Projets et partenariats du Centre d'accueil des demandeurs d'asile d'Hautefeuille

Accueillir intelligemment

Que ce soit pour éveiller et divertir les enfants, pour lutter contre l'ennui des adultes ou préparer leur intégration, les projets mis en place par le Centre d'accueil de demandeurs d'asile d'Hautefeuille et ses partenaires privés et institutionnels, font de ce « lieu d'attente » un endroit où l'on peut aussi s'épanouir.

Quelques semaines avant la période des fêtes de fin d'année, l'équipe du Centre d'accueil de demandeurs

d'asile (Cada) d'Hautefeuille (Seine-et-Marne) se réunit pour préparer un Noël réussi pour les 22 familles du Cada. « Nous avons reçu une aide de 1 200 euros de la Fondation de France qui va nous permettre de financer des animations et un spectacle, mais il faudrait trouver une entreprise qui accepte de nous donner des jouets à offrir aux enfants », explique le directeur, Bruno Carnevali. L'équipe réfléchit aux différentes sociétés qui pourraient être contactées. Il faudra ensuite monter un dossier pour convaincre du bien-fondé de la démarche. Bruno Carnevali et son chef de service, Vincent Morival, sont rodés à ce genre d'exercice et nul doute que les enfants du centre pourront fêter Noël aussi normalement que possible vu la situation qui est la leur.

Combattre l'ennui

Avec leurs parents, ils ont fui leur pays d'origine en espérant trouver refuge en France. Leur statut de demandeurs d'asile ne leur permet pas de travailler, ils ont simplement le droit de rester sur le territoire français dans l'attente d'une décision définitive quant à leur qualité de réfugiés politiques. « La durée moyenne de séjour est de deux ans pour ces familles, deux ans sans travailler. Ici, au Cada, nous les hébergeons, et les subventions publiques qui nous sont accordées nous permettent d'assurer un suivi administratif, social et sanitaire. Mais cela n'est malheureusement pas suffisant. Avec nos moyens propres, nous devons aussi organiser la gestion de l'occupationnel », explique Bruno Carnevali. Dans les groupes de parole qui se tiennent chaque semaine, les résidants ont la possibilité de s'exprimer. Les paroles prononcées révèlent bien des choses sur l'importance que ces personnes accordent au travail et à l'activité en général : « L'important, c'est d'avoir une occupation », « C'est plus fatigant de ne pas travailler que de travailler », « Le mieux, c'est de faire des activités, peut-être comme bénévole, sinon, on se bloque à tout, on perd la tête et les mains »...

L'équipe imagine donc en permanence de nouveaux projets visant à sortir les résidants de l'inactivité et de l'ennui. Mais qui dit projets, dit moyens. Le budget du Cada permet d'assurer les missions essentielles, pas plus. Les partenariats avec les associations et entreprises sont donc indispensables pour faire du centre un lieu de vie propice à l'épanouissement de ses résidants. Ainsi, environ 20 partenariats sont conclus chaque année. Quelle que soit l'aide apportée, chacun a son importance. La Fondation MacDonald a versé 8 700 euros afin de financer une aire de jeux extérieurs et, plus récemment, France Télécom a accepté de verser 7 500 euros pour permettre la mise en place d'ateliers d'alphabétisation. Au total, plus de 16 000 euros ont été versés en 2005, chiffre qui ne prend pas en compte les très nombreux dons en nature et le temps des bénévoles. Mais il ne faut pas oublier l'association Clowns sans Frontière, qui intervient régulièrement pour animer des spectacles à destination des enfants et de leurs parents, ou encore Enfants de la Terre qui permet aux plus jeunes de bénéficier d'une réelle semaine de vacances pendant l'été.

« Ca fonctionne bien ! Les entreprises sont très sensibles aux problématiques de notre centre : l'hébergement de familles avec enfants, la recherche d'une terre d'accueil et la volonté d'intégration de ces personnes », explique Bruno Carnevali. « Les entreprises et fondations auxquelles nous faisons appel portent toujours un regard très positif sur nos activités lorsque nous leur présentons le Cada, sa situation exceptionnelle dans un cadre rural et surtout la confiance que placent nos résidants dans la France », complète Vincent Morival. Une confiance qu'illustrent les fresques peintes par un résidant sur certains murs du centre et qui représentent la République et ses symboles comme refuge. Ou lorsque les adolescents du centre se teintent les cheveux en bleu-blanc-rouge à l'occasion de sorties sportives ou culturelles.

Projets recherchent financeurs...

Pour l'équipe aussi, le montage de nouveaux projets a son importance. « Nous ne devons pas entrer dans une logique de travail routinier, ça nuirait à l'investissement de chacun dans le projet du centre au détriment des résidants », affirme Bruno Carnevali. L'élaboration d'un nouveau projet implique donc toute l'équipe afin que chacun puisse trouver du sens à son travail quotidien.

Beaucoup de projets sont encore dans les cartons, attendant de trouver un partenaire. « Depuis longtemps, nous aimerions aménager un potager afin que chaque famille puisse cultiver une parcelle, ça facilite l'échange entre nos résidants de cultures différentes et puis la satisfaction du travail accompli est essentielle dans la situation qui est la leur », explique Bruno Carnevali. Le projet s'appelle « S'implanter en France, cultiver la différence » et nécessite un travail d'aménagement du terrain, des outils, des semences. L'équipe espère bien trouver des financements ou des aides en matériel pour l'année 2006.

Mais les partenariats ne se traduisent pas forcément par des aides financières ou matérielles. Il s'agit aussi d'entretenir des relations qui se veulent partenariales avec les élus locaux, les administrations et toutes les composantes du territoire en général.

Une communication fructueuse

On mesure le chemin accompli en quatre ans d'existence, lorsque le Cada a ouvert ses portes en novembre 2002. Les riverains ont immédiatement imaginé le pire : prostitution, délinquance, trafic... Pour le quatrième anniversaire du centre, les habitants d'Hautefeuille et des communes voisines sont venus en nombre assister au spectacle organisé par les résidants et goûter à leurs cuisines. Une habitante a même déclaré : « Grâce à la scolarisation des enfants, la fermeture de classe par l'inspection de l'académie a été évitée ». L'Education nationale a même accepté d'ouvrir un poste à quart temps destiné à faciliter l'apprentissage du français par les enfants non francophones.

Informer, expliquer, inviter, le Cada a joué un véritable rôle de pédagogue auprès de son environnement pour permettre de faciliter nombre de démarches et de projets. Ainsi, le centre de bilan de santé de Melun (Seine-

et-Marne), qui dépend de la caisse primaire d'assurance-maladie, réalise gratuitement un check-up sanitaire complet des résidants et le Cada les oriente vers les différents dispensaires de la région. Les familles accueillies ont donc l'assurance de bénéficier de soins performants pendant toute la durée de leur séjour. « Ce n'est pas forcément le cas dans les autres centres du département », précise Bruno Carnevali.

Tous ces projets, ces partenariats font du Cada un lieu d'accueil particulièrement adapté pour ses résidants, mais aussi un acteur à part entière de la vie locale. Des Tchétchènes, des Mongols, des ressortissants en provenance d'Afrique centrale vivant en harmonie avec leur voisinage en Ile-de-France, ça fait réfléchir...

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Cet article est paru dans Interdépendances n°60 - Premier trimestre 2006.

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