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L'anniversaire du mouvement français pour le planning familial

50 bougies et une pilule

Le but avoué du mouvement est la lutte contre l'ignorance sur les sujets liés à la sexualité.

Capote craquée, femme battue, éducation sexuelle ou simple demande d'information sur les différents modes de contraception... Depuis maintenant 50 ans, le mouvement français pour le planning familial (MFPF) s'inscrit dans la volonté de faire évoluer les rapports hommes-femmes, en France, vers plus d'équité.

Si l'événement majeur du XIXe siècle est l'avènement de la machine, celui du XXe siècle est sans aucun doute la contraception. » Cette allégation de Maïté Albagly, secrétaire générale du MFPF, n'est pas éxagérée. En effet, si la machine a permis à l'Homme de progresser industriellement et d'améliorer ses conditions de travail à partir du XIXe siècle, la légalisation de la contraception a , quant à elle, bouleversé la vie de la femme et par extension celle du couple. Et ce, à partir de 1967, année de la promulgation de la loi Neuwirth, autorisant la contraception en France. La deuxième date importante, liée notamment à l'activité des femmes du MFPF pour changer la condition de la femme dans la société française, correspond à 1975 et la loi Veil sur l'interruption volontaire de la grossesse (IVG). Le MFPF ne se résume pas uniquement à ces grandes victoires, car en cinquante années de présence auprès de la population, ce sont autant de batailles gagnées au quotidien par les militantes. Le Planning familial représente aujourd'hui près de 500 000 contacts par an auprès de la population française, que ce soit des demandes d'information ou d'aide sur des thématiques liées aux violences conjugales, au sida, à la contraception, ou encore à l'éducation sexuelle fille/garçon et à l'IVG. Le but avoué du mouvement est la lutte contre l'ignorance des gens sur les sujets liés à la sexualité. « Notre approche, c'est que chaque personne a le droit de choisir sa vie, ses pratiques, les risques qu'elle encourt et qu'elle souhaite ou non prendre. En fait, nous prônons le respect des personnes », souligne la secrétaire générale du MFPF. Ce travail de fourmi pour sensibiliser les gens se heurte bien souvent à la méconnaissance de certains professionnels. « Lors de leur formation de 7 ans pour devenir médecins généralistes, les étudiants ne reçoivent, en tout et pour tout, qu'une heure de formation sur la sexualité et la contraception... et encore ce cours n'est pas obligatoire. Comment dès lors, le médecin sera-t-il apte à délivrer la bonne prescription à une femme souhaitant la contraception ? », souligne Maïté Albagly. Les militantes du MFPF se battent également contre certaines idées fausses liées à la contraception telles : « La pilule est cancérigène », « elle détruit le cycle hormonal » ou encore qu'« il faut arrêter la pilule ou moins deux ans avant de pouvoir avoir un enfant »... « Tout est faux », s'insurge la secrétaire générale. C'est donc à grand renfort de formation dans les écoles, auprès de femmes-relais (1), ou encore d'information auprès des personnes reçues ou lors de conférences, que le Planning essaie de rétablir la vérité en ce qui concerne la sexualité. La tâche s'annonce ardue encore aujourd'hui pour modifier les mentalités.

Penser contraception

Parmi les différents thèmes abordés au sein du Planning, la contraception est source de multiples questions. En effet, statistiquement, en France, les femmes ont leur première relation sexuelle à l'âge de 17 ans et leur premier enfant à 29 ans et 8 mois. Cela signifie que, en moyenne, la femme française va prendre un contraceptif pendant au moins douze années consécutives. Et, la plupart du temps, les médecins indiquent la pilule comme unique moyen contraceptif et surtout comme le plus efficace. Or, « il n'existe pas qu'un seul moyen de contraception : la pilule. Chaque femme a un type de contraception qui lui convient ». Toutes les femmes ne réagissent pas de la même manière à la pilule, certaines ne la supportent pas. Et 12 ans de suite sans l'oublier, rien qu'une fois, « Les hommes seraient-ils prêts à faire la même chose ? », s'interroge Maïté Albagly. Stérilet, préservatif féminin ou masculin, pilule, pilule du lendemain... les possibilités sont nombreuses et adaptables à la physiologie de la femme ainsi qu'à sa sexualité. Le MFPF se fait un devoir d'informer les femmes sur les possibilités qui s'offrent à elles.

La prévention sida sans morale

A l'instar d'autres institutions, le MFPF informe les personnes accueillies sur le virus, les différents modes de contamination ainsi que les moyens de protection. Un programme a également été mis au point par le MFPF, en coordination avec la DGS (direction générale de la santé), intitulé « réduction des risques sexuels ». Il est destiné à former des femmes-relais sur l'utilisation du préservatif féminin afin de familiariser au maximum les femmes à son utilisation. En dépit de ce travail de prévention, les militantes du Planning sont quand même confrontées à des situations réelles de personnes qui ont été en contact ou qui ont une sexualité à risque. Leur rôle est alors de les informer sur les risques qu'ils encourent ou qu'ils font encourir à leurs partenaires, et de les conseiller sur comment réduire ses risques au maximum... le tout, sans essayer de moraliser l'interlocuteur.

L'IVG mal vu

Malgré la loi Veil passée en 1975, l'IVG reste un tabou en France. « Les femmes, qui témoignent à la télévision sur l'IVG, sont toujours masquées ou floutées... », témoigne la secrétaire générale du MFPF. La situation semble même en régression par rapport aux années 70. Des femmes accepteraient-elles de signer un « manifeste des 343 salopes » (2) en 2006 ? La montée de l'intégrisme religieux n'est-il pas un frein pour une complète émancipation de la femme quant à sa sexualité ? La majeure partie du travail consiste à faire accepter aux gens la possibilité offerte à des femmes d'avorter, et ce pour des raisons qui leur sont propres.

La fin de la violence conjugale ?

Étonnamment, les violences conjugales sont prises en compte de manière plus importante depuis la loi de 1967 sur la contraception. « Non pas qu'avant, il n'y avait pas de problème de violence dans les couples, mais à l'époque, les femmes qui venaient nous voir avaient tellement peur d'avoir un enfant et étaient tellement obsédées par le fait de trouver un moyen de s'en débarrasser, qu'elles ne se rendaient pas tellement compte de la violence qui leur était faite dans leur foyer », analyse Maïté Albagly. Maintenant que l'IVG est autorisée en France, jusqu'à la 12e semaine de grossesse, elles sont un peu plus sereines et le personnel du MFPF peut instaurer des discussions plus pertinentes sur le couple, sur les droits et devoirs des époux l'un envers l'autre... et surtout ce qui peut être puni par la loi. Car, en effet, la notion de viol conjugal est punie par la loi depuis 1994. Cela signifie que même dans un couple, les deux personnes doivent être consentantes pour avoir des rapports sexuels. Cela demeure une notion mal perçue chez certains hommes. Et grâce au MFPF, les femmes se sont rendu compte qu'elles pouvaient faire appel à la justice pour éviter ces violences.

Les jeunes et le porno

Le MFPF a également repris le flambeau, dans certaines écoles, pour remplacer le professeur lorsqu'il s'agit du légendaire cours d'éducation sexuelle. A cette occasion, les militantes adoptent un mode opératoire assez simple auprès des jeunes en les séparant (garçons d'un côté, filles de l'autre) dans un premier temps afin qu'ils puissent s'exprimer un peu plus librement. Les différents problèmes rencontrés sont ensuite débattus en commun quand le groupe est réuni. Les militantes du MFPF ont observé, ces dernières années, de thématiques récurrentes dans les différentes écoles et des incompréhensions latentes entre garçons et filles. Un des fléaux majeurs est le « porno ». Faute de communiquer avec leurs parents ou leurs professeurs, les jeunes développent une certaine idée de la sexualité via la pornographie (films, magazines, Internet...). « Un désastre » selon Maïté Albagly. Et le travail du MFPF consiste ensuite à faire comprendre, surtout aux jeunes garçons, la différence entre la réalité et le fantasme, qu'une relation sexuelle consiste également à faire plaisir à son partenaire, à savoir ce qu'il ou elle désire et non pas à copier bêtement des scènes de films de fiction.

Pour que les femmes s'autogèrent

Tous ces thèmes sont autant d'actions menées par le MFPF auprès d'une large partie de la population afin à long terme de « changer la place de la femme dans la société et d'équilibrer le rapport homme/femme ». C'est pour cette raison que le Planning ne se cantonne pas uniquement à une action sur le terrain. Son rôle est également d'alerter et conseiller les politiques. « On n'imagine pas un ministre de la Santé envisager des évolutions sur la Santé sans prendre le pouls auprès de nous... », souligne Maïté Albagly. Le grand défi à venir du MFPF auprès du gouvernement va être de leur faire accepter l'idée d'une cohorte pour tester les microbicides. Une solution future pour permettre aux femmes de s'autogérer dans leur sexualité et ne plus dépendre uniquement de ce que décident les hommes.

Yvonnick Dugast

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Cet article est paru dans Interdépendances n°62 - Juillet 2006.

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