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La Fédération Envie

L'insertion par l'écologique

45 entreprises d'insertion au service de la requalification professionnelle et de l'environnement, le Réseau Envie est, depuis 20 ans, un pionnier dans son domaine : la collecte, le recyclage et la rénovation d'appareils électroménagers.

LES EPAVES d'électroménager disséminées dans la nature... Des jeunes sans travail ni formation... C'est Emmaüs Strasbourg qui, en 1984, fait le lien entre ces deux « plaies » environnementale et sociale. Avec l'aide de travailleurs sociaux et de distributeurs tels que Darty, la communauté Emmaüs crée la première association Envie, qui collecte et réemploie ces appareils tout en permettant à de jeunes exclus de se réinsérer. Aujourd'hui, 45 entreprises composent ce qui est devenu le Réseau Envie.

Formation, insertion et écologie

Après une première phase de collecte et de tri des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE) auprès de distributeurs, de collectivités locales, d'entreprises ou de particuliers, deux activités caractérisent les entreprises Envie. La première est le réemploi d'appareils électroménagers, commercialisés à bas prix et garantis un an dans les 50 magasins Envie répartis sur le territoire national. En 2005, 65 000 appareils ont ainsi suivi cette voie.

Les appareils qui ne peuvent être réemployés sont démontés, dépollués puis mis en filière pour recyclage, ce qui représentait 26 000 tonnes de DEEE collectés et traités en 2005 pour le Réseau Envie.

Chaque année, près de 1 000 personnes en situation d'exclusion ou de précarité sont accueillies et accompagnées par les entreprises sociales Envie dans le cadre de leur parcours d'insertion. Recrutés pour deux ans (maximum) sous des contrats de travail à durée déterminée d'insertion, les salariés en insertion bénéficient d'une formation et d'une expérience pratique en lien avec les emplois qu'ils occupent.

Mais la qualification professionnelle n'est pas tout. Les salariés d'Envie apprennent aussi à comprendre et à accepter les contraintes liées aux horaires, à la production, à la hiérarchie ; à retrouver, en somme, le rythme d'une vie d'entreprise. Au-delà, c'est l'ensemble des relations sociales, structurées et respectueuses d'autrui qu'expérimente chaque salarié dans le cadre de son activité. L'accompagnement et le suivi social réalisés en lien avec les référents sociaux locaux permettent à chacun tout à la fois de résoudre ses difficultés sociales (logement, problèmes financiers...) et d'élaborer un projet professionnel.

217 salariés permanents en équivalent temps plein sont en charge du fonctionnement, de l'encadrement et de l'accompagnement des salariés en insertion. Parmi eux, le directeur de chaque entreprise, celui-ci ayant ainsi la double casquette de gestionnaire et de travailleur social. Les résultats ? 60 % de sorties positives, c'est-à-dire débouchant sur un emploi ou une formation qualifiante. Une réussite, donc.

Les entreprises du Réseau Envie ont initialement le statut d'associations. Elles sont financées à 70 % par les ventes des appareils qu'elles réemploient, le reste provenant des aides publiques octroyées pour les postes en insertion. Elles sont regroupées en une fédération et adhèrent à une charte d'engagement. Les missions de la Fédération Envie sont multiples, depuis la réflexion et le développement stratégiques du réseau, à un appui logistique et organisationnel aux entreprises (en termes de ressources humaines, informatique, communication, etc.), en passant par le lobbying auprès des collectivités et du gouvernement.

Un secteur en mutation

Cette organisation, qui a fait ses preuves depuis plus de 20 ans, se voit aujourd'hui confrontée à de nouveaux défis, suite à la directive européenne « DEEE » du 27 janvier 2003 et au décret du 20 juillet 2005 qui la transpose en droit français. Globalement, ces textes vont avoir pour conséquences l'ouverture d'un nouveau marché sur les DEEE, qui sera effectif en juillet 2006. Ils définissent ainsi un certain nombre de règles et d'objectifs pour les opérateurs et imposent une hiérarchisation des moyens de traitement des DEEE, en privilégiant le recyclage plutôt que la destruction. Par ailleurs, la collecte et le traitement des DEEE seront désormais organisés par des éco-organismes. L'attribution des marchés se fera par appels d'offres, donc par la mise en concurrence de différents opérateurs. « Désormais, nous entrons dans un marché concurrentiel », explique Nancy Bastien, chargée de communication à la Fédération Envie. Un enjeu d'autant plus important pour Envie que le marché qui s'ouvre est colossal. Avec la directive, qui impose également un objectif quantitatif de 4 kg par an et par habitant de DEEE collectés en vue d'une valorisation, chaque appareil d'électroménager prend en quelque sorte une seconde valeur marchande. Autant dire que beaucoup d'opérateurs potentiels vont s'engouffrer dans la brèche.

Pour les entreprises Envie, l'heure est donc aux partenariats, afin notamment de proposer des prestations globales de collecte et de traitement des DEEE. Ainsi dans le Nord, Envie et l'entreprise Coolrec ont ouvert le premier broyeur de froid. Dans l'ouest, Envie, associé de Véolia, va permettre la collecte et la dépollution de frigos et de tubes cathodiques sur une zone de 27 départements dans le Grand Ouest.

Afin d'optimiser son offre de prestations, le Réseau Envie doit aussi apporter des modifications structurelles à son organisation. Les entreprises Envie possèdent en effet le statut d'associations, « un statut trop lourd pour évoluer sur un marché concurrentiel », explique Nancy Bastien. Un nombre croissant d'entre elles optent ainsi pour le statut de Société par actions simplifiée (SAS), qui offre une plus grande souplesse de fonctionnement.

Enfin, parallèlement à ces défis contextuels, les entreprises Envie et leurs salariés doivent faire face à une évolution de leurs métiers, avec la présence croissante de l'électronique dans les appareils, les contraignant à des formations plus pointues.

Pour Envie, l'enjeu de tous ces défis reste, avec la survie des entreprises et le maintien des emplois, celle d'une idée, d'un projet de société. Si le nouveau marché des DEEE est une opportunité pour diversifier son offre d'insertion sur des métiers porteurs comme la logistique et les transports, ou proposer de nouvelles formations, la pression est peut-être plus forte sur ces entreprises porteuses d'une certaine vision de l'économie, plus humaine et socialement utile.

Juliette Troussicot

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Cet article est paru dans Interdépendances n°61 - Avril 2006.

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