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La transformation d'un parking situé en plein centre ville en un vaste espace vert, tout comme la mise en place du stationnement payant dans certains quartiers font grincer quelques dents...
Dès 1990, la Région Nord-Pas-de-Calais met en place un collectif pour préparer le sommet de la terre de Rio. En 1994, Lille est une des premières villes françaises à signer la charte d'Aalborg. Ce texte, qui stipule que les villes « doivent intégrer les principes de la durabilité dans leurs politiques urbaines locales », les engage à s'employer à la mise en oeuvre de plans locaux en faveur de la durabilité.La municipalité va plus loin en adoptant en juin 2000 l'Agenda 21 local de la ville de Lille, fruit de deux ans de travail et de consultation entre les différentes parties prenantes. Une vraie démarche de démocratie participative. Même la société civile a contribué à ce qui deviendra la feuille de route de la politique de développement durable de la ville. Un détail important pour que chacun se sente concerné.
« Sensibiliser, c'est essentiel, indique Danielle Poliautre, adjointe au maire déléguée à la qualité de vie et au développement durable. L'efficacité de notre action reste suspendue à l'appropriation par le plus grand nombre. » C'est pourquoi Lille fait très vite le choix de mener de vastes campagnes de sensibilisation. A chaque année son thème : l'eau en 2002/2003, l'alimentation en 2003/2004 et la nature en 2005. La dernière campagne interpellera les Lillois sur un premier bilan.
« Ce n'est pas uniquement ponctuel. Nous cherchons à créer des dynamiques, à développer une “maladie contagieuse” auprès d'un maximum de gens », rappelle Danielle Poliautre. En 2002, sur l'eau, la Ville produit un livret Eco citoyen pour promouvoir les bonnes pratiques, fait circuler un InfoBus auprès des habitants, mobilise les enfants scolarisés en collaborant avec les écoles, et suscite la réflexion par différents débats et colloques. Outre l'information, la Ville cherche à faire émerger des initiatives locales remarquables. Elle met en place des appels à projet qui donnent lieu à la remise de labels : « Label Eau 2002 », « Label Alimentation 2004 ».
Interpeller n'est pas tout : l'acteur public se doit de montrer l'exemple, et les campagnes sont également le moment de valoriser l'engagement municipal, sur les trois volets du développement durable. La Ville a ainsi accéléré le processus d'installation de compteurs d'eau individuels dans les logements collectifs, a procédé au remplacement des branchements et canalisations en plomb, et, d'un point de vue social, a permis l'accès gratuit aux bains douches publics pour les sans domicile fixe. Comme le note Ari Brodache, directeur du développement durable de la ville de Lille, « peu importe le point d'entrée, ce qui est essentiel c'est la manière d'aborder le développement durable. Eau, réduction des déchets, alimentation... : les projets doivent intégrer les trois piliers que sont l'équité sociale, l'efficacité économique et le respect de l'environnement ». La notion de durable est bien une notion globale. Pas question de promouvoir des aménagements à Haute Qualité Environnementale dans un quartier pour construire des bâtiments « énergivores » dans un autre. Encore moins de rogner sur les conditions de travail parce que tel projet est écolo. Logique. La campagne permanente « Achetez moins, jetez malin », qui interpelle les habitants sur leurs modes de consommation, est un bel exemple du développement durable à la lilloise : en plus de sensibiliser à la réduction des déchets, elle valorise la récupération et a contribué à la création de deux ressourceries à Lille. Bilan : 13 emplois créés, et des centaines d'objets qui ont retrouvé une seconde vie.
Les marchés publics sont un levier très fort pour introduire les pratiques de développement durable, et inciter les entreprises à les intégrer. A Lille, l'exemple le plus parlant concerne l'éclairage public, un marché d'un montant de 4,4 millions d'euros par an qui concerne 22 500 points lumineux. Les critères durables ont permis, à qualité de service équivalent, de réduire la consommation d'électricité (30 % d'économie), d'utiliser des énergies renouvelables (25,7 % de l'énergie consommée), de supprimer une partie de la pollution lumineuse et de remplacer du matériel vétuste par des équipements adaptés. Dès 2005, le résultat de l'appel d'offre a permis une réduction de 1,3 million d'euros sur le budget de fonctionnement de Lille.Un projet aux résultats si concrets fait effet boule de neige : près de 30 villes de France souhaiteraient s'en inspirer, assure-t-on du côté de la mairie lilloise. Et ce n'est pas tout : tous les travaux de bâtiments publics sont effectués avec du bois issu des forêts durables, 25 % des aliments proposés lors du buffet annuel du maire étaient issus de l'agriculture biologique et on réfléchit sérieusement à la possibilité de faire appel à la filière équitable pour habiller les agents municipaux.
Les choses bougent petit à petit. Pas toujours évident : la transformation d'un parking situé en plein centre ville en un vaste espace vert, tout comme la mise en place du stationnement payant dans certains quartiers font grincer quelques dents...
Un vaste projet de renouvellement urbain verra bientôt le jour. Il concerne 7 300 logements et souhaite, en intégrant les habitants à la réflexion, afficher clairement sa volonté de se centrer sur les questions de mixité sociale. « La démarche participative du projet nous aidera certainement à vaincre les points de résistance en favorisant l'appropriation par les habitants », espère Danielle Poliautre. Important en terme de bâti (respect des normes HQE), ce projet est une véritable réflexion autour de la question du « vivre ensemble ». Lille sera-t-elle la première ville durable du 21e siècle ?
Cet article est paru dans Interdépendances n°64 - Janvier 2007.