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Editorial du n°64
On ne se pose même plus cette question primordiale : qu'attendons-nous d'une peine privative de liberté ? Une punition ? Une mise à l'abri de ceux qui sont en liberté ? Une possibilité pour le détenu de s'amender et de pouvoir connaître un nouveau départ à sa sortie ? Un rappel explicite des règles ? Peut-être tout cela à la fois ou peut-être rien !
La réalité met à mal ces hypothèses. L'augmentation du nombre de détenus et les politiques pénales toujours plus répressives n'ont aucun résultat sur la délinquance. Les conditions de vie indignes que subissent les détenus et la carence des moyens dont dispose l'Administration pénitentiaire, malgré sa volonté sincère d'accomplir sa mission, participent du taux de récidive record à la sortie. Le concept d'exemplarité
a vécu, comme a vécu la peine de mort. Quant à la sécurisation de nos villes, nul n'est besoin d'être grand clerc pour constater que les infractions avec violence ont augmenté de manière significative ces dernières années. Certains magistrats soucieux de leur indépendance ont fait le choix de résister au discours sécuritaire ambiant. D'autres, avec la police, lui emboîtent le pas sans sourciller.
Au-delà des améliorations techniques indispensables – construction de centres de détention convenables pour remplacer les bâtiments vétustes hérités du passé, moyens matériels et humains pour préparer sérieusement la sortie, amélioration des conditions de soins, etc. –, peut-être faut-il répondre à quelques questions :
> que font en prison un nombre grandissant de personnes souffrant de troubles psychiatriques ?
> comment espérer socialiser un adolescent en le plaçant en dehors de la société ?
> comment peut-on justifier le maintien en détention de vieillards grabataires de plus en plus nombreux ?
Peut-être faut-il s'interroger sur l'échec de notre dispositif de soins psychiatriques ? Ou alors réfléchir sans passion à la prise en charge des mineurs délinquants et aux quelques expériences réussies de socialisation de jeunes multirécidivistes ? Acceptons de reconnaître que de nombreux centres éducatifs renforcés ont des résultats quand, dans le même temps, les centres éducatifs fermés échouent dans leur mission.
Peut-être faut-il se demander ce que deviennent les vieux exclus dont la vieillesse et la santé sont gérées alternativement par l'hôpital et la prison ?
Pour que les choses changent en prison, peut-être faut-il qu'un magistrat courageux et indépendant décide de ne pas incarcérer un coupable du fait des conditions prévisibles de sa détention ?
Cet article est paru dans Interdépendances n°64 - Janvier 2007.