Une retraite sportive
Les témoignages illustrent le bien-être retrouvé et la possibilité de se valoriser.
En mars 1998, les premières séances ont lieu dans les maisons de retraite et les hôpitaux de la région strasbourgeoise. De là, l'association va élargir son territoire et ses champs d'intervention, avec la bénédiction des personnels médico-sociaux qui l'accueillent. Aujourd'hui, ce sont 1 500 établissements et 20 000 retraités qui bénéficient des services de cette structure « en intervention permanente ». 148 emplois à temps plein ont été créés et assurent une couverture sur 65 départements français. Deux pôles sortent du lot. En premier lieu, l'Alsace, berceau historique de l'association. Vient ensuite le Nord-Pas de Calais, plusieurs facteurs expliquant cet essor : un tissu associatif dense et travaillant de longue date avec le milieu hospitalier ; un réseau de connaissances important ; un long travail de démarchage, et, même si SIEL BLEU s'interdit d'entrer dans le jeu politique, de bonnes relations avec les collectivités territoriales de la région. Au-delà des frontières, l'Allemagne et la Belgique accueillent de nouvelles antennes, mais la prudence prévaut devant le risque d'éparpillement.
En sus des établissements gérontologiques, des interventions ont désormais lieu au domicile des personnes, notamment dépendantes ou en retour d'hospitalisation. Elles s'inscrivent alors en complément du travail de rééducation mené par un kinésithérapeute.
S'ajoute un volet formation, qui vise à banaliser les pratiques de prévention-santé par le sport. Il s'adresse notamment aux auxiliaires de vie à domicile, mais également aux écoles d'infirmières et jusqu'aux universités. Signe extérieur de réussite ? Un diplôme sur mesure de « pratique et gestion des activités physiques et sportives et de loisirs pour les publics seniors » a été créé à l'université de Strasbourg, avec des débouchés auprès des services des sports des municipalités, des associations locales ou des structures paramédicales.
Si l'association gagne encore à être connue, sa démarche trouve un accueil largement favorable. Il faut dire qu'elle répondait à des besoins concrets sur un terrain très peu occupé. Et s'il existait parfois des fédérations multisports proposant des activités assurées par des bénévoles aux seniors, SIEL BLEU a apporté le professionnalisme et créé des emplois rémunérés pour ses intervenants. Les professionnels de santé apprécient. Les caisses de retraites également, pour qui la prévention-santé est une problématique de santé publique au goût du jour. Quant aux bénéficiaires des activités, leurs témoignages (cf. encadré) illustrent le bien-être retrouvé et la possibilité de se valoriser. SIEL BLEU exerce un lobbying de tous les instants, tout à la fois pour assurer le développement de l'association et pour promouvoir cette notion de prévention-santé, jusqu'alors inexistante en milieu gérontologique.
Le sujet est de plus en plus à la mode, en témoignent des réflexions actuellement menées au niveau du gouvernement. Il aiguise même divers appétits. D'un côté, les maires qui veulent récupérer un bénéfice d'image en présentant « leur » plan pour le troisième âge sans préciser que SIEL BLEU en est l'instigatrice. De l'autre, des acteurs capitalistes (dont M. Ricard préfère taire le nom) qui ont flairé un bon filon et affûtent leurs armes pour s'approprier le marché. Face à cette nouvelle concurrence à la force de frappe sans pareil, les acteurs associatifs sont sommés de trouver des renforts. SIEL BLEU se trouve confrontée au plus cornélien des choix : soit s'adosser à une économie sociale vibrante d'idéaux mais aux poches trouées ; soit risquer de perdre son âme auprès des sirènes du grand capitalisme. Parce qu'elle n'a jamais voulu parler de bénéfices ou de recherche effrénée de rentabilité, l'association devra trouver une forme de partenariat ou de mécénat qui préserve son identité. Une gageure ?
Nous constatons que ces cours de gym douce nous font beaucoup de bien et que le moment que nous passons ensemble est très convivial.
Nous avons toutes adopté Marie comme notre petite fille, et je crois qu'en retour, elle a pour nous beaucoup de sympathie. Nous lui disons un grand merci pour ces moments qu'elle nous procure.
Suite au décès de mon épouse des suites de la maladie d'Alzheimer, je voudrais revenir sur l'apport essentiel de votre association, afin de laisser un témoignage (...) La famille ou l'entourage se trouvent particulièrement démunis pour essayer de redonner un sens à la vie du malade.(...) C'est là où l'association SIEL BLEU donne toute sa mesure. (...) Elle offre ce merveilleux support de communication qui donne au malade une occasion unique de se valoriser. Bien entendu cela repose en premier lieu sur la compétence et le professionnalisme du personnel de SIEL BLEU. (...) Alors qu'au fur et à mesure de l'évolution de la maladie d'Alzheimer, le malade à tendance à éliminer peu à peu tout ce qui peut avoir un caractère contraignant, se privant ainsi de la satisfaction des résultats, les exercices physiques encadrés lui donnent à nouveau l'opportunité de prendre conscience de ses capacités. (...) Aux plus durs moments de la maladie, jamais mon épouse n'a refusé de réaliser les interventions proposées par le personnel de SIEL BLEU. L'accueil de ce personnel correspondait presque à une attente et l'humeur ou le moral de la malade après chaque intervention me paraissaient meilleurs. (...) Je ne remercierai jamais assez les intervenants de l'association qui ont ainsi apporté beaucoup d'optimisme en même temps qu'un support moral très appréciable.
Ce témoignage est disponible en intégralité sur le site Web de l'association SIEL BLEU
Damien Ravé
Cet article est paru dans Interdépendances n°63 - 4e trimestre 2006.
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