L'esprit coopératif au quotidien
suscite l'interaction, plus qu'il ne contrôle ou dispense un savoir. Ces regroupements, progressivement, permettent la définition de relations plus fortes et créatives entre les étudiants en dépassant les seules attentes individuelles pour les inscrire dans un processus de réflexion collective. La prise en compte des parcours et pratiques de chacun, des convergences, différences, contradictions, permet d'atteindre progressivement une cohérence d'ensemble, solide et dynamique.
Parce qu'il reste particulièrement engagé dans une perspective de coopération avec les pays du Sud pour le développement endogène, le Collège Coopératif de Paris assure la formation de personnes issues de ces pays et qui œuvrent pour le développement. Ainsi, les locaux du Collège accueillent-ils des ressortissants du Sénégal, du Mozambique, de Madagascar, du Tchad ou encore de Nouvelle-Calédonie. Les échanges auxquels donnent lieu les rencontres entre étudiants du Nord et étudiants du Sud démontrent quotidiennement l'importance et la richesse de ces temps de confrontation, de partage. Le Collège trouve là une raison éminemment sensible de poursuivre les intuitions de son fondateur, Henri Desroche.
Le Dheps suppose une recherche dans l'action par les acteurs eux-mêmes pour comprendre, améliorer, modifier les pratiques dans une démarche impliquant tout ou partie des acteurs de la situation. La recherche impose de « se frotter » à la réalité, de l'interroger, pour en saisir la complexité et susciter le changement. Scientifique, cette démarche d'investigation a recours à des outils spécifiques, d'observation et d'interrogation du réel, qui autorisent la distanciation et permettent ainsi de penser le changement objectivement. L'apprentissage de cette posture d'acteur chercheur exige du temps, et autorise en retour l'action pertinente. En cela, la recherche est création, pensée exigeante du changement, non évidente. « La pensée avant d'être œuvre est trajet », écrivait Henri Michaux ; aussi ne faut-il pas avoir « honte de devoir passer par des lieux fâcheux, indignes, apparemment pas faits pour [nous] », car « celui qui, pour garder « sa noblesse », les évitera, son savoir aura toujours l'air d'être resté à mi-distance. » (1)
Le Dheps s'adresse à tous les praticiens des secteurs du social, mais aussi à tous ceux qui œuvrent pour le développement, qu'ils soient professionnels ou bénévoles, qui souhaitent faire évoluer leurs pratiques à travers la compréhension de celles-ci et l'élaboration de nouveaux savoirs dans une démarche participative de recherche-action. Notons qu'il n'est pas nécessaire d'être diplômé pour s'inscrire au Dheps. Il faut en revanche justifier d'une expérience professionnelle ou bénévole confirmée.
La formation est pluridisciplinaire, mobilisant les apports théoriques et méthodologiques des sciences humaines et sociales dans leur diversité (sociologie, ethnologie, anthropologie, psychologie, sciences de l'éducation, histoire, géographie...), et multiréférentielle, proposant une lecture plurielle des approches et des modes de raisonnement.
La formation s'organise en trois étapes (chacune nécessitant une production précise autour des pratiques expérientielles des étudiants) et se déroule sur deux ans. Le parcours du « dhepsien », s'inscrivant dans la recherche-action, commence par une étape exploratoire au cours de laquelle se met en place l'apprentissage de la recherche. Il s'agit d'envisager une démarche réflexive sur son parcours à la fois personnel et professionnel. Ce retour biographique intégrant les pratiques, permet la mise en lumière d'un premier questionnement que les étapes suivantes vont affiner. La deuxième étape envisage l'élaboration d'une enquête de terrain avec les outils de la recherche en sciences humaines (observation, entretiens...). Elle formalise un véritable questionnement problématisé et un recueil de données qui, analysées et interprétées, font émerger un savoir nouveau. La troisième étape voit l'achèvement de ce travail dans la rédaction d'un mémoire scientifique qui fera l'objet d'une soutenance devant un jury universitaire.
Cette formation permet ainsi de reconnaître, de valider et de valoriser les acquis de l'expérience, d'acquérir des connaissances théoriques et pratiques nouvelles, de mieux appréhender la complexité des situations sociales, des pratiques et des obstacles à leur changement, et encore de mettre en place des projets personnels et professionnels concrets. Par ailleurs, c'est un diplôme de niveau Master I (bac +4), validé et délivré par l'université.
Hormis les séminaires et les ateliers de recherche, les étudiants trouvent au Collège d'autres ressources, humaines et matérielles, qui leur permettent un accompagnement dans leur démarche d'autoformation. Ils bénéficient, dès la deuxième étape, d'un premier accompagnement par le choix d'un directeur de recherche qui élabore avec eux le travail de recherche. Ils bénéficient aussi des ressources documentaires du Collège et des ateliers de lecture et écriture mis en place dans le cadre des formations au Collège. Ces ateliers, ouverts à tous, envisagent la lecture et l'écriture au regard de la production d'un travail scientifique. On y apprend la lecture problématisée, la lecture comparée, l'écriture argumentée... Par ailleurs, l'inscription universitaire permet d'accéder, au même titre que tout étudiant, aux ressources documentaires des bibliothèques universitaires. Chaque dhepsien bénéficie ainsi d'un suivi pédagogique s'accordant à ses attentes et besoins particuliers.
Le parcours d'un étudiant au Dheps comprend 1 080 heures de formation (540 heures d'enseignement et 540 heures de travaux dirigés de recherche).
L'admission des candidats à cette formation suit plusieurs étapes, depuis la constitution d'un dossier d'inscription et les entretiens avec la direction pédagogique et des études du Collège, jusqu'à la prise en charge financière de la formation. Deux modes de financements sont possibles : individuel (1 625 euros par an auxquels s'ajoutent les frais d'inscription universitaire) et par l'entreprise (association) ou un fonds de formation, soit une somme de 3 050 euros par an auxquels s'ajoutent les frais d'inscription universitaire. Les dossiers d'inscription peuvent être retirés en ligne sur le site du Collège Coopératif de Paris, qui présente également les programmes détaillés des formations ainsi que les autres activités du Collège.
Cet article est paru dans Interdépendances n°60 - Premier trimestre 2006.
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