Coopérer pour peser !

MANIFESTEMENT le secteur de l'économie sociale s'organise. Centres de ressources mutualisés, Forum national de l'emploi dans l'économie sociale et solidaire, Forum du commerce équitable, collectif environnemental (Alliance pour la planète), Rencontres de l'entrepreneuriat social, Rencontres internationales du Mont- Blanc, Monnaie SOL, etc. Les événements et projets destinés à fédérer le troisième secteur et à lui donner plus de visibilité et de poids se multiplient.

Malgré la diversité de nos domaines d'activités, les choses qui nous rapprochent seraient-elles donc plus nombreuses que celles qui nous séparent ? C'est une évidence ! Parmi ces points communs, le moins négligeable sans doute : une répartition différente des richesses créées. Inscrite dans les « gènes » de nos structures, elle empêche ou limite le versement des dividendes à des actionnaires personnes physiques. Ce cadre juridique oblige nos organisations à se concentrer sur la prestation ou le service rendu, sur la qualité et l'efficacité de nos pratiques. Oui, parlons davantage de nos pratiques, moins de nos valeurs ! Quelle organisation aujourd'hui ne met pas en avant ses « valeurs » ? Les grands groupes privés ne sont pas les derniers à utiliser la communication-blanchiment, ces valeurs qui rendent plus blanc que blanc même si elles ne reposent que sur du vent...

L'économie sociale s'est souvent illustrée – et c'est particulièrement le cas en matière de service aux personnes (aide et maintien à domicile, petite enfance, personnes âgées...) – par ses pratiques innovantes, originales, tournées vers la satisfaction de l'usager. Oui, les associations sont souvent efficaces et performantes ! La professionnalisation est acquise pour bon nombre d'entre elles. L'économie sociale accepte d'aller là où le secteur capitaliste renonce. Elle ne doit pas pour autant admettre une répartition simpliste et contre productive qui voudrait que les entreprises capitalistes se voient confier les activités rentables et l'économie sociale le difficilement « équilibrable ». De nombreuses collectivités l'ont compris : l'économie sociale est la meilleure solution pour prendre en charge les populations les plus vulnérables. Mais elle le fera avec d'autant plus d'efficacité et de pérennité qu'elle ne sera pas cantonnée à cette mission.

« Coopérons pour peser ! », semblent dire aujourd'hui l'ensemble de nos familles. Groupées au sein d'un organisme employeur, les entreprises de l'économie sociale et solidaire avaient pour la première fois déposé des listes aux dernières élections prud'homales fin 2003 et obtenu des sièges en nombre dans les conseils. Ce fut une avancée importante pour notre secteur. Mais l'économie sociale ne doit-elle pas également faire davantage entendre sa voix, participer au débat public en prenant position sur des sujets tels que le CPE par exemple ?

Et si l'économie sociale – qui se bat aujourd'hui sur tous les fronts : un commerce plus juste, un rapport à l'environnement réfléchi et anticipé, la réduction des inégalités... – avait l'ambition de montrer la voie ? Avec un credo simple finalement : placer l'Homme au cœur de nos préoccupations.

Jean-Marc Borello, Nicolas Froissard

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Cet article est paru dans Interdépendances n°61 - Deuxième trimestre 2006.

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