Quand l'acteur public soutient l'ESS...

Il existe, entre capitalisme et économie publique, un secteur qui replace l'être humain au cœur des préoccupations économiques, qui est vecteur de cohésion sociale et de démocratie... Il existe une ville, qui depuis 2001 a fait le pari politique de miser sur le développement de ce secteur. Cette ville, c'est Nantes. Ce secteur, c'est celui de l'économie sociale et solidaire.

Jean-Philippe Magnen est conseiller communautaire (Verts) chargé de l'économie sociale et solidaire pour Nantes Métropole(1).Depuis 2001, le maire socialiste de Nantes, Jean-Marc Ayraut, lui a assigné une mission : favoriser le développement du secteur dans la ville et dans la communauté urbaine.

Six ans après s'être vu « confier les clés », la liste de ce qui a été accompli est longue. L'élu assure même être régulièrement sollicité dans le cadre de conférences pour témoigner de ce qu'un acteur public local peut entreprendre en faveur de l'ESS. Nantes érigée en exemple ?

L'Ouest, terre d'économie sociale et solidaire

La ville bretonne constitue depuis longtemps un vivier engagé et militant, avec une société civile remuante. « Un terreau anarcho-syndicaliste », s'amuse Magnen. Il note également que « si les initiatives étaient légion à l'époque, il manquait une ligne fédératrice. » Des acteurs qui ne se connaissent pas forcément entre eux, des interactions hasardeuses, une absence de reconnaissance commune dans les termes “économie sociale et solidaire”, bref, un joyeux capharnaüm.

Or ce qui fait encore aujourd'hui défaut à l'économie sociale et solidaire, c'est son déficit de notoriété, et le flou qui entoure ses principes et ses composantes. Beaucoup de gens sont en permanence en interaction avec des mutuelles, des coopératives, ou encore des entreprises d'insertion, sans vraiment savoir que derrière ces structures, existe un secteur aux principes communs porteur de près de 12 % des emplois français, et qui représente environ 15 % du PIB.

« A Nantes, l'un des principaux axes de travail a donc été de donner une lisibilité au secteur. Toutes les initiatives de l'ESS relèvent d'une même approche, celle de l'économie durable. Il fallait favoriser un élan commun », témoigne l'élu Vert. Alors on réfléchit, dans les équipes de Nantes Métropole mais aussi à l'extérieur, l'agglomération faisant partie du Réseau des territoires pour l'économie sociale, réseau de 45 collectivités locales pour mutualiser les initiatives solidaires.

Une “semaine de l'ESS” est d'abord organisée. Ouverte au public, elle est surtout plébiscitée par les acteurs de terrain. Dans un deuxième temps, en 2005, ce sont les élus qui sont visés, au travers d'une série de rencontres sur le thème “politique publique et ESS”.

La sensibilisation se fait par étapes, en intégrant les acteurs dans le processus, démocratie participative oblige. Doucement, mais sûrement, on se dirige vers la dernière étape, la sensibilisation grand public.

Le plus large événement jamais organisé dans l'ESS

Bâti par les acteurs, financé par les collectivités (la participation de Nantes Métropole, du Conseil Régional des Pays de la Loire et du Conseil Général de Loire Atlantique a permis de rassembler 900 000 euros), le festival “les Ecossolies” rassemble près de 450 participants et plus de 30 000 visiteurs en juin 2006. Expositions, conférences, débats, concerts : c'est le plus large événement jamais consacré en France à l'économie sociale et solidaire, et vraisemblablement en Europe. Même le secrétaire d'Etat à l'économie solidaire brésilien a fait le déplacement, ainsi que des délégations suédoises, italiennes, luxembourgeoises...

Un mois d'animation, les Nantais s'en souviennent. Et c'est tant mieux. « On a montré avec cet événement que l'ESS représente beaucoup dans la région, et que c'est une économie qui rapporte plus qu'elle ne coûte, comme on la présente trop souvent. On a également prouvé que cette forme d'économie produit du lien et de la cohésion sociale », se félicite Magnen. Il est vrai que l'adhésion des électeurs est essentielle pour la poursuite d'une politique en faveur de l'ESS.

La manifestation a en outre permis l'émergence de projets. Jean-Paul Huard, chargé de mission économie sociale et solidaire pour Nantes Métropole, en témoigne : « L'appel à projet initié lors des Ecossolies a permis de recevoir une vingtaine d'initiatives solidaires. A ce jour, 16 projets ont reçu le soutien de l'agglomération nantaise. A raison de 5 000 euros de dotations par projet soutenu, exception faite de deux qui ont reçu 10 000 euros, l'engagement actuel de la collectivité est de 90 000 euros. »

De la consommation responsable à la culture, en passant par l'insertion, l'environnement et le sport, cette cagnotte représente une aide précieuse pour des projets variés.

Sensibiliser, et agir

Si la sensibilisation est essentielle, le soutien quotidien au secteur n'en est pas moins un volet tout aussi important. Et les acteurs publics locaux l'ont bien compris.

Qu'il s'agisse d'insertion par l'activité économique, d'aide aux personnes handicapées et même de prévention, les initiatives pour la solidarité sont légion, comme par exemple le Fonds de développement solidaire (Fondes). Grâce à plusieurs dispositifs, le Fondes soutient financièrement les entreprises d'économie sociale et solidaire : le France Active Garantie, qui apporte une garantie bancaire lors d'une création ou d'une reprise d'entreprise, ou encore le Fonds de Garantie pour l'Initiative des Femmes, qui favorise les créatrices d'activité.

La commande publique joue aussi son rôle. Au delà des achats responsables (les t-shirts des agents municipaux nantais en charge du sport, ainsi que tous ceux relatifs à la promotion de la prochaine Coupe du monde de rugby sont issus du commerce équitable), c'est la prise en charge de services publics qui s'ouvre à l'ESS. Avec plus ou moins de succès... La mise en place d'un service de location de vélos 24h/24, géré par une association, comme c'est le cas dans d'autres agglomérations françaises (Marseille, Lyon), n'a pas fonctionnée. La concurrence avec le secteur privé classique est parfois rude.

« Mais nous avons d'autres projets », assure-t-on du côté de la mairie nantaise. La création d'un centre de ressources et d'expérimentation consacré à l'ESS est même annoncée avant 2008. Il devra être une source d'information sur le secteur, et aussi un moyen de faire remonter plus efficacement des initiatives de terrain. Jean-Philippe Magnen lui promet même un avenir de « couveuse » de projets solidaires.

En six ans, une dynamique semble bel et bien avoir été enclenchée.

Alors bien sûr, la perfection n'existe pas. Bien entendu, le chemin est encore long pour devenir une véritable « métropole solidaire ». Mais force est de constater qu'avec des convictions, et une pincée de volonté politique, une autre France est possible...

Guillaume Guitton

(1) La communauté d'agglomération nantaise représente 24 communes pour près de 570 000 habitants.

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Economie sociale et solidaire, quelques chiffres...

Pays de la Loire :

> 34 700 établissements (69 % d'associations, 0,02 % de mutuelles et 28,5 % de coopératives)

> 115 000 emplois

Nantes Métropole :

> 2 219 établissements (95% d'associations, 1% de mutuelles et 4% de coopératives)

> 29 172 emplois

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Cet article est paru dans Interdépendances n°66 - troisième trimestre 2007.

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