Interdépendances fait peau neuve
+ de pages, + d´articles, une nouvelle maquette
pour présenter chaque trimestre des initiatives, des idées, les femmes et...
Une autre consommation est possible !
Le numéro 69 vient de sortir. Dossier sur le pouvoir d'achat et la consommation responsable. Disponible uniquement sur abonnement.
Tous les articles d'Interdépendances sont désormais consultables en ligne pour nos abonnés
Depuis le numéro 68, tous les articles sont accessibles en ligne pour nos abonnés.
Mieux connaître l'économie sociale et solidaire ? Toute l'actualité sexy et moins sexy de l'ESS se trouve dans...
50 bougies et une pilule
Le but avoué du mouvement est la lutte contre l'ignorance sur les sujets liés à la sexualité.
Parmi les différents thèmes abordés au sein du Planning, la contraception est source de multiples questions. En effet, statistiquement, en France, les femmes ont leur première relation sexuelle à l'âge de 17 ans et leur premier enfant à 29 ans et 8 mois. Cela signifie que, en moyenne, la femme française va prendre un contraceptif pendant au moins douze années consécutives. Et, la plupart du temps, les médecins indiquent la pilule comme unique moyen contraceptif et surtout comme le plus efficace. Or, « il n'existe pas qu'un seul moyen de contraception : la pilule. Chaque femme a un type de contraception qui lui convient ». Toutes les femmes ne réagissent pas de la même manière à la pilule, certaines ne la supportent pas. Et 12 ans de suite sans l'oublier, rien qu'une fois, « Les hommes seraient-ils prêts à faire la même chose ? », s'interroge Maïté Albagly. Stérilet, préservatif féminin ou masculin, pilule, pilule du lendemain... les possibilités sont nombreuses et adaptables à la physiologie de la femme ainsi qu'à sa sexualité. Le MFPF se fait un devoir d'informer les femmes sur les possibilités qui s'offrent à elles.
A l'instar d'autres institutions, le MFPF informe les personnes accueillies sur le virus, les différents modes de contamination ainsi que les moyens de protection. Un programme a également été mis au point par le MFPF, en coordination avec la DGS (direction générale de la santé), intitulé « réduction des risques sexuels ». Il est destiné à former des femmes-relais sur l'utilisation du préservatif féminin afin de familiariser au maximum les femmes à son utilisation. En dépit de ce travail de prévention, les militantes du Planning sont quand même confrontées à des situations réelles de personnes qui ont été en contact ou qui ont une sexualité à risque. Leur rôle est alors de les informer sur les risques qu'ils encourent ou qu'ils font encourir à leurs partenaires, et de les conseiller sur comment réduire ses risques au maximum... le tout, sans essayer de moraliser l'interlocuteur.
Malgré la loi Veil passée en 1975, l'IVG reste un tabou en France. « Les femmes, qui témoignent à la télévision sur l'IVG, sont toujours masquées ou floutées... », témoigne la secrétaire générale du MFPF. La situation semble même en régression par rapport aux années 70. Des femmes accepteraient-elles de signer un « manifeste des 343 salopes » (2) en 2006 ? La montée de l'intégrisme religieux n'est-il pas un frein pour une complète émancipation de la femme quant à sa sexualité ? La majeure partie du travail consiste à faire accepter aux gens la possibilité offerte à des femmes d'avorter, et ce pour des raisons qui leur sont propres.
Étonnamment, les violences conjugales sont prises en compte de manière plus importante depuis la loi de 1967 sur la contraception. « Non pas qu'avant, il n'y avait pas de problème de violence dans les couples, mais à l'époque, les femmes qui venaient nous voir avaient tellement peur d'avoir un enfant et étaient tellement obsédées par le fait de trouver un moyen de s'en débarrasser, qu'elles ne se rendaient pas tellement compte de la violence qui leur était faite dans leur foyer », analyse Maïté Albagly. Maintenant que l'IVG est autorisée en France, jusqu'à la 12e semaine de grossesse, elles sont un peu plus sereines et le personnel du MFPF peut instaurer des discussions plus pertinentes sur le couple, sur les droits et devoirs des époux l'un envers l'autre... et surtout ce qui peut être puni par la loi. Car, en effet, la notion de viol conjugal est punie par la loi depuis 1994. Cela signifie que même dans un couple, les deux personnes doivent être consentantes pour avoir des rapports sexuels. Cela demeure une notion mal perçue chez certains hommes. Et grâce au MFPF, les femmes se sont rendu compte qu'elles pouvaient faire appel à la justice pour éviter ces violences.
Le MFPF a également repris le flambeau, dans certaines écoles, pour remplacer le professeur lorsqu'il s'agit du légendaire cours d'éducation sexuelle. A cette occasion, les militantes adoptent un mode opératoire assez simple auprès des jeunes en les séparant (garçons d'un côté, filles de l'autre) dans un premier temps afin qu'ils puissent s'exprimer un peu plus librement. Les différents problèmes rencontrés sont ensuite débattus en commun quand le groupe est réuni. Les militantes du MFPF ont observé, ces dernières années, de thématiques récurrentes dans les différentes écoles et des incompréhensions latentes entre garçons et filles. Un des fléaux majeurs est le « porno ». Faute de communiquer avec leurs parents ou leurs professeurs, les jeunes développent une certaine idée de la sexualité via la pornographie (films, magazines, Internet...). « Un désastre » selon Maïté Albagly. Et le travail du MFPF consiste ensuite à faire comprendre, surtout aux jeunes garçons, la différence entre la réalité et le fantasme, qu'une relation sexuelle consiste également à faire plaisir à son partenaire, à savoir ce qu'il ou elle désire et non pas à copier bêtement des scènes de films de fiction.
Tous ces thèmes sont autant d'actions menées par le MFPF auprès d'une large partie de la population afin à long terme de « changer la place de la femme dans la société et d'équilibrer le rapport homme/femme ». C'est pour cette raison que le Planning ne se cantonne pas uniquement à une action sur le terrain. Son rôle est également d'alerter et conseiller les politiques. « On n'imagine pas un ministre de la Santé envisager des évolutions sur la Santé sans prendre le pouls auprès de nous... », souligne Maïté Albagly. Le grand défi à venir du MFPF auprès du gouvernement va être de leur faire accepter l'idée d'une cohorte pour tester les microbicides. Une solution future pour permettre aux femmes de s'autogérer dans leur sexualité et ne plus dépendre uniquement de ce que décident les hommes.
Cet article est paru dans Interdépendances n°62 - Juillet 2006.