Les Parisiens représentent en effet environ 20 % des 15 000 spectateurs annuels du Plan et, si l'on en doutait encore après 45 minutes de RER, nous sommes bien en banlieue. La moitié du public est composée d'Essonniens, la part restante provenant des départements limitrophes. La Grande Borne et les Tarterets ne sont pas loin, sans que cette situation au cœur de quartiers réputés sensibles n'inquiète Florence Andrieu une seule seconde. « Si c'est un lieu préservé et respecté par les jeunes, il ne s'agit surtout pas d'offrir un seul type de musique, insiste-t-elle avec le sourire. Notre unique ligne directrice, c'est l'exigence et la qualité, le mélange des genres. Le public est d'ailleurs très varié en fonction des concerts. »
La réflexion engagée du Plan ne s'arrête pas à la seule programmation des artistes, ni à la fixation d'une politique tarifaire raisonnable. Il s'agit plus largement d'œuvrer pour la reconnaissance des musiques actuelles, notamment auprès des pouvoirs publics et des collectivités territoriales. « Il est très important de faire du lobbying pour ces musiques souvent déconsidérées », ajoute la directrice. Une tâche impossible à porter seul, d'où la création du réseau Rezonne (1) en septembre 2003. « Nous voulons informer, partager nos difficultés et aider les artistes locaux, qui manquent de salles de répétition et se demandent comment diffuser, faire connaître leur musique », affirme Florence Andrieu. Concrètement, le dispositif Itinérances établit une liste régionale des groupes pour favoriser leur rayonnement : « Toutes les salles d'un département qui veulent programmer un groupe d'un département voisin bénéficient d'une bourse qui paie la moitié des cachets », explique-t-elle. Deux bénéfices majeurs : faire la promotion des groupes, les mettre en situation professionnelle en leur permettant de jouer dans de vraies salles. Complémentaire de ce premier dispositif, le Grand Bain. « Avec une dizaine de groupes par an, six cette année, nous effectuons un travail très approfondi : accompagnement scénique, aide à la diffusion, formations administratives. » Et puis, cerise sur le gâteau, l'édition d'une compilation en fin de parcours.
Fort de ce rôle d'animateur culturel, le Plan a réussi à mobiliser le soutien public majeur dont il ne pouvait se passer. En tout premier lieu de la part du maire de Ris-Orangis, Thierry Mandon. Christiane Montel, responsable administrative du Plan, insiste sur le « très bon relationnel » qui les lie. « Les locaux sont mis à disposition par la mairie, qui a également investi dans le matériel de sonorisation qui fait notre réputation. » Alors que Christiane et Florence nous parlent, le maire n'est pas loin : il termine son déjeuner à une table voisine... Car si le Plan est ainsi reconnu par l'ensemble de ses partenaires, c'est que ses activités culturelles se doublent d'une mission sociale à l'origine même du projet : œuvrer, grâce à son restaurant et à son ouverture culturelle, pour l'insertion des publics les plus fragilisés.
Sandrine Coffinet est la mieux placée pour l'expliquer et en témoigner. Embauchée comme serveuse dans le cadre des dispositifs d'insertion, elle est devenue, huit ans plus tard, responsable du restaurant et du pôle insertion du Plan. Au passage, un diplôme d'éducatrice brillamment obtenu. « Nous recevons énormément de demandes et nous devons donc passer par les missions locales », explique-t-elle. Parmi les candidats, on trouve beaucoup de RMIstes, de chômeurs de longue durée et – le Plan étant historiquement lié à la PJJ (2) – de jeunes en voie de décrochage. « Mélanger les publics, c'est riche et ça ouvre l'esprit, résume Sandrine Coffinet. Les plus jeunes se rendent compte que les adultes aussi rencontrent des difficultés ; si nous recevons toujours beaucoup de demandes de la part de la PJJ, c'est parce que nous ne sommes pas seulement liés à la PJJ. »
La diversité du public des concerts trouve donc son parallèle dans le brassage social à l'œuvre derrière le bar ou en cuisine. Cet état d'esprit se traduit quotidiennement par une prise en charge au cas par cas des salariés sur la route de l'insertion. « A leur arrivée ici, nous définissons un projet », explique Sandrine Coffinet. Que cela passe par des formations linguistiques ou un suivi psychologique, la jeune femme poursuit un seul objectif : que les salariés soient mieux armés en sortant du Plan. Pour préparer ce tournant, ils peuvent suspendre, mais conserver, leur contrat au Plan tant qu'ils sont en période d'essai ailleurs. « Ce n'est pas juste un emploi que nous proposons, on essaie de les sécuriser au maximum, mais, en contrepartie, ils doivent avancer eux aussi », résume la responsable.
L'idée selon laquelle la culture peut beaucoup pour l'insertion n'est pas nouvelle. Le directeur de cabinet du ministre de la Culture de Georges Pompidou disait déjà qu'elle est « notre seul terrain de rencontre possible ». Et le Secours populaire de rappeler, dans une campagne, que « l'on peut aussi avoir faim de livres et de cinéma ». Au Plan, cette dynamique est à l'œuvre jour après jour. Le maire de Ris-Orangis en est fier : « Non seulement le Plan forme des jeunes en difficulté, mais il accueille l'ensemble des catégories sociales. Tout le monde s'y côtoie ». Les rencontres s'opèrent, sans que les grands noms de la musique n'occultent les artistes locaux ; sans que les employeurs n'ignorent leur personnel à peine le service et le concert terminés.
En fin de journée, Sandrine part raccompagner une salariée qui n'a jamais passé le permis conduire. Sans doute, grâce à l'encadrement offert par le Plan, l'obtiendra-t-elle bientôt.
Cet article est paru dans Interdépendances n°65 - deuxième trimestre 2007.
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