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Donner du sens à son épargne
Ce geste citoyen peut prendre deux aspects : l'épargne éthique ou l'épargne solidaire. L'épargne éthique ou investissement socialement responsable consiste à investir dans des sociétés cotées en Bourse respectant plusieurs critères - environnement, politique, social, relations avec les fournisseurs et les sous-traitants...- et excluant parfois certains secteurs (armement, tabac, alcool, etc.). En intégrant d'autres paramètres que celui de la rentabilité financière, l'épargne éthique vise à responsabiliser les entreprises déjà présentes sur le marché. L'épargne solidaire est, quant à elle, beaucoup plus engagée dans cette recherche de responsabilité. Elle permet de financer des projets solidaires qui ne trouvent pas de financements dans les circuits financiers classiques (hors Bourse). Ces projets agissent directement contre l'exclusion, favorisent le développement durable et encouragent la solidarité.
Un homme, dans 66 % des cas, au-dessus de 35 ans et appartenant à la catégorie des « cadres, professions intellectuelles et artistiques » pour 63 % d'entre eux : tel est le profil type de l'épargnant solidaire actuel selon un sondage Ipsos réalisé en septembre 2004. Ses placements peuvent être de deux natures différentes :
> les placements de partage : les produits d'épargne solidaire peuvent prendre la forme de livrets, de SICAV (Sociétés d'investissement à capital variable) ou FCP (Fonds communs de placements), de contrats d'assurance-vie. Les placements de partage consistent à distribuer une proportion des revenus générés sous forme de dons à des organismes solidaires. Ainsi le particulier choisit de faire un don de 25, 50, 75 voire 100 % des intérêts. Moyennant quoi, en tant que donateur, il reçoit un justificatif qu'il pourra joindre à sa déclaration de revenus ;
> les produits d'investissement solidaire : le mécanisme de solidarité diffère concernant ce type de produits solidaires car il se situe au niveau de l'encours de l'investissement. Pour que ce dernier soit reconnu solidaire, la loi exige qu'au moins 10 % de son encours soit destiné au financement de projets solidaires. Par exemple, la création de petites entreprises par des personnes en difficulté ou le logement de familles en situation précaire. Ce type d'investissements peut également contribuer au développement d'activités dans les pays du Sud. Quel que soit l'objet de l'emploi des sommes collectées, la transparence est assurée par la publication de la liste exhaustive des prêts accordés chaque année ; une manière pour l'épargnant d'exercer un contrôle a posteriori.
Ces produits d'épargne solidaire peuvent être souscrits auprès des institutions solidaires (associations, fondations, sociétés de capital-risque, sociétés financières, sociétés foncières...) qui vont les utiliser directement pour financer des projets solidaires. Cependant, le réseau de distribution est bien plus large, douze établissements financiers français (banques, gestionnaires de fonds et compagnies d'assurance) sont désormais engagés dans une démarche de solidarité. Ils assurent la gestion et acheminent tout ou partie de la collecte vers les institutions financières solidaires qui l'utiliseront pour financer les projets solidaires. La démarche de l'épargnant est simple. Il choisit, auprès de sa banque ou d'une institution financière, un ou plusieurs produits d'épargne solidaire labellisés Finansol. Une partie de la somme placée, ou de son revenu, sera investie dans des projets solidaires de son choix. A partir de 8 euros par mois, il est possible de placer une partie de son épargne de façon solidaire. Comment ? En ouvrant un compte courant, un livret bancaire ou un codevi, en souscrivant une SICAV, en détenant une carte bleue (caisse d'épargne, crédit coopératif...) ou en souscrivant directement au capital d'institutions financières solidaires de terrain (Adie, Habitat et Humanisme...).
Comparé à des placements de nature équivalente, le souscripteur gagne un peu moins avec l'épargne solidaire, soit parce qu'il donne une partie de son revenu, soit parce qu'une partie de son capital est investie sur des projets dont la rentabilité est faible. Les personnes qui choisissent des placements solidaires, se préoccupent souvent autant de l'utilité économique et sociale de leur épargne que de sa rémunération.
Pour assurer aux souscripteurs que leurs produits d'épargne sont bien solidaires, le label Finansol a été créé. Il permet de distinguer les produits d'épargne solidaire et offre un gage de transparence et de solidarité. Le label est attribué uniquement à des produits d'épargne solidaire par un organisme indépendant, le Comité du label Finansol. Il facilite le choix des épargnants en leur assurant que les produits labellisés ont fait la preuve de leur solidarité et de leur transparence. Ce label n'a pas de garantie publique. La garantie est assurée par les personnalités indépendantes qui l'attribuent. Le comité d'attribution est composé de personnes issues des secteurs de l'économie sociale et solidaire, financier, éthique, syndical et journalistique. Chaque année, il étudie et statue sur les nouvelles candidatures. Après contrôle, il attribue ou reconduit le label aux produits faisant la preuve de leur conformité aux exigences requises par ce statut.
La mise en place d'un observatoire des finances solidaires, en 2003, a permis de mesurer l'impact de l'épargne solidaire sur l'emploi, le logement et la création de projets. Ainsi, en 2004, l'épargne solidaire a contribué au financement de 8 000 entreprises ou associations ayant une approche solidaire de l'économie, ce qui a permis la création ou la consolidation de 13 500 emplois pour des personnes en très grande difficulté ou handicapées. 800 familles en grande précarité ont bénéficié de logements acquis par des acteurs privés des finances solidaires. 921 000 microcrédits ont été accordés dans 45 pays du Sud à travers les 131 institutions de microfinances. Enfin, 240 projets innovants ont pu être financés pour préserver l'environnement ou développer une agriculture biologique et ses réseaux de distribution.
En terme de répartition, les secteurs financés grâce à l'épargne solidaire se situent principalement en France, avec :
> 44 % affectés à l'insertion par le travail de personnes défavorisées (chômeurs de longue durée, bénéficiaires des minima sociaux, personnes handicapées) ;
> 39 % affectés à l'insertion par le logement de personnes ou familles en grande difficulté.
La part de financement de projets liés à l'environnement, l'écologie ainsi que l'agriculture biologique et ses réseaux de distribution ne représentent pour le moment que 12 %, mais il s'agit encore d'un secteur en émergence qui progresse fortement. Le soutien aux pays du Sud mobilise 5 % des financements solidaires, mais l'impact des sommes apparemment modestes bénéficient à un très grand nombre.
Pour informer le public francilien sur les atouts et les mécanismes de l'épargne solidaire, l'association Finansol, le conseil régional d'Ile-de-France et les acteurs des finances solidaires ont organisé la Semaine de l'épargne solidaire du 26 novembre au 3 décembre derniers. L'occasion pour le public d'assister à des tables rondes, des conférences et de comprendre que faire des profits peut rimer avec aider les plus démunis.
Cet article est paru dans Interdépendances n°60 - Janvier 2006.