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Loi de 1970 : un débat à nouveau entrouvert

Editorial d'Interdépendances n°50 par Jean-Marc Borello

La gestion politique des drogues s'articule autour d'une problématique récurrente: légalisation ou répression. Mais à quels usagers et à quels produits psychotropes s'intéresse-t-on vraiment ? Quels sont les résultats escomptés ? Il serait surtout nécessaire d'admettre que l'idée que l'on se fait de l'usage des drogues implique une certaine conception de la liberté des uns et des autres. Légaliser l'utilisation privée du cannabis pour les adultes en organisant sa vente comme pour le tabac et l'alcool ? Ou réprimer plus efficacement en substituant des amendes à des peines d'incarcération qui ne sont plus prononcées ? Un débat à nouveau entrouvert...

Au préalable, la définition des objectifs de la réforme de la loi de 1970 est sans doute nécessaire. S'il s'agit de santé publique, les recettes sont connues et les insuffisances déjà repérées depuis trente ans, par l'ensemble des études scientifiques, médicales, parlementaires :

- les préventions grand public et les campagnes plus ciblées à destination des plus vulnérables: la publication en millions d'exemplaires, par la Mildt (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie), des brochures « Savoir plus risquer moins » est sans doute le meilleur exemple de ce qui peut être réalisé;

-prévenir la chronicisation et réduire les dommages liés à des dérapages d'adolescents et de jeunes adultes par un accompagnement sur les lieux dits à risques. Certains y percevront une tentative de banalisation des drogues; d'autres y verront un moyen de les civiliser;

- permettre à ceux qui le souhaitent de les orienter vers un processus d'abstinence, en allouant un nombre suffisant de places dans les établissements de soins.

A ce jour, aucune campagne de prévention n'est prévue. La politique de réduction des risques est exsangue et le dispositif de soins n'offre qu'une place pour dix demandes d'admission ! Les politiques privilégient l'aspect pénal au détriment du sanitaire.

Les moyens financiers législatifs et réglementaires de la répression n'ont jamais fait défaut pour s'offrir le mythe de Sisyphe le plus cher de la République. Depuis la « French connection » et sous la pression américaine, nous luttons contre le trafic d'héroïne, alors que pendant toutes ces années, elle est restée disponible à bas prix dans tout le pays. Depuis dix ans, elle tend à disparaître grâce à la politique mise en place par Bernard Kouchner et Simone Veil, permettant la distribution médicalisée de produits de substitution.

Techniquement, il n'y a plus matière à débat: les conséquences sanitaires et sociales des produits psychotropes et des pratiques sont mesurées. On connaît l'efficacité des politiques de prévention et de répression.

« Gauche pétard, droite pinard ... » Au-delà des caricatures, il existe des responsables politiques soucieux de l'intérêt public, et dont la réflexion, différente, permet de mieux poser le débat. Sur un plan pratique, la Mildt de Nicole Maestracci a parfaitement atteint les objectifs fixés. Didier Jayle, son nouveau président, est à juste titre crédité de compétences, encore faut-il que le Gouvernement lui en donne les moyens...

Il s'agit désormais de faire des choix éminemment politiques, de répondre à des questions sur la liberté individuelle et la responsabilité collective en matière de santé publique. Doit-on interdire à un citoyen adulte des pratiques, à domicile, d'intoxication comme l'alcoolisme, le tabagisme ou la consommation de produits stupéfiants qui nuisent gravement à sa santé ? La société a-t-elle le devoir de protéger les individus contre eux-mêmes ? C'est le cas lorsque la loi impose le port de la ceinture de sécurité en voiture; la question des drogues n'engendre pas une réponse aussi évidente.

Que désire-t-on exactement ? Accompagner l'usage des drogues dans notre société et prévenir ainsi ses dommages ? Ou bien continuer à poursuivre une utopie de sécurité publique, celle de l'éradication des drogues ? L'occasion, au passage, de racoler un électorat que l'on fait fantasmer sur ces questions... Sans le simplifier, le phénomène des drogues mérite un examen de ses multiples facettes. Sortons d'un discours à vocation électorale, trop manichéen.

Jean-Marc Borello

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Cet article est paru dans Interdépendances n°50 - 3e trimestre 2003 2003.

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