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Switcher, le textile éthique et écologique
Aujourd'hui, Switcher produit plus de 10 millions de pièces par an avec une politique de prix qui se veut familiale.
Au départ, il s'agit de créer une marque de vêtements fabriqués dans une usine indienne, Prem Group au Tamil Nadu, et vendus en Suisse. Rien de bien innovant en soi, ça fait longtemps que les industriels du textile préfèrent fabriquer dans les pays du Sud pour profiter de coûts de production plus faibles. Sauf que pour Robin Cornelius, l'entreprise n'est pas uniquement une affaire de coûts de production, de ventes et de marges. Et puis cet entrepreneur aime relever les défis ; sur le plan personnel, il est d'ailleurs souvent comparé à Richard Branson, le fondateur de Virgin. Aux débuts des années 90, c'est le déclic : la chute du Mur de Berlin et le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro lui font prendre conscience que dans un monde qui se transforme très vite, l'entreprise ne doit pas seulement être un acteur économique, mais doit aussi intégrer la contrainte environnementale et sociale. Prenant très vite conscience de ce que signifie « développement durable » pour une entreprise, Robin Cornelius va s'attacher à faire de Switcher une marque irréprochable sur le plan éthique. Avec Prem Group, Switcher va faire en sorte d'améliorer constamment les conditions de travail des salariés, mais aussi de l'ensemble du territoire sur lequel est implantée l'usine, en finançant écoles et bus-écoles pour les enfants isolés, en acheminant de l'eau potable aux villages environnants. Prem et Switcher vont même plus loin en s'imposant de diminuer au maximum l'impact environnemental de l'activité. Le textile est une industrie polluante, très consommatrice en eau et qui rejette du sel, nécessaire à la fixation des teintures mais très polluant pour les sols. Aujourd'hui, l'usine recycle elle-même près de 800 000 litres d'eaux usées par jour, ce qui réduit la quantité à 50 000 L/jour, et récupère 92 % du sel qu'elle utilise, soit 4 600 kg par jour. Cette démarche se révèle particulièrement bienvenue pour diminuer les impacts négatifs sur la nappe phréatique de Tirupur, largement polluée par l'industrie textile qui consomme chaque jour 100 000 m3 d'eau ! Enfin, plutôt que de fonctionner au diesel, huit éoliennes d'une capacité de 2350 kWh ont été installées pour faire tourner la filature. Le pari du développement durable peut paraître contraignant et coûteux, mais il se révèle en réalité gagnant pour tout le monde. L'amélioration des conditions de travail permet d'augmenter la productivité en préservant la santé des ouvriers, le recyclage permet d'économiser sur l'achat de matières premières...
Si l'usine indienne de Prem reste le lieu de production privilégié et historique de Switcher, l'entreprise travaille aussi avec d'autres pays, et notamment la Chine, où la même politique de production est adoptée. En fait, depuis 1998, Switcher a élaboré un Code de conduite à destination de ses fournisseurs. Ce document établit un certain nombre de dispositions auxquelles doit se conformer le fournisseur pour pouvoir travailler avec Switcher : paiement d'un salaire respectant le minimum vital – c'est-à-dire un salaire qui permet à l'ouvrier de disposer d'un revenu discrétionnaire après satisfaction des besoins primaires –, droits syndicaux... Des audits externes sont menés par l'ONG Clean clothes campaign, qui vérifie une liste de points très précis et établit ensuite un Plan d'actions correctives. Switcher publie dans son dernier rapport annuel les résultats de l'audit concernant le fournisseur chinois Wonderful Garments.
Et en Suisse ? Ce sont plus de 160 personnes qui travaillent dans ce qui semble être l'entreprise rêvée. Robin Cornelius veut d'abord que ses équipes se sentent bien. Le siège de Mont-sur-Lausanne a été conçu avec des espaces détente, des services destinés à faciliter la vie des salariés... Aujourd'hui Switcher produit plus de 10 millions de pièces par an avec une politique de prix qui se veut familiale. La marque a réalisé en 2005 un chiffre d'affaires de 60 millions d'euros et elle est leader sur le marché suisse dans la vente de T-shirt, de sweat-shirts, de vêtements de loisirs et d'accessoires. Robin Cornelius ne pouvait pas pour autant se contenter de tout ça. Son nouveau défi vise donc à permettre au consommateur d'accéder à une information totalement transparente sur toutes les étapes de production des vêtements. Le label Respect-Inside a pour ambition d'assurer la transparence, la traçabilité et la visibilité de la chaîne de production en décrivant les mesures prises pour améliorer les conditions de vie des personnes impliquées dans la totalité du processus de fabrication et pour respecter l'environnement. Les vêtements seront tous dotés d'un code que le client entre sur le site www.respect-inside.org et qui l'informe de tout : qui a produit le coton et dans quelles conditions ; qui a tissé, teint, transporté, distribué ; quelle quantité de gaz à effet de serre a été rejetée pour produire le vêtement. On y apprend ainsi que la production d'un T-Shirt Bob, modèle populaire de Switcher, a engendré une émission de CO2 de 5,2 kg, soit l'équivalent de 30 km dans une voiture de taille moyenne ou de 27 km dans un petit avion ou encore de 5 douches de 10 minutes. Très pédagogique, ce site est développé par Product DNA, filiale de Switcher qui espère bien l'étendre à d'autres secteurs industriels. Une étude de faisabilité est déjà en cours avec l'entreprise Hugo Reitzel, qui produit cornichons, sauces et autres condiments.
Aujourd'hui, Switcher débarque en France avec Michelle Rousset. Après un parcours publicitaire, Michelle a orienté sa carrière dans l'importation de textile. Riche de son expertise dans ce secteur, elle a souhaité faire du commerce d'une autre façon. C'est ainsi qu'elle a rejoint la société Switcher et a décidé d'implanter la marque sur le marché français. Compte tenu de son expertise dans la fabrication de textile en Chine, il apparaissait primordial pour elle d'intégrer une société dotée d'une vraie politique de management social. Elle a profité de la création de Fairplace (Groupe SOS) (1), pépinière d'entreprises du commerce équitable ouverte à Saint-Denis (93) en septembre 2005, pour installer un show-room et ses bureaux. Elle a imaginé une stratégie commerciale différente de la Suisse : « La ligne Switcher n'est pas vraiment adaptée au goût des consommateurs français, explique Michelle Rousset, mais je n'allais pas demander à Robin Cornelius de changer les collections rien que pour moi ! On a donc décidé de se positionner sur un créneau BtoB ». Il s'agit de répondre aux demandes des entreprises qui veulent se fournir en vêtements pour leurs salariés, leurs événements... L'entreprise aura la possibilité de demander très exactement ce qu'elle souhaite et de faire ensuite réaliser la production par Switcher. « Avec une commande de 500 pièces, on peut commencer à faire tourner l'usine, en dessous de ce chiffre, les coûts de production sont trop élevés. » L'autre possibilité sera de permettre à des créateurs français de développer leur propre marque en profitant de la filière de production Switcher. On appelle ça des « marques blanches », blanches mais éthiques. Les marques équitables en France se développent de plus en plus mais sont pour le moment contraintes par des capacités de production encore relativement faibles. Avec Switcher, la production équitable de masse devient possible. C'est peut-être ça, la grande réussite de Robin Cornelius, faire rimer industrialisation avec équité !
Cet article est paru dans Interdépendances n°62 - Juillet 2006.