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Champfleuri, certes, n'est pas exactement un ghetto. Ses 1 400 logements sociaux se disposent autour d'un parc, dans des tours ne dépassant pas les six étages pour la plupart. Des pavillons composent également le quartier. Les équipements publics sont présents : collège, maternelle, piscine, etc.
En revanche Champfleuri est enclavé. Bourgoin-Jallieu est un point de passage entre Lyon et les Alpes : dans cette plaine enserrée entre deux plateaux se sont engouffrées une rivière, puis des routes nationales, la voie ferrée, et aujourd'hui l'autoroute A43, à destination de Grenoble ou de Chambéry... Autant d'axes qui coupent la ville, et excluent du centre le quartier récent de Champfleuri.
De plus, ce bout de ville nouvelle se précarise. Plusieurs industries ont quitté la zone, le chômage s'est répandu, des familles immigrées demeurent à l'écart, la paupérisation rampe autour de la dalle. Ici comme ailleurs, les feux de poubelles ou de voitures se sont multipliés ces dernières années... Il fallait agir.
Voilà pourquoi, en 2003, la mairie décide de répondre à un appel à projet lancé notamment par la délégation interministérielle à la Ville. Le thème, « développement durable et qualité environnementale dans les quartiers », motive particulièrement le maire Alain Cottalorda : « Non seulement il s'agissait d'améliorer l'environnement, mais aussi de relancer la démocratie et le dialogue avec les habitants de Champfleuri. Nous voyons toujours un peu les mêmes au conseil consultatif du quartier. Nous voulions nous tourner vers les autres citoyens, ceux qu'on ne voit jamais, les femmes turques, les chômeurs... ».
La mairie fait alors appel à deux associations pour travailler sur le projet. Robins des villes est chargée de recueillir la parole des habitants ; Auxilia (1) doit se baser sur cette concertation pour proposer une transformation « durable » de la zone. Une fois repérés les principaux acteurs du quartier et les relais mobilisables, des « journées habitantes » sont organisées afin de faire parler les citoyens. Les consultations sont encourageantes. « Tous ces citadins ont la même envie : qu'on les écoute, qu'on les considère », observe Ari Brodach, de l'association Auxilia. « Si la concertation est bien pensée, les gens sont capables de parler d'autre chose que de leurs halls d'immeubles. Tous les citoyens savent faire de la politique ; encore faut-il leur tendre la main... »
Auxilia peut alors présenter à la mairie un projet de « quartier durable et désiré », caractérisé par un bâti dense qui épargne les espaces naturels, et par des services accessibles, des ressources préservées, de la mixité sociale... Déception. Les associations apprennent qu'un cabinet d'urbanisme planche de son côté sur un réaménagement de Champfleuri... Sans réel souci de démocratie participative ou de développement durable... « Généralement ces projets d'urbanistes n'ont pas vraiment d'envergure politique », commente Ari Brodach. Il fallait donc convaincre la mairie de dépasser cette approche technique. « Nous avons proposé des “ateliers prospectifs“ aux représentants de la ville et des bailleurs sociaux. Il s'agissait de leur faire reprendre la main, de les aider à ébaucher une vision politique de ce quartier. » Quel avenir pour Champfleuri dans quinze ans ? Que veut-on y éviter ? Quelle serait son évolution idéale ? Voilà que les idées fusent. Les deux zones d'activités limitrophes peuvent être intégrées dans le projet. Le premier producteur d'énergie solaire de France y est implanté : pourquoi ne pas solariser tout le secteur et en faire un modèle du recours aux énergies renouvelables ? Et pour les salariés des entreprises environnantes, le quartier ne pourrait-il pas proposer des restaurants, avec du personnel en insertion par l'activité économique ? Et puisque l'autoroute dessert Champfleuri, pourquoi ne pas en faire une entrée de ville, où se juxtaposeraient un parking et les transports en commun locaux ?... Au passage, la municipalité s'approprie là les idées des habitants, et le projet de « quartier durable et désiré »...
La mairie finit donc par adopter un plan de 76 actions, concrètes, parfois déjà engagées, et classées en cinq orientations stratégiques : favoriser le rayonnement du quartier ; assurer son accessibilité ; restaurer la qualité de vie ; valoriser la multipolarité (puisque, pour ses habitants, Champfleuri se compose de deux centres) ; et renforcer l'exemplarité sociale (avec des projets d'économie sociale et solidaire notamment). Tout ne sera peut-être pas réalisé. Mais comme l'explique Marie-Pierre Husson, la chef de projet « contrat de ville » de Bourgoin-Jallieu, « notre premier objectif est de favoriser la mixité sociale. Faire de Champfleuri un modèle de développement durable nous permettrait de changer son image, et d'attirer une nouvelle population. L'énergie solaire peut donc être un bon angle d'attaque ».
Bien sûr, comme le souligne Alain Cottalorda, « le développement durable n'est pas une baguette magique qui résoudrait tous les problèmes ». Pour cet élu socialiste c'est d'abord d'emploi et d'insertion dont ont besoin ses administrés. Pour sa part, habituée des bureaux d'études en urbanisme, Marie-Pierre Husson a découvert que le développement durable « permet de donner du sens à nos actions. Il permet de construire une réflexion globale avec les habitants. Cela complète l'approche plus technique des urbanistes. Cependant, je ne suis pas certaine que tous les habitants se sentent concernés... »
Les prochaines années verront peut-être émerger une fierté nouvelle de vivre à Champfleuri. En attendant, et même si le maire n'y voit aucun lien de cause à effet, le quartier a été presque épargné par la crise des banlieues. Le commissariat de Bourgoin-Jallieu en a été assez surpris : il n'a recensé ici, en novembre, que deux feux de containers à ordures...
Cet article est issu du dossier Le développement durable - Une alternative pour les banlieues par - Olivier Bonnin paru dans Interdépendances n°60 - Janvier 2006.