Un enthousiasme qui va crescendo...
DIPLOMEE D'UN MAGISTERE de gestion à l'Université de Paris Dauphine, Céline Legrain possède le caractère qu'exige cette formation : structuré et rigoureux. Etudiante, elle est membre du bureau des élèves, une expérience dont elle retient la richesse des rencontres et le caractère formateur en terme d'organisation. Au sortir de l'université, elle est embauchée en CDD chez Total, dans la filière recrutement du service Communication et Ressources humaines. Elle s'occupe particulièrement des stages et de la communication auprès des écoles.
En juin 1999, elle profite de la fin de son contrat chez Total pour prendre une autre direction. « Je cherchais une finalité, un sens à mon travail, raconte-t-elle. Et puis j'avais envie de créer des choses, de monter des projets, d'intégrer une structure plus réactive. Chez Total, l'organisation était très cloisonnée, le fonctionnement très lourd et tout était déjà fait. » Elle rencontre alors un groupe d'associations original et en plein développement. Les équipes sont jeunes, pleines d'enthousiasme, professionnelles et engagées. Par ailleurs, le secteur social, aux attentes bien particulières, lui semble présenter tous les avantages qu'elle recherche. « A l'époque, ce qui va devenir le Groupe SOS comptait déjà 500 salariés, mais il n'y avait aucun service ressources humaines. J'ai proposé mes compétences dans ce domaine et j'ai été embauchée en tant que directrice des ressources humaines. »
Avant d'intégrer le Groupe, Céline Legrain souhaite consacrer quelques mois à sa passion : les voyages. Elle part trois mois en Amérique du Sud. « Les voyages, l'ouverture au monde, l'inconnu, l'inédit, la rencontre de l'autre, c'est vraiment magique ! s'enthousiasme la jeune femme. J'aime concevoir mes propres voyages, où l'éloignement et les conditions de terrain demandent un engagement moral et physique important. » Loin des chemins touristiques, une quête de savoir, de savoir-vivre, de savoir être qui a forgé peu à peu son approche de la relation humaine au quotidien. Son plus beau souvenir ? « Mille kilomètres à pieds à plus de 3 000 mètres d'altitude, sac au dos, aux confins de l'Inde, du Népal et du Tibet, à la découverte de peuples riches de leur diversité, et de civilisations lointaines ».
Une fois « ressourcée », la jeune femme entre donc chez SOS en janvier 2000, où un large champ d'investigations s'ouvre à elle. « Il y avait tout à faire, j'avais une très grande liberté », se souvient-elle. Son objectif : amener des outils issus de l'entreprise dans le domaine social. Elle reprend les dossiers de droit social, puis elle commence à mettre en place de nouveaux projets, notamment l'entretien annuel d'évaluation.
Au fil du temps, avec l'élargissement du Groupe SOS, son service prend de l'ampleur et accueille de nouveaux collaborateurs : deux juristes et une personne chargée de la formation continue. Céline Legrain peut alors se recentrer sur les ressources humaines proprement dites : gestion des compétences, formation professionnelle, gestion des carrières... « C'était vraiment très intéressant car je montais mes propres projets, raconte-t-elle. Il y avait aussi le challenge de faire se rencontrer deux cultures : celle du monde de l'entreprise et celle du monde associatif, tout en tenant compte du caractère militant des équipes et en essayant de le préserver. » Il a fallu aussi suivre le développement du Groupe et l'arrivée des nouvelles associations : Arcat en 2002, JCLT début 2003... « L'évolution du Groupe a amené beaucoup de travail, mais elle a aussi été très enrichissante car elle m'a obligée à questionner sans cesse mon mode de fonctionnement et d'organisation », explique Céline Legrain.
En octobre 2004, la mairie de Paris propose au Groupe SOS de se positionner sur le secteur de la petite enfance. La capitale a alors de gros besoins en crèches et la municipalité regrette la prépondérance des opérateurs privés sur ce secteur, au détriment des associations. Le projet interpelle Céline Legrain : « Après cinq ans aux RH, je pensais à changer de voie tout en restant dans le social. Le projet des crèches était une opportunité d'évolution et de découverte d'un nouvel horizon. De plus, le secteur de la petite enfance est en pleine mutation et il y a beaucoup de choses à faire ».
Céline Legrain s'engage dans le secteur de la petite enfance alors que celui-ci est en pleine transformation : réforme tarifaire, évolution des prestations afin de mieux répondre aux besoins des familles, rédaction de projets d'établissement... : c'est presque une nouvelle culture du métier qui s'installe. De fait, la première tâche de la directrice générale est de mettre en place la réforme liée au décret de 2 000 concernant la prestation de service d'accueil petite enfance : elle exige que chaque structure propose un projet social
et éducatif, concrétisé par le Contrat d'accueil. Celui-ci permet de recueillir les demandes des familles en termes d'horaires, de vacances scolaires, etc., afin d'introduire plus de souplesse dans l'accueil de leurs enfants. « C'est une sorte de prestation à la carte négociée en début de contrat avec les parents, résume Céline Legrain. Or, cette culture du multi-accueil, déjà présente dans les haltes-garderies, est complètement nouvelle pour les équipes des crèches. Elle exige d'elles qu'elles entament une réflexion sur leurs métiers et une grosse réorganisation des modes de fonctionnement. Le décret est en place depuis 2000, mais certains arrondissements de Paris sont très en retard. Les freins pratiques et psychologiques sont nombreux. » La jeune directrice doit donc réaliser un gros travail de pédagogie sur le terrain. « Heureusement, les équipes sont plutôt ouvertes, reconnaît-elle, même si les réformes modifient parfois leurs pratiques ! »
Mais le projet de Crescendo, c'est aussi la mise en œuvre de dispositifs innovants à but social, visant à rompre l'isolement de certains parents en initiant auprès d'eux une démarche d'insertion et d'intégration. Un vaste chantier qui n'est pas pour déplaire à cette « bosseuse », et qui lui rappelle des souvenirs... « On retrouve les mêmes questionnements que dans les autres associations du Groupe SOS. Il y a énormément de choses à faire, tant sur le plan quantitatif que sur le plan qualitatif, c'est très excitant. » Favoriser l'éveil et l'autonomie des enfants, assouplir le dispositif d'accueil pour les parents, contribuer à l'insertion sociale de familles en difficulté : voilà un programme qui ne peut que motiver cette jeune mère de famille engagée.
Cet article est paru dans Interdépendances n°60 - Premier trimestre 2006 2006.
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