématurée d'activité, l'appréhension de la notion « d'échec » n'est pas strictement économique. Certains financements sont octroyés malgré un risque économique important. La prise en compte de la personnalité et de la situation sociale du créateur est essentielle à la décision de prêt. Nombre de créateurs, qui ont connu une longue période sans emploi et qui connaissent une cessation prématurée d'activité (liquidation de l'entreprise moins d'un an après sa création), retrouvent un emploi salarié dans les mois qui suivent. Ce constat conforte le fondement de l'action Germinal qui, bien plus que le développement économique local, relève d'une confiance donnée, d'une restitution de la fécondité sociale des personnes.
Depuis le 1er janvier 1995, Germinal a soutenu 370 créateurs d'entreprises, représentant un volume de 1,1 millions d'euros ; 65 % des créateurs sont bénéficiaires du RMI ou chômeurs de longue durée.
Cet article est paru dans Interdépendances n°49 - 2e trimestre 2003.
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