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Défenseur dans l'âme
"La forme actuelle des partis politiques est obsolète et elle éloigne les citoyens du politique."
Héritage et parcours
Originaire du Morvan et du Cantal, Jean-Pierre Dubois est issu d'une famille d'enseignants marquée par la tradition républicaine et laïque et ancrée historiquement à gauche. « C'était un milieu modeste où l'on savait compter et où les idées comptaient beaucoup », raconte-t-il. Il se souvient particulièrement de débats avec sa mère sur des sujets historiques et politiques. Il suit un cursus scolaire classique à Dijon. En mai 1968, il est en terminale et se souvient de son enthousiasme pour le mouvement étudiant : « Sans être en conflit avec l'école, je ressentais comme beaucoup de jeunes une certaine pression, une forme de fermeture et de censure. Mai 68 marquait une rupture avec un monde étouffant, autoritaire et proclamait l'autonomie de l'individu, c'était exaltant ».
La classe de philosophie stimule son intérêt pour la politique, l'histoire et les sciences sociales. Après le bac, il étudie le droit pendant trois ans, rue d'Assas à Paris puis à Dijon, et entre en parallèle à Sciences Po. Après ses études, il devient professeur de droit public, passe une thèse puis l'agrégation. Il exerce d'abord à Dijon, puis à l'université Paris XI à Sceaux. Depuis 1999, il y enseigne le droit constitutionnel en DEA et l'histoire des idées politiques en première année. Mais les trois-quarts de son temps sont consacrés à la LDH.
« Foule sentimentale »
En 1982, Jean-Pierre Dubois s'inscrit au Parti socialiste, « pour être utile après la défaite du PS aux élections cantonales en Côte-d'Or ». Il le quittera huit ans plus tard, après le congrès de Rennes. L'expérience lui a permis d'observer le fonctionnement d'un parti politique et ce qu'il a vu l'a déçu : le débat d'idées dilué dans les luttes intestines, le fonctionnement pyramidal... Car Jean-Pierre Dubois n'aime pas les rapports déséquilibrés, qui entravent la liberté de pensée et faussent les échanges. « La forme des partis politiques est obsolète et elle éloigne les citoyens du politique », affirme-t-il. Or le président de la LDH est convaincu que les citoyens, loin d'être las du politique, ont un avis et aiment s'exprimer quand on le leur permet. « Il suffit de voir l'expérience d'Attac, qui a attiré 30 000 personnes en moins d'un an, argumente-t-il. Il y a un bouillonnement au sein de la société civile, la vie associative n'a jamais été aussi dynamique, les gens sont de plus en plus passionnés par les questions civiques. Il existe un décalage entre ce constat et l'organisation politique qui reste figée et incapable de prendre en compte les aspirations des citoyens. La société actuelle n'a pas encore trouvé son organisation politique. »
Tout discours politique sur l'organisation de la société, les questions sociales et économiques, repose sur une certaine conception de l'être humain. A travers les convictions politiques de Jean-Pierre Dubois transparaît un vrai respect pour ses concitoyens, et avant tout un respect pour leur intelligence. Frappé par le pessimisme de nombreux militants de gauche, il pense au contraire, comme Alain Souchon dont il trouve que les chansons captent bien l'air du temps, que les gens ont « envie d'autre chose ». Il cite pour preuve l'explosion du net, et en particulier des blogs, qui vont à l'encontre du « formatage de masse » produit par la télévision. « Les blogs concurrencent même les sites de médias, explique-t-il. Cette nouvelle tendance marque un recul de la massification de l'information, les positions s'individualisent, c'est l'inverse du formatage. Le rapport masse/leader devient moins étouffant, les gens se font moins avoir. On sous-estime ces mouvements, pourtant il est important de saisir ce qui se passe, il y a quelque chose à jouer de ce côté-là. » Autre exemple : les émissions de télévision qui ont duré le plus longtemps sont Apostrophe et Thalassa... Le téléspectateur serait-il donc autre chose que du temps de cerveau disponible pour la publicité ?
Traverser les apparences
Réaliste, Jean-Pierre Dubois reconnaît cependant qu'avec la mondialisation, il devient plus difficile de raconter de grands mythes, de galvaniser et de souder les foules autour de grandes idées ; l'accès à l'information officielle et officieuse favorise le pragmatisme et entrave les grands élans. « Pourtant, les élans de solidarité restent intéressants et incroyables, affirme-t-il. Au Forum social européen à Florence en novembre 2002, j'ai été frappé par la motivation des jeunes qui étaient vraiment là pour travailler et faire avancer les choses ! »
Les jeunes, il les côtoie d'ailleurs régulièrement et il s'étonne de la passivité des étudiants français pendant les cours : « Ils participent très peu, il n'y a pas d'échange, déplore-t-il. Ils ont l'air pessimistes, voire désabusés. Je me sens plus vivant que la plupart d'entre eux ! Qu'est-ce qui les éteint ? Il faut leur montrer que derrière les apparences, il y a une réalité qui permet de faire beaucoup plus de choses que ce que l'on croit ».
Traverser les apparences... Jean-Pierre Dubois est aussi une voix discordante sur la question de l'école. Il fait partie de ceux qui y croient encore... « Les écoles de banlieues vont mieux ! On y trouve de plus en plus de professeurs issus de l'immigration qui sont très motivés. Et pour les parents, l'école est vraiment vécue comme une opportunité d'ascension sociale. La force d'intégration joue ! »
Optimiste et pragmatique, le président de la LDH rejette le cynisme ambiant et la tradition toute française d'autodénigrement. « Mes voyages en Afrique m'ont vacciné contre ça, j'ai relativisé beaucoup de choses », raconte-t-il. Sa démarche peut se résumer ainsi : être un citoyen actif, autonome et responsable, mais conscient de l'interdépendance entre les individus et de la nécessaire solidarité entre eux. C'est par besoin de débattre, d'échanger, de réfléchir dans un cadre égalitaire que Jean-Pierre Dubois a adhéré à la LDH. Ce qu'il y apprécie aussi, c'est ce respect du contradictoire : « On écoute les minoritaires. Une opinion différente nous pousse à réfléchir davantage plutôt qu'à nous agripper à nos convictions », explique-t-il.
Militant dans l'âme, Jean-Pierre Dubois laisse parler ses convictions pour mieux parler de lui. Lorsqu'il quitte sa casquette de président de la LDH, Jean-Pierre Dubois reste un défenseur : celui de l'Homme, de sa raison, de ses espoirs.
Cet article est paru dans Interdépendances n°63 - Octobre 2006.