Une mutualisation participative
Rien ne prédestinait Philippe Boyer, fondateur et directeur général de cette association, à se lancer dans cette vaste entreprise. En 1976, ce jeune chargé d'études à l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région Ile-de-France anticipe la loi sur l'impact de l'équipement sur l'environnement et propose à ses homologues de réaliser une base de données sur les différents sites naturels d'Ile-de-France et leurs spécificités. Son ambition est de réaliser une mémoire géographique collective des milieux naturels ayant pour objectif d'aider les différents services de l'équipement d'Ile-de-France (savoir s'il est judicieux ou non de tracer des routes dans certains lieux naturels, d'assécher des marais, le tout sans abîmer l'écosystème, etc.). Ce projet séduit le ministère de l'Environnement, qui lui propose de réaliser cette base de données au niveau national. Ecoteck sera alors créée, nom donné à l'association ainsi qu'à sa première base de données relative à l'environnement. Financée à l'origine par le ministère de l'Environnement, l'association Ecoteck (4 employés à l'origine) voit ses moyens se réduire à peau de chagrin au bout de quatre ans. Il s'agit alors de trouver de nouvelles sources de financements. La solution va venir de la diversification. Ecoteck est rebaptisée Réseau IDEAL, association qui étend son savoir faire à de nouvelles activités, toujours en rapport avec l'environnement, telles que : les déchets, le bruit, l'énergie, etc. Toutes ces structures, qui ne disposaient auparavant que de données en interne, sont séduites par le projet du Réseau IDEAL : rassembler leurs connaissances et les mettre en commun. Chaque structure paie une cotisation à l'association, ce qui lui permet de survivre... et de se développer.
Avec l'avènement du minitel, le Réseau IDEAL devient éditeur télématique. On lui doit notamment, dans les années 80, le 3615 IDEAL, un service grâce auquel les vacanciers peuvent se renseigner sur la qualité des eaux de baignade, par exemple. La banque de données du Réseau IDEAL couvre, dès lors, une grande partie de l'environnement français. A partir de 1990, le Réseau IDEAL développe son potentiel événementiel en organisant des colloques. « Nous étions les promoteurs de la prise en compte de l'environnement dans les collectivités », note Philippe Boyer. Ils trouvent rapidement un écho auprès des militants présents dans les collectivités, ces derniers rencontrant enfin un appui de taille à leur combat local. « Nous sommes devenus beaucoup plus présents à partir des années 90, car nous nous sommes professionnalisés, ajoute le président du Réseau. Les collectivités étaient prêtes à payer pour faire évoluer l'environnement ». L'activité de l'association se diversifie progressivement. A l'origine développeur de bases de données, le Réseau IDEAL devient éditeur télématique, réalisateur d'études pour les collectivités et créateur d'interfaces entre les acteurs d'un même domaine.
En 1989, l'association met en œuvre son premier réseau via le minitel. Le Réseau INTERLOCAL, premier réseau d'échange de savoir faire entre les conseils généraux, permet d'aider les collectivités à faire face à la décentralisation grandissante, en mutualisant leurs connaissances et expériences.
Le développement d'Internet, fin des années 90, lui permet par la suite d'étendre ses capacités de travail jusqu'à disposer aujourd'hui de 18 réseaux qui ne sont plus uniquement axés sur l'environnement mais également dans le domaine social, le sport, l'insertion, l'enfance, etc.
Le développement du Réseau IDEAL n'a pas été toujours évident. En tant qu'association, il est assujetti aux fluctuations des financements et à la confiance de ses partenaires et financeurs. En 2001 par exemple, le Réseau IDEAL organise un colloque avant-gardiste sur l'effet de serre et le réchauffement de la planète. Beaucoup trop tôt pour le public. Personne ne croit encore à cette théorie.
Résultat : perdant beaucoup d'argent, le Réseau est menacé de fermer. Il faut alors licencier des employés et penser à réorganiser le travail de chacun dans l'association afin de professionnaliser encore plus l'offre de services. Après s'être offert les services d'un coach en management, Philippe Boyer a maintenant à sa disposition toutes les clés pour faire perdurer l'activité du Réseau IDEAL. Il se concentre aujourd'hui sur son activité de mutualisation des connaissances. « Nous mettons en circulation les connaissances et nous réunissons les hommes. Nous accompagnons chacun de nos utilisateurs et nous nous donnons les moyens pour que chaque adhérent puisse être connecté à ses homologues de toute autre collectivité en France, ceci dans le but de partager leurs connaissances sur les problèmes rencontrés et sur la façon de les résoudre. »
C'est ainsi que Philippe Boyer définit l'objectif principal de son association. Et pour réaliser un tel dessein, chaque réseau est animé par un salarié qui a pour mission de relier, quotidiennement, les abonnés les uns aux autres, de récolter des informations et de les communiquer aux requérants. Chaque trimestre, l'animateur contacte tous les utilisateurs, de façon à établir un état des lieux de leurs différents projets, des éventuels problèmes rencontrés, des solutions apportées ou des questionnements toujours en suspend. Il leur propose ensuite de se mettre en relation avec d'autres collègues qui ont connu les mêmes difficultés, soit par l'interface qui a été créée sur Internet, soit directement par téléphone, afin de tout solutionner. En parallèle, plusieurs fois par an, cet animateur organise, en accord avec les principaux acteurs de son réseau, des journées de formation destinées à les aider. C'est également l'occasion pour tous les utilisateurs d'un même réseau de pouvoir se rencontrer et partager leurs expériences de vive voix.
Pour que le réseau réponde toujours mieux aux attentes de ses clients, Philippe Boyer a mis en place un système de réunions mensuelles et de séminaires internes. Le but étant de mieux définir les objectifs de chacun, de mieux les impliquer, leur leitmotiv : « Devenir toujours plus professionnel ». Et le résultat est probant !
A l'heure actuelle, le Réseau IDEAL c'est 6 000 utilisateurs, 20 000 contributions annuelles (une contribution correspondant à une question posée sur le site Internet ou à une réponse proposée). C'est également 55 événements organisés par an, dont les plus importants rassemblent aux alentours de 100 exposants et plus de 2000 visiteurs. En 2006, l'ambition de l'association est de créer cinq nouveaux réseaux. A terme, le Réseau IDEAL souhaiterait disposer de 100 à 150 réseaux de métiers regroupant la majorité des corps de métiers des collectivités, afin de « faire naître la solidarité, aider les gens à trouver des solutions à leurs problèmes, mais également de les inciter à répondre aux soucis des autres », conclut Philippe Boyer.
Cet article est paru dans Interdépendances n°61 - Deuxième trimestre 2006.
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